The Collection (2016) : le retour du luxe

 The Collection est une nouvelle coproduction entre Amazon, BBC Worldwide et France Télévisions de 8 épisodes diffusée depuis le début septembre et mise en ligne à raison d’un épisode par semaine sur le site du service de vidéo sur demande. L’action se déroule en 1947 dans un Paris à peine remis de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. James Trouvier (James Cosmo), l’homme le plus riche de France est bien décidé de redonner à la capitale ses lettres de noblesse en ce qui concerne la mode et pour cela, s’allie avec Paul Sabine (Richard Coyle), l’un des designers les plus réputés du moment. Seulement ce dernier ne serait rien sans son frère Claude (Tom Riley), le vrai génie en matière de haute couture, mais dont les problèmes sentimentaux l’écartent de la réalité. Première collaboration entre diffuseurs publics et un joueur de la vidéo sur demande, The Collection a beaucoup de charme, mais a tendance à utiliser beaucoup trop d’ornements alors que le patron de départ est suffisant. La seule vraie déception et ironie lorsqu’on y pense, c’est que dans l’histoire on est en pleine Libération alors qu’en fiction, la France n’a jamais été mieux définie par les Anglo-saxons que de nos jours.

Un difficile retour au prestige

Ce n’est pas parce que la guerre est terminée que chacun peut retourner chez soi et faire comme si les 6 années de conflits n’avaient pas existées. L’opinion tournant au gré des circonstances, les gens cherchent à punir les fautifs, dont l’ancien designer avec qui Trouvier faisait des affaires et qui aurait collaboré avec l’ennemi. Le riche financier doit donc retourner sa veste et atterrit chez les Sabine : Paul n’ayant (en apparence) aucun squelette dans son placard. Pourtant, tout n’est pas au beau fixe chez cette famille dirigée par une main de maître par Yvette (une éclatante Frances de la Tour), la matriarche. Son fils aîné est davantage doué dans l’autopromotion de sa maison que sur une table à dessin, mais ce sont les moyens qu’il emploie pour évincer la compétition ou les distractions de ses proches qui sont plus discutables. Ainsi, Claude est fortement ébranlé lorsque son petit ami épisodique Mark (Mark Stanley) le roue de coups : l’œuvre de son frère apparemment afin qu’il ne se consacre qu’au dessin, ce qui au final produit l’effet contraire. Sinon, en parallèle, on s’intéresse aussi à Nina (Jenna Thiam), une couturière chez les Sabine qui a dû donner son enfant en adoption et qui se voit donner l’opportunité de devenir mannequin pour la maison et Billy (Max Deacon), un jeune photographe américain envoyé en France par le Life Magazine qui s’est littéralement entiché d’elle.

Là ou The Collection marque des points, c’est bien évidemment lorsqu’il est question de mode. Après tout, une grosse partie du budget (déjà faramineux) est allé du côté des vêtements de designers d’époque et on les met admirablement bien en valeur dans toutes ces scènes aux accents « méta », alors que les mannequins défilent devant de riches bourgeoises ou encore lorsqu’on voit Nina poser pour l’objectif de Billy dans les rues de Paris. C’est aussi tout le processus de création de Claude qui retient notre attention alors que le tissu noir de bonnes sœurs se transforme sous ses yeux en robes cocktails ou plus tard au troisième épisode quand en compagnie d’une fillette qu’il rencontre en campagne, il crée une jolie robe de poupée avec des objets de la nature trouvés ici et là.

« Fashion transforms us. It is not what we have, but who we want to be » : c’est ce qu’affirme Paul lorsque Trouvier le critique quelque peu concernant les vêtements que sa maison confectionne: élégants, certes, mais que peu de gens ont les moyens de se payer. C’est justement le deuxième aspect le plus intéressant de la série : le contexte historique par rapport à l’entreprise des Sabine. Bien que la paix ait été signée il y a plus de deux ans, la population est loin de rouler sur l’or et l’on oppose très habilement dans le scénario les thèmes du luxe et de la pauvreté. D’ailleurs, Paris elle-même reflète cet état d’esprit. Le tournage ayant probablement eu lieu à l’automne, la « Ville lumière » n’est pas très éclairée justement. Tout est sombre et dans des tons de gris. Le contraste n’en est que plus grand avec les magnifiques robes aux couleurs chatoyantes et les perles qui ruissellent.

Un peu frustrant est le fait que l’on s’écarte parfois de la trame principale de The Collection avec entre autres les problèmes de cœur de Claude qui tournent en rond et aussi cette histoire de meurtre : en effet, le premier plan de la série nous montre un homme mort qui est enterré par un inconnu, probablement en lien avec les Sabine. Pour le moment, on ne voit pas l’utilité de cette touche « mystère » et la série pourrait très bien s’en tenir au quotidien de tout ce beau monde sans avoir recours à un volet policier.

L’Occupation, c’est maintenant

Après Reign (The CW)qui revisite (piètrement) le passé de Marie Stuart à la cour des Valois, The Paradise (BBC) qui a transposé la nouvelle de Zola de Paris à Londres ou encore Versailles (Canal+) avec l’apprentissage du pouvoir de Louis XIV, il est dommage que ce soit les étrangers (en l’occurrence ici, les Anglo-saxons) qui définissent en quelque sorte le passé de la France et plus navrant encore, avec de l’argent venant de groupes télévisuels français. Dans The Collection, on a Paul et Claude, deux… Français (?) qui parlent anglais, avec un accent britannique. Imaginons un instant une série ou un film se déroulant à New York, mais avec des acteurs parlant la langue de Molière jouant des Américains : ça ne ferait aucun sens ! Cette incongruité est particulièrement frappante dans la série d’Amazon lorsqu’ils sont confrontés à des Américains qui viennent dans la ville. Normalement, le contraste entre ces deux cultures aurait dû être mis de l’avant, mais ce n’est pas une petite différence d’accent qui parvient à nous donner cette impression. En fait, on ne retrouve la France que dans les arrière-plans et la fiction perd en grande partie sa spécificité française, ce qui est un comble surtout lorsque son sujet principal est la haute couture. Certes, l’anglais est la langue internationale, voire la plus « neutre » au point ou peu de gens s’émeuvent de son usage, mais pensons à la série « internationale » de Netflix, Narcos. On a beau choisir le français ou l’anglais lorsqu’on amorce les épisodes, reste que 85 % des dialogues sont sous-titrés, les protagonistes parlant l’espagnol. Est-ce que la série est boudée pour autant ? Pas du tout, c’est même l’une des plus populaires du service de vidéo sur demande. En rétrospective, si Pablo Escobar parlait anglais, aurait-on la même intensité étant donné le contexte de l’époque en Amérique latine ? On en doute.

En tous les cas, les Français seront à même de juger ce que vaudra la version doublée lorsqu’elle sera diffusée avant la fin de l’année sur les ondes de France 3 et il faudra probablement attendre la réaction de l’auditoire avant de statuer sur le futur de la série.

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