One Mississippi/Better Things (2016): au bout du rouleau

One Mississippi est une nouvelle série d’Amazon de 6 épisodes qui a été mise en ligne dans son entièreté le 9 septembre et s’intéresse à la vie de Tig (Tig Notaro), une animatrice de radio qui atteinte de deux cancers vient en plus de perdre sa mère Caroline (Rya Kihlstedt). On suit donc son combat contre la maladie ainsi que son quotidien en compagnie de sa famille pour le moins spéciale. De son côté, Better Things 10 épisodes, est diffusée depuis le début septembre sur FX aux États-Unis et au Canada et met en scène Sam (Pamela Adlon), une actrice qui peine à trouver des rôles à sa hauteur, en plus de devoir conjuguer avec ses trois jeunes filles pour le moins exigeantes. Série ayant toutes deux pour producteur Louis C.K. et prenant l’aspect de « biofictions », on a droit à deux portraits de femmes au bout du rouleau et qui mettent en scène sans tabous et en toute honnêteté cette exaspération qui vient nous toucher par moments.

One Mississippi : format et humour ne vont pas nécessairement ensemble

Non seulement Tig se bat contre un cancer du sein qui lui a valu une double mastectomie et une maladie des intestins, mais en plus, dès le premier épisode elle assiste à la mort de sa mère. Par la suite, elle essaie de renouer des liens avec son frère Remy (Noah Harpster) et son beau-père Bill (John Rothman), mais l’indolence du premier et les manies du second sont difficiles à supporter. Dans le second épisode, la famille fait le ménage dans les affaires de Caroline et dans le suivant, celle-ci est à la recherche du chat de Bill qui s’est enfui et découvre par hasard qu’elle a un frère biologique.

On a toujours tendance à associer un format de 30 minutes aux comédies, ce qui oriente inutilement les attentes des téléspectateurs, d’autant plus que dans le cas de One Mississippi, Tig Nogaro est une humoriste très appréciée des Américains. Dans la vraie vie, elle a effectivement dû affronter toutes ces épreuves, incluant une rupture avec sa petite amie d’alors. Loin de se résigner et de s’éloigner de l’espace public, la comédienne a plutôt préconisé la thérapie de l’humour en tournant son propre combat en dérision dans un spectacle devant public. En 2015, Showtime a présenté un documentaire (Knock, Knock, it’s Tig Notaro) sur son « après-cancer » et sa nouvelle tournée tandis que quelques mois plus tard, Netflix a mis en ligne le film Tig portant sur sa relation avec sa fiancée et leurs essais à concevoir un enfant : les actrices jouant leurs propres rôles.

Avec One Mississipi, Notaro part donc avec un capital de sympathie très fort, du moins aux États-Unis, mais rire de la maladie durant un numéro de stand-up et le mettre en scène dans des épisodes de 30 minutes ne produit évidemment pas le même résultat. En regardant des épisodes, seul (ou pas) devant notre téléviseur, il y a cette énergie de la foule dans une salle de spectacles qui fait défaut si bien qu’on rit assez peu durant la série. En fait, l’humour ici s’apparente beaucoup à celui de Getting On de HBO (lui-même un remake de BBC Four) qui suit le quotidien du personnel travaillant dans une unité de soins prolongés. Ce genre d’humour concernant des personnes âgées dans un environnement plus que drabe n’était pas très… grand public et c’est la même chose avec One Mississippi. Notaro, avec tout son talent exploite certaines incongruités en lien avec sa santé, qu’il s’agisse de l’hôpital qui envoie une lettre à sa mère pour lui demander si elle a apprécié son séjour dans l’établissement (alors qu’elle vient tout juste de mourir) ou du docteur conseillé par Bill qui le plus sérieusement du monde lui recommande une bactériothérapie fécale (également nommée « transplantation ou greffe fécale » ) pour la soulager de ses maux intestinaux. Au second épisode, c’est tout cet argumentaire entre elle et Bill au sujet d’une chaise tachée d’une goutte de sang de la défunte qui crée des remous. Rie-on durant ces échanges ? Très peu. Est-on touché ? Oui, beaucoup, particulièrement à la fin du troisième épisode, ne serait-ce que pour l’audace et le courage de Notaro. Seulement, l’ensemble est très lourd et n’incite pas réellement à l’écoute en rafale, mais en prenant une pause en pleine série, on n’est plus sûr de vouloir y revenir…

Better Things : l’éternelle conciliation travail/famille

Sam est mère monoparentale de trois jeunes filles : la benjamine Duke (Olivia Edward), la cadette Frankie (Hannah Alligood) et l’aînée Max (Mikey Madison). Voix principale d’un petit animal de dessin animé, ses petits rôles de figuration qu’elle accepte davantage par nécessité que par choix l’éloignent souvent de la maison, ce qui crée chez sa progéniture quelquefois un ressentiment à son égard, comme en témoigne leur caractère supposément « indépendant », mais qui en fait trahit une certaine demande d’attention. Toutefois, la famille passe tout de même beaucoup de temps ensemble dans le deuxième épisode par exemple alors que Sam et ses filles se rendent dans un « women & girls empowerment seminar » alors que dans le troisième, Sam invite son réalisateur Mel (Lenny Kravitz) à venir souper chez lui, ce qui crée plusieurs situations embarrassantes (et amusantes) autour de la table.

Tout comme dans One Mississippi, Sam est en effet le reflet de son interprète Pamela Adlon dans cette fiction parsemée de faits autobiographiques. Mère de trois filles et s’étant elle-même très tôt retrouvée sous les feux de la rampe, bien qu’elle n’ait pas l’aura de star internationale, sa personnalité reste très attachante, ce qui constitue le point fort de Better Things. Au travail, qu’il s’agisse d’auditions, de sa relation avec les réalisateurs ou des petites humiliations au quotidien, elle ne perd jamais son sens de l’humour et est loin de la diva hollywoodienne que l’on aurait pu imaginer. De plus, on a droit lors de ces segments à la présence de plusieurs « guest stars », dont Constance Zimmer, David Duchovny et Celia Imrie dans le rôle de son excellente, mais exubérante mère Phyllis. Côté familial, elle a être plus aisée que la classe moyenne, on ne réinvente pas les relations mère-filles : de la plus jeune avec son chantage émotionnel à la plus âgée qui blâme sa mère pour tout et idolâtre un père absent. En effet, plus d’une fois Sam est attaquée injustement de toutes parts, en comme plusieurs mères, en prend le blâme alors qu’elle ne devrait pas. C’est à la fois cette simplicité et cette résilience qui pourraient bien fidéliser le public à la série.

Justement, le premier épisode de Better Things a rassemblé 760 000 téléspectateurs avec un taux de 0,31 chez les 18-49 ans, le second 570 000 (taux de 0,21) et le troisième (taux de 0,). Malgré cette baisse de %, FX s’est tout de même amouraché de la série au point de lui octroyer une seconde saison après seulement deux diffusions, de même qu’à son autre comédie automnale Atlanta. Quant à One Mississippi, aucune annonce n’a été faite pour le moment.

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