Queen Sugar (2016) : un trône vacant

 

Queen Sugar est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début septembre sur les ondes de Own aux États-Unis et met en scène la famille Bordelon qui se retrouve fortement ébranlée lorsque le patriarche Ernest (Glynn Turman), propriétaire d’une ferme de canne à sucre en Louisiane est victime d’une crise cardiaque et décède quelques jours plus tard, laissant dans le deuil ses trois enfants Nova (Rutina Wesley), Charley (Dawn-Lyen Fardner) et Ralph Angel (Kofi Siriboe) ainsi que leur tante Violet (Tina Lifford). Tous monopolisés par leurs petits problèmes personnels, aucun d’entre eux ne s’est rendu compte de l’affreux état financier de la ferme et après la mort du père, des choix s’imposent. Adaptation du roman éponyme de Natalie Baszile, Queen Sugar a ce mélange de maturité dans la réalisation et la construction des personnages, mais qui en revanche est quelque peu simpliste dans ses codes, sans compter un rythme inutilement lent.

Le retour (évident) à la terre

Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’Ernest jouit de la plus haute estime de la part non seulement de ses enfants, mais aussi de toute la petite communauté de fermiers des environs. Vraie force tranquille, il n’en est pas de même pour la vie de ses enfants. Charley est mariée à Davis West (Timon Kyle Durrett) un célèbre joueur de basketball et vit dans une luxueuse maison de Los Angeles. Éclaboussée par un scandale sexuel incluant des joueurs de l’équipe et probablement son mari, après les funérailles de son père en Louisiane, elle ne montre aucun empressement à retourner chez elle et songe sérieusement au divorce, au détriment de leur fils Micah (Nicholas L. Ashe). Nova quant à elle travaille dans un journal de la Nouvelle-Orléans et est activiste. Autant elle peut se montrer forte et déterminée envers les autres, autant en amour, la faiblesse la gagne, elle qui a une aventure avec un homme marié. Reste Ralph Angel. Sorti de prison depuis six mois, il n’a aucune idée de ce qu’il veut faire de sa vie et fait de son mieux pour élever correctement son jeune fils Blue (Ethan Hutchison). Tous novices en ce qui concerne les travaux de la ferme, ils reçoivent une offre d’achat de la part de l’entrepreneur Samuel Landry (David Jensen), mais décident finalement de conserver l’héritage intact et (pour un an du moins) de la faire fonctionner comme à ses beaux jours.

D’entrée de jeu, on peut comprendre pourquoi OWN a décidé de diffuser les deux épisodes sur deux soirs consécutifs parce que sans cliffhanger ni d’une idée très claire sur le chemin qu’emprunterait la série, autant dépenser tout de suite quelques munitions avant la rentrée des networks. C’est qu’à la mort d’Ernest, il est évident que le frère et les sœurs, chacun vivant dans leur côté et ayant leurs lots de problèmes pourront saisir cette occasion pour se rapprocher et s’entraider mutuellement. Dans le même sens, l’achat possible de la ferme par un financier rapace est peu probable dès le début et il faut attendre au troisième épisode pour que Ralph Angel, Nova et Charley se mettent d’accord pour prendre les choses en main. Après trois diffusions, disons que l’introduction pour se rendre au point « A » est longue et aurait pu se limiter au pilote.

Si la conclusion du troisième épisode est tellement évidente (et souhaitée plus tôt), c’est en partie à cause du recours à certains clichés qui ne laissent pas vraiment de doute sur cette issue, en particulier sur la dichotomie ville/campagne. Charley a beau être la « trophy wife » par excellence et avoir tout ce qu’elle désire, reste qu’on lui a inculqué l’importance de la vertu et de l’honneur durant son enfance et c’est ce qui explique sa grave désillusion lorsqu’elle apprend que son mari l’a trompée. Dès lors, elle se retrouve livrée en pâture par des journalistes de Los Angeles qui hier encore la mettaient sur un piédestal. Ralph Angel connaît le même dénuement psychologique lorsqu’il se rend en ville et n’a aucun problème à commettre plusieurs larcins pour gagner un peu d’argent.

La nature au contraire, ce sont les vraies valeurs et personne dans le voisinage ne les juge; au contraire, ils compatissent. Ralph Angel est davantage un père qu’un (piètre) pourvoyeur et Charley trouve une certaine sérénité en se rapprochant d’un fermier du coin, Remy Newell (interprété par Dondre Whitfield; assurément son futur amant au cours de la saison…). Dans le même esprit, Nova a vite fait de remettre sa sœur à sa place alors que cette dernière veut offrir des funérailles grandioses à son père en lui disant : « And we certainly don’t pay our respects with American Express »

 Les réalisatrices de la série

Place aux femmes

Si les reproches envers le peu de diversité qui règne devant et derrière les caméras à Hollywood ne sont pas prêts de s’estomper, on peut dire qu’il en est tout autrement de la télévision aux États-Unis. Depuis cet été seulement, on a eu droit à quatre fictions avec un casting exclusivement Noir, ou presque : Uncle Buck (ABC), Greenleaf (OWN), The Get Down (Netflix) et plus récemment Atlanta (FX). Queen Sugar fait également partie du lot, mais en plus d’avoir pour productrice exécutive Oprah Winfrey, il a été convenu que la saison entière serait réalisée par différentes femmes, à commencer par Ava DuVernay pour les deux premiers épisodes et Neema Barnett pour le troisième. Et que comparé à d’autres elles soient considérées comme « novices » dans la profession, celles-ci s’en tirent admirablement bien, laissant beaucoup de place à la nature avec en parallèle un rythme lent, mais soutenu. Reste qu’à l’inverse de l’œuvre de Baszile, on ne peut pas parler d’une série « féminine » ou « féministe » pour autant. Dans le livre, la « reine du sucre », c’est le parcours de Charley et celui de sa fille (et non de son fils dans la version télévisée) que l’on suit au fil des pages. Sur la chaîne de OWN, il s’agit davantage d’une histoire de famille où l’on s’intéresse de façon assez égale à un frère et deux sœurs qui tentent d’aller de l’avant et de vivre à la hauteur de l’héritage moral que leur a légué leur père.

Cette version de Queen Sugar aura du moins suscité une bonne curiosité de la part de l’auditoire puisqu’ils étaient 2,69 millions avec un taux de 0,68 chez les 18-49 ans et le lendemain, 2,14 millions de fidèles (taux de 0,61) étaient toujours au rendez-vous. La semaine suivante, ils étaient encore 2 millions, mais le taux s’est stabilisé semble-t-il à 0,60. Mais peu importe une éventuelle dégringolade dans les chiffres, un mois plus tôt avant son lancement, les producteurs ont tellement été charmés que la série a été renouvelée pour une seconde saison qui comprendra 16 épisodes, soit, trois de plus que la précédente.

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