Four in the Morning / Atlanta (2016): comédies de niche

Four in the Morning est une nouvelle série de 8 épisodes diffusée depuis la fin août sur les ondes de CBC au Canada. Comme son titre l’indique, à chaque diffusion, on entre dans le monde de Mitzi (Lola Tash), Jamie (Michelle Mylett), Bondurant (Daniel Malsany) et William (Mazin Elsadig); 4 amis dans la vingtaine qui se réunissent en fin de nuit (4:00 AM précisément) et partagent leurs expériences, que ce soit en amour, en relations interpersonnelles, etc. De son côté, Atlanta est une nouvelle comédie de 10 épisodes diffusée depuis le début septembre sur les ondes de FX aux États-Unis et au Canada. Le personnage principal, Earn (Donald Glover), vient tout juste de laisser tomber ses études et pour l’heure, son principal objectif est de transformer son cousin Alfred (Brian Tyree Henry), alias « Paper Boi » en star du rap, mais c’est sans compter sur le caractère obstiné de ce dernier. Comédies de niche, mais avec une verve intéressante dans l’écriture, ironiquement, c’est davantage le côté dramatique de ces deux séries qui les caractérise et jusqu’ici, chacune s’en tire assez bien.

Four in the Morning : d’inspiration anglaise

Pour l’heure, Jamie et William sont en couple et c’est la même chose pour Mitzi et Bondurant. Amis de longue date, le malaise n’a pas vraiment sa place entre eux alors que ce dernier avoue candidement à William être amoureux de Jamie. De son côté, Mitzi découvre qu’elle est enceinte de Bondurant, mais sans savoir si elle le gardera ou pas, hésite à lui en parler puisqu’il se prépare à s’exiler à Julliard. Dans le second épisode, la bande fait la connaissance de Gogol (Jack Fulton) et Margaret (Lilly Bartlam), deux jeunes enfants de 9 ans abandonnés par leurs parents parce qu’ils vieillissent trop vite (en 24 heures, ils passent de l’enfance à la vieillesse) et dans le troisième Bondurant a du plus en plus de difficulté à contrôler son anxiété à la veille d’une audition de trompette alors que Mitzi et William se demandent s’ils ne devraient pas coucher ensemble, persuadés que leurs partenaires respectifs sont déjà passés à l’acte entre eux.

On le voit avec ces résumés, le ton de Four in the Mormning est irrévérencieux à souhait avec une touche de « réalisme magique » comme CBC l’a elle-même mentionné dans sa présentation de la série, ce qui explique aussi la présence d’Albert, un cochon qui parle. Ancien animal domestique de Mitzi, il revient souvent en pensée pour lui donner de judicieux conseils… ou pas. Ces artifices ajoutent de l’originalité au concept, mais reste qu’au fond, on explore le quotidien parfois déjanté de jeunes vingtenaires. À ce sujet, la série nous fait tout de suite penser à Wasted d’E4 en Angleterre qui elle aussi avait pour protagonistes 4 jeunes rebelles un peu perdus. Toutes deux très verbeuses et cyniques, il n’y a plus vraiment de tabou dans la série canadienne comme en témoigne cet échange entre Mitzi et Jamie à propos de l’avortement : (M) «Maybe he wants to get rid of the little sucker too.» (J) «You think?» (M) « Yeah, abortions are totally back in vogue. That brunch place around the corner grates the morning-after pill into their omelets. »

C’est cependant celle de la CBC qui se démarque pour son contenant (celle d’E4 mettait sans trop d’originalité l’accent sur les facultés affaiblies des protagonistes pour faire honneur au titre). À ce sujet, le second épisode est particulièrement poignant alors que les quatre amis accompagnent Gogol et Margaret qui grandissent dans un premier temps : on part des premières expériences et de leurs aspirations, mais ils vieillissent aussi et ce sont les maladies qui vont avec : belle métaphore du temps qui passe trop vite, des rêves qui se flétrissent et d’une certaine superficialité de l’existence.

Atlanta: d’inspiration… “FX-ienne”

Issu d’un quartier pauvre, Earn qui avait pourtant fait son entrée à Princeton décide de laisser tomber ses études. Père d’un enfant qu’il a eu avec sa meilleure amie Vanessa (Zazie Beets), il cherche néanmoins la prospérité dans la musique, se proposant d’être l’agent de son cousin Paper Boi qu’il considère comme étant l’un des derniers vrais rappeurs. Le problème est que ce dernier ne pratique ce « métier » qu’à temps partiel et qu’il aime bien mieux végéter avec son meilleur ami Darius (Keith Stanfield) qui l’entretient dans ses illusions de grandeur. Pourtant, pour le moment le chanteur n’est guère connu  jusqu’à ce qu’un soir, il ait une altercation avec un voyou du coin et que des coups de feux soient échangés. Avant d’être envoyé provisoirement en prison, Earn a tout de même eu le réflexe d’envoyer une chanson de l’artiste à une station de radio et après l’altercation, celle-ci joue en boucle et remporte un franc succès. Dans le second épisode, Earn reste un peu plus longtemps en prison environné de la racaille de la ville tandis que dans le troisième, il tient absolument à inviter Vanessa à dîner, mais faute d’argent, passe par toutes sortes d’entourloupettes.

Dès que le premier épisode s’achève, on se demande si c’est une comédie ou un drame que l’on vient de voir. C’est que fidèle à son image de marque, FX s’est spécialisée à dépeindre le quotidien du pathétique, qu’il s’agisse de comédiens has been dans The Comedians, d’un ancien rockeur complètement accro à la drogue et l’alcool dans Sex&Drugs&Rock&Roll ou du clown sans avenir dans Baskets. Ici, c’est toute une ville qui se retrouve dans un genre de mélancolie immuable. On voit par exemple lorsqu’Earn est en prison des victimes de brutalité policière, des homophobes, des malades mentaux; des produits d’une société qui ne s’occupe pas d’eux. En même temps, on a aussi droit à une certaine critique de ce phénomène via la musique de Paper Boi. Jurant, employant sans cesse le mot « nigga » dans ses chansons tout en faisant l’apologie de la violence, les médias encouragent même ce genre de comportement en profitant de l’arrestation de Paper Boi pour mousser son disque. C’est un peu ce cercle vicieux que dénonce Atlanta dans les deux premiers épisodes, alors que dans le troisième, le dosage entre l’humour et critique sociale est beaucoup mieux équilibré.

Des comédies de niche… avec des cotes d’écoute de niche, du moins pour CBC. Présentée un vendredi soir, les épisodes 1 à 3 de Four in the Morning ont attiré respectivement 84 000, 91 000 et 56 000 téléspectateurs. Difficile de statuer sur son avenir notamment en raison des critiques élogieuses. De son côté Atlanta a présenté ses deux premiers épisodes le même soir et a rassemblé 1,08 million puis 955 000 en auditoire avec un taux d’environ 0,50 chez les 18-49 ans et la semaine suivante ils étaient 1,07 million présents (taux de 0,6). Cette stabilité est un assez bon signe dans le sens où toutes les comédies de FX nous arrivant avec des prémisses originales ont également par le passé suscité la curiosité des téléspectateurs pour ensuite perdre au moins la moitié de leur auditoire. Tout se jouera donc sur le pouvoir d’attraction au cours des prochaines semaines.

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