Hillary (2016) : toujours plus haut

Hillary est une nouvelle série de 6 épisodes diffusée depuis la fin août sur les ondes de TV One en Nouvelle-Zélande. Le titre fait référence à Edmund Hillary (Andrew Nunro), le premier alpiniste à avoir escaladé l’Everest et par la suite le Pôle Nord et le Pôle Sud. On s’intéresse donc au parcours de cet homme, de sa jeunesse austère dans le petit village de Takau jusqu’à son ascension (!) au sommet. Dans un monde où les frontières culturelles sont de moins en moins importantes, il est toujours intéressant, autant pour un public local qu’étranger, de se faire raconter en images le parcours des grands pionniers de l’histoire. Le problème avec Hillary est un certain manque d’intensité par rapport aux motivations du protagoniste et de ses relations avec autrui, et c’est sans mentionner un montage qui nous étourdit un peu trop.

Le sommet comme objectif

Hillary débute en 1930 alors que le jeune Ed a droit à une éducation très stricte de la part de son père Percy (Mick Rose), un ancien vétéran aux idées courtes qui lui a tracé un chemin bien droit : celui de l’assister puis éventuellement de le remplacer dans son entreprise élevage d’abeilles. Par exemple, lorsque la guerre éclate, la Nouvelle-Zélande, un dominion de l’empire britannique, est appelé à faire sa part et c’est justement ce que désire Ed, mais le patriarche décide plutôt d’y envoyer son deuxième fils Rex (Sam Mannering), faisant un peu plus bouillir la marmite familiale. Après la guerre, le fils n’a toujours pas renoncé à gravir les sommets et s’embarque avec peu de moyens vers le Népal, son rêve étant d’escalader l’Himalaya, ce à quoi il s’affèrera au cours du troisième épisode. En chemin, il fait la rencontre de George Lowe (Dean O’Gorman), un simple enseignant qui a cependant la même passion que lui pour l’escalade et peu à peu, ce cercle des passionnés s’agrandira considérablement. C’est qu’atteindre l’Himalaya pour la première fois à cette époque, c’est un peu l’équivalent de la course à l’espace dans les années 60. Il y a beaucoup de compétitions entre pays et l’honneur des pays est en jeu. Le plus fidèle soutient d’Ed est l’homme d’affaires Jim Rose (Nick Blake), mais sa fille Louise (Amy Usherwood) tombe vite dans l’œil de l’alpiniste.

De plus en plus de séries décident d’immortaliser la vie de personnes influentes ou qui à force de travail ont réussi à changer le monde, que l’on pense aux recherches de Master & Johnson sur la sexualité dans Masters of Sex (Showtime), aux découvertes sur l’Uranium de Werner Heisenberg dans The Saboteurs, au premier zoo à ciel ouvert de George Mottershed dans Our Zoo (BBC One) et même de l’expérience du magasinage avec Mr Selfridge. Dans tous ces cas, on a droit à des hommes (et quelques femmes) passionnés par leur travail. On voit leur génie à l’épreuve et par-dessus tout, une détermination presque infaillible dans ce qu’ils entreprennent.

Du côté de la Nouvelle-Zélande, on peut affirmer que de mettre en scène la vie d’Edmund Hillary va de soi tellement son parcours est extraordinaire. Né en 1919, c’est à la mi-trentaine qu’il a amorcé ses premières aventures en hauteur. Après l’ascension du mont Everest et des deux Pôles, il s’est livré à plusieurs activités philanthropiques au Népal et il est notamment à l’origine de l’Himalayan Trust qui a permis la construction d’hôpitaux et d’écoles. Anobli en 1953, il a aussi été placé dans la liste des 100 personnes les plus influentes du XXe siècle dans Times Magazine et son visage figure même sur les billets de 5 $ en Nouvelle-Zélande.

Certes, escalader une montagne ne change pas la vie quotidienne du commun des mortels, mais ceux qui battent des records et qui incarnent le dépassement de soi ont le mérite d’inspirer les autres en plus de faire honneur à leur pays. Pourtant, dans la les deux premiers épisodes d’Hillary, on peine à saisir ce « héros » en devenir. Pourquoi veut-il escalader? C’est la grande question à laquelle on ne répond pas, autant dans les souvenirs de jeunesse et d’adolescence que de la bouche même du principal intéressé, peu loquace. Dans la même veine, il manque ce petit aspect documentaire à la série concernant la préparation avec des moyens beaucoup plus limités qu’aujourd’hui, l’entraînement et les risques encourus que l’on exploitait fort bien dans la fiction Barracuda. Au moins, la série se rattrape dans le troisième épisode qui ne se consacre qu’à la montée de l’Everest, mais pour une minisérie, n’est-ce pas trop peu trop tard?

Takau, Népal, Katmandu, etc.

Ces failles sont dues à un scénario qui nous laisse sur notre faim, mais le montage saccadé vient un peu plus enfoncer le clou. D’abord, dans le premier épisode, on n’a pas droit à un acteur personnifiant Ed, mais à trois, soit à 11 ans (Morgan Baxter), à 16 ans (Simon Mead) et dans la trentaine.  En plus d’ajouter de la confusion, les scènes du héros à l’adolescence n’apportent pas grand-chose d’essentiel à l’histoire. Sinon, sûrement en raison de la courte durée de la série, le travail de synthèse n’est pas optimal. Par exemple, on voit après la guerre George et Ed dans un bateau de pêche dont le moteur explose et dans le plan suivant, on est rendu 5 ans plus tard au Népal! Dans d’autres circonstances, ces sauts d’une époque à ne nous permettent pas de suivre l’évolution psychologique du personnage principal outre mesure comme lorsque Percy ordonne à son fils de rester auprès des abeilles avec lui et que dans le plan d’après, il est de retour en hauteur sur un autre continent. La querelle « manquée » entre ces deux hommes aurait pu au moins faire ressortir le côté déterminé d’Ed à s’adonner à sa passion… Ce même sentiment manque lorsqu’il fait la rencontre de Louise. Leurs scènes ensemble sont trop brèves : ils s’échangent quelques phrases et dans le plan suivant, Ed est de retour à l’un de ses voyages : bref, leur romance est peu crédible.

Au moins, il est rassurant de constater que les Néo-Zélandais n’ont pas oublié leur « héros » puisqu’ils étaient 7,5 millions à assister en direct à la première d’Hillary avec 24,2 % de parts de marché. La semaine suivante, l’audience a baissé à 6,2 millions (21,7 % de parts de marché), mais a tout de même battu ses principaux compétiteurs. Pour l’instant, on ne sait pas si au bout du 6e épisode on aura parcouru tout le fil de sa vie, mais avec de pareils scores, il serait avantageux à TV One  d’étendre l’histoire de cet homme sur plusieurs saisons.

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