Retour sur la Sitcom week (2016) de BBC

Du 28 août au 2 septembre, BBC One a décidé d’offrir à ses téléspectateurs un épisode supplémentaire de 30 minutes de 7 de ses plus populaires sitcoms d’autrefois. Qu’il s’agisse d’un remake, d’un préquel, d’un séquel : le but est d’à la fois raviver la flamme nostalgique chez les téléspectateurs plus âgés tout en modernisant quelque peu ses textes pour aussi intéresser un auditoire plus jeune. Parmi celles-ci, retenons Are You being Served? (10 saisons, de 1972 à 1985), Porridge (3 saisons, 1974 à 1977), Goodnight Sweetheart (6 saison, 1993 à 1999) et Young Hyacinth, un préquel de Keeping up Appereances (5 saisons, 1990 à 1995). Certaines traversant mieux que d’autres le passage du temps, on apprécie par contre l’originalité de chacune de ces productions et comme le démontrent les chiffres, le public était bel et bien présent, mais en redemanderait-il?

D’une époque à l’autre

La sitcom qui subit le moins de changement est Are You Being Served?, puisque l’on reprend là où les personnages ont tiré leur révérence : au milieu des années 80 à la différence que ce sont d’autres acteurs qui interprètent les rôles principaux. Dans l’épisode, Mr Grace (Mathew Horne) le patron du Grace Brothers, est déterminé faire entrer son magasin à rayon dans la modernité, à l’inverse des employés adeptes du « bon vieux temps ». Dans Porridge, on est bel et bien en 2016 alors que c’est le petit-fils de Norman Fletcher, « Fletch » (Kevin Bishop) qui lui aussi est condamné à quelques années de prison pour plusieurs cybercrimes et dès son arrivée à l’établissement, il se retrouve pris en tenaille entre la direction de l’établissement carcéral et les prisonniers qui souhaitent tous deux bénéficier de ses lumières informatiques. Puis, dans Goodnight Sweetheart, Gary Sparrow (interprété par le même acteur, Nicholas Lyndhurst) souhaite effectuer un nouveau voyage dans le temps afin de se voir naître, mais se retrouve plutôt dans le futur, soit, en 2016.

La force ici de BBC pour ce petit festival nostalgique est de ne pas avoir imposé la même contrainte à toutes ses sitcoms, si bien qu’on sent une certaine liberté de la part des créateurs de chacune. Évidemment, il y a des faiblesses et des forces et l’adaptation la moins réussie est Are you Being Served? D’un côté, peu importe le talent des acteurs contemporains, il est quasiment impossible de se dissocier sentimentalement de la vieille garde. D’un autre côté, le thème même de l’émission n’est plus vraiment d’actualité avec le magasin à rayons et le décorum qui va avec. Par-dessus tout, c’est le scénario qui n’est pas à la hauteur avec un ton un peu trop bon enfant et des archétypes comme la vendeuse sexy,  le patron autoritaire et le vendeur ultra-efféminé.

 

Porridge s’en tire un peu mieux avec sa nouvelle génération : on s’ancre un peu plus dans la modernité tout en conservant le lien filial entre la première et la seconde mouture de la série, d’autant plus que son interprète, Kevin Bishop a un talent inné pour la comédie. Les décors de la prison ont l’air d’avoir été assemblés à la va-vite avec des boîtes en carton et on ne croit pas vraiment se trouver dans une institution carcérale, mais le scénario contient assez d’humour pour nous faire passer un bon moment.

Good Night Sweetheart quant à elle traverse inévitablement les âges, ne serait-ce que pour son thème repris évidemment ici : les voyages dans le temps. Seule série où l’acteur principal reprend son rôle, bien que plus âgé, il n’a rien perdu de sa verve et de sa polissonnerie, tout en nous exposant un côté plus vulnérable de sa personne alors qu’il fait la rencontre d’une des filles qu’il a eues avec sa maîtresse, laquelle s’était bien gardée de l’avertir. Qui plus est, de voir ce personnage du passé atterrir dans notre époque, chercher désespérément (et inutilement) un téléphone public et confronté à un langage technologique qui lui est étranger donne lieu à plusieurs bonnes blagues, dont une autoréférentielle à sa manière de voyager dans le temps : « « It doesn’t matter – it never made sense anyway! »

Young Hyacinth : un bouquet fade

Le clou de cette semaine était assurément le préquel de Keeping Up Appearances d’autant plus que le scénariste Roy Clarke reprenait sa plume pour l’occasion. Comme le titre l’indique, on retourne 40 ans en arrière nous montrant la jeune Hyacinth de 19 ans, vivant encore chez son père (Mark Addy) en compagnie de ses sœurs Daisy (Katherine Pearce), Violet (Tamla Kari) et Rose (Katie Redford). Travaillant en tant que bonne chez des aristocrates, elle étudie bien leurs qualités, mais s’imprègne aussi de leur travers malgré elle. Keeping Up Appereances étant l’exportation #1 de tous les genres confondus de ce que la BBC a pu produire ces dernières décennies, les attentes étaient hautes. On constate rapidement que Kerry Howard est à même de chausser les talons hauts et le chapeau feutré de Patricia Routledge, qu’il s’agisse de ses intonations ou de sa gestuelle. Mais malgré une réalisation soignée digne d’un long métrage, on a oublié de renouer avec les éléments clé du scénario qui lui ont assuré son succès, qu’il s’agisse d’une promenade en voiture ou madame conduit sans prendre le volant, d’une session de thé qui se termine par une tasse cassée ou de l’embarras causé par des membres de sa famille, bien moins à cheval sur les conventions et « l’étiquette », le tout culminant par une scène embarrassante pour la principale intéressée. Qui plus est, l’absence de Richard et d’Onslow se fait cruellement sentir. En fin de compte, pour un simple épisode de 30 minutes, le temps passe assez lentement.

Chez les networks américains, il est arrivé quelques fois que les séries dites « événement » ne soient en fait qu’une tactique pour tester la réceptivité du public : ce fut le cas notamment sur Fox avec Wayward Pine qui s’est vue offerte une seconde saison après de très bonnes cotes d’écoute, tout comme The X-Files. Dans le cas de la Sitcom Week, le but premier de BBC était de célébrer plusieurs décennies de rires avec ces petits clins d’œil, mais au vu des données d’écoute impressionnantes, le service public pourrait revoir ses plans. Le 28 août, Are You Being Served a rassemblé 6,25 millions de téléspectateurs tandis qu’ils étaient 5,38 M toujours devant leur écran pour Porridge. Le vendredi 2 septembre, un auditoire de 3,7 millions a regardé Goodnight Sweetheart et 3,4 M Young Hyacinth. Malgré son succès d’écoute, Are You Being Served a été démoli par les fans et la critique, tandis qu’on redemande à grands cris d’autres épisodes de Goodnight Sweetheart. En tous les cas, la BBC a un beau problème entre les mains!

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