Victoria (2016) : otages du dimanche soir

Victoria est une nouvelle série de 8 épisodes diffusée depuis la fin août sur les ondes d’ITV en Angleterre. Son titre fait évidemment référence à celle qui dès 1838 amorcera l’un des plus longs règnes de l’histoire de son pays. Ici, le premier épisode débute à la veille de son couronnement alors qu’elle est à peine sortie de l’adolescence. Encore inexpérimentée, l’apprentissage des rouages politiques, des codes et du paraître sont les plus gros défis auxquels dans un premier temps elle doit faire face. Série succédant à la plage horaire de Downton Abbey les dimanches soirs, ITV n’a pas lésiné sur les moyens : de l’époustouflante mise en scène aux costumes féminins à faire rêver. Si Victoria est définitivement un incontournable de l’automne, ne serait-ce que pour son scénario ou son actrice principale, on se serait tout de même passé de certaines intrigues secondaires qui nous rappellent trop la série précédente. Reste qu’ITV a entre les mains une valeur sûre : les monarques féminins ayant toujours la cote.

Quand Alexandrina devient Victoria

Le roi Guillaume IV est mort, vive la reine! Bien que tous savaient qu’elle règnerait un jour sur l’Angleterre, à seulement 18 ans Victoria (Jenna Coleman) se retrouve au sommet de l’état et bien qu’elle exprime le souhait de diriger seule, c’est dans un premier temps dans le but de se défaire de l’influence de sa mère la duchesse de Kent (Catherine H. Flemming) et de son favori, l’autoritaire sir John Conroy (Paul Rhys). Son premier soutient est le premier ministre en titre Lord Melbourne (Rufus Sewell) qui comme un père, la guide dans l’arène politique. Après le couronnement au premier épisode et son installation au palais de Buckingham, dans le second, Melbourne voit sa majorité compromise à la Chambre des communes et il est suggéré qu’elle nomme un nouveau premier ministre, ce qui n’enchante pas la souveraine d’autant plus qu’avec cette nomination, des dames d’honneur parentes de l’élu devraient rejoindre sa suite. Devant son obstination, Conroy appuyé du duc de Cumberland tentent de semer le doute sur la santé mentale de reine, elle qui après tout est la petite fille de George III, le roi fou. Dans le troisième épisode, c’est la rencontre avec son mari potentiel, le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (Tom Hughes), mais on est loin du coup de foudre.

Dès l’ouverture du premier épisode, on retrouve l’expertise anglaise télévisuelle : la recréation impeccable d’époque qui cette fois nous amène un siècle plus tôt. Les châteaux, les calèches, les robes en forme de cloche, les domestiques en grande livrée : tout est là pour nous éblouir, mais c’est surtout Jenna Coleman dans le rôle de cette jeune reine qui nous séduit. Pour le moment, on est loin de la reine austère vêtue de noir à la pudeur ostentatoire : celle-ci est jeune, émotive et quelquefois frivole. C’est d’ailleurs ce qui a agacé quelques critiques comme quoi les problèmes sentimentaux prenaient trop le dessus sur la politique. Au contraire, la nouveauté d’ITV est conséquente avec son époque et l’histoire de la reine. C’est que lentement, mais sûrement à cette époque, le rôle concret de la monarchie s’est considérablement amoindri, se cantonnant davantage dans la représentation. Comme le dit Lord Melbourne à sa pupille alors qu’il se peut qu’elle ait à changer de premier ministre : il ne lui est pas permis d’insister dans les affaires de l’État, mais seulement de « souhaiter » que la marche des affaires l’agréé. Victoria n’est donc pas prête à gouverner et c’est à la fois les étapes de sa maturité, autant politique qu’émotive que l’on cherche à mettre en scène ici et la série s’en sort très bien.

Tourner la page

Chaque épisode de Downton Abbey restera gravé dans la mémoire de millions de téléspectateurs à travers le monde et autant le dire : ITV a connu 6 saisons de rêve avec des cotes d’écoute propres à faire rougir n’importe quel diffuseur. On comprend aisément que la chaîne n’ait pas voulu perdre sa mainmise sur les dimanches soirs et bien que Victoria constitue ce que l’on appelle de la grande télé, on peut néanmoins déplorer un certain manque d’audace autant au niveau du scénario que de son sujet. Comme la communauté vivant en haut et en bas dans le château de Donwton, on a décidé d’inclure le quotidien de certains domestiques dans le synopsis, ce qui n’enrichit pas nécessairement l’histoire. Certes, ces valets représentent un peu les coulisses d’une époque (on apprend de la bouche de l’un d’eux par exemple qu’il s’y brûle plus de 1 000 bougies pour éclairer un seul couloir du palais), mais d’éliminer ces scènes pour les remplacer par le quotidien des privilégiés vivant autour du monarque aurait été sûrement plus intéressant.

Sinon, c’est d’avoir choisi la reine Victoria comme sujet de série qui nous laisse un peu sur notre faim. Tout comme The Crown (2016) portant sur les débuts du règne d’Elizabeth II, Versailles (2015) sur celui de Louis XIV, ou The Tudors (2007) et Wolf Hall (2015) pour Henri VIII, on choisit sciemment les rois et reines les plus populaires dans la culture de masse alors que de relater la vie de Marie 1ere (Tudor), de Louis XVIII ou de Pedro II  du point de vue du scénario serait tout aussi captivant. Dans le cas d’ITV, les passionnés de films historiques se rappelleront sûrement de The Young Victoria (2009) de Jean-Marc Vallée qui s’intéressait lui aussi aux premières années de la reine et inévitablement, les grandes lignes entre le film et la série sont à peu près les mêmes. L’avantage dans le cas d’ITV est que sa production qui s’échelonnera sur plusieurs saisons (on l’espère) et qu’à l’avenir elle réussira davantage à nous en apprendre sur cette femme marquante, tout en nous divertissant.

Pour le moment, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : le premier épisode de Victoria a rassemblé 5,7 millions de téléspectateurs en direct et 5,2 le lendemain (diffusé un lundi, exceptionnellement) conservant la majorité de son public et faisant mordre la poussière à ses compétiteurs. Par contre, la semaine suivante, la série devait affronter le retour de Poldark qui l’an dernier avait réunit en moyenne 8,1 millions de téléspectateurs sur BBC One. Finalement, la soirée du 4 septembre se soldera par un match nul, avec une légère avance pour ITV: 5,3 millions pour 23,5% de parts de marché, tandis que sa rivale a fédéré une audience de 5,1 millions pour 22,7 % de parts.

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