Cape Town (2016) : les Allemands en Afrique du Sud

Cape Town est une nouvelle coproduction germano-sud-africaine de six épisodes dont la première a été diffusée à la fin juin sur la chaîne polonaise TVN, mais depuis disponible dans d’autres marchés à l’étranger, dont l’Allemagne évidemment sur 13th Street. Comme son titre l’indique, l’action se déroule dans la capitale d’Afrique du Sud alors que deux types de meurtres ébranlent la population : ceux qui semblent être l’œuvre d’un tueur en série et d’autres impliquant de jeunes et jolies immigrés d’Europe de l’Est qui malgré elles qui se sont retrouvées dans l’industrie du sexe. La police fait donc appel à ses meilleurs détectives, Sanctus Snook (Boris Kodjoe) et Mat Joubert (Trond Espen Seim) qui ne s’apprécient pas particulièrement, d’autant plus que ce dernier est à la dérive depuis le meurtre de sa femme Lara (Jenna Upton)  il y a un an. Adaptation  du roman Dead Before Dying de Deon Meyer, avec si peu d’épisodes, un personnage principal complexe et son lot d’intrigues, Cape Town a tout ce qu’il faut pour devenir un succès. Mais encore plus intéressante est cette manière de bâtir des séries internationales ou du moins européennes; à méditer pour l’avenir de la télévision.

Une coproduction très « sud-africanisée »

Un an ne suffit manifestement pas à Joubert pour se remettre de la perte de sa femme : celui-ci boit, fume et surtout déprime plus que jamais, mais depuis qu’un nouveau colonel est arrivé à la tête du service de police sud-africain qui attend beaucoup de ses employés, celui-ci est obligé de se remettre en forme, d’aller consulter un psychologue et insulte suprême apparemment, de devoir travailler avec Sanctus. Sans qu’on ne connaisse la nature de leur différend (pour le moment), ils doivent aussitôt se plonger dans une série de meurtres pour le moins étranges. C’est que chacune des victimes porte sa signature : un masque de personnalités connues (le premier, un masque d’Einstein, le second, d’Humphrey Bogart et le troisième d’Elvis).  Sans savoir s’il y a un lien entre les deux, des corps de jeunes femmes sont retrouvés et il semble que toutes aient fait le voyage jusqu’en Afrique à la suite de fausses invitations de photographes de mode et pour le moment, le seul suspect est le richissime Brian Louis (Colin Moss) qui tient isolé dans sa villa l’une d’entre elles, Irena (Isolda Dychauk). Enfin, considérant la mort suspecte de Lara, le dossier n’est pas clos non plus.

Un peu comme The Night Manager, le livre de Dead Before Dying est l’exemple d’une adaptation idéale au petit écran. En effet, comme avec la série de BBC One/AMC, il y a ici assez d’intrigues pour nous tenir en haleine l’espace de six épisodes, chacun d’entre eux nous laissant sur notre faim lorsqu’ils se terminent. De plus, on est habitué dans les intrigues policières à avoir affaire à un flic désœuvré semblant porter le monde sur ses épaules, mais dans la coproduction, le personnage de Mat est particulièrement intéressant du fait qu’il est sous filature, donc un suspect potentiel… et ce n’est nul autre que Sanctus qui est chargé de cette mission, ce qui rend leur relation très complexe. C’est qu’on apprend à la fin du premier épisode que sa femme a été retrouvée morte nue dans son lit avec son amant et qui plus est, Mat avait la réputation d’être jaloux et tous savaient que leur mariage battait de l’aile. Le fait que l’arme utilisée pour le meurtre ait appartenu à la police n’aide pas son cas d’autant plus qu’il dit ne se souvenir de rien (à la The Night Of…).

L’autre aspect fort intéressant avec Cape Town est qu’il a beau s’agir d’une coproduction avec l’Allemagne, la série reste très « Sud-Africaine », fidèle à l’œuvre de Meyer qui lui aussi s’est inspiré des événements de son pays natal pour écrire ses pages. L’Apartheid étant probablement l’un des événements les plus marquants du pays, on n’efface toutefois pas en un quart de siècle les injustices commises par le passé et justement la série s’en fait l’écho. On a entre autres les victimes du tueur en série qui sont toutes blanches et qui  ont toutes été assassinées avec un Mauser, l’arme no.1 utilisée lors de l’Apartheid. Puis, au troisième épisode nous avons droit à un contexte politique et social épineux alors que des manifestations de propriétaires se déroulent dans les rues, ceux-ci exigeant des compensations financières à la suite de leur expropriation de la part d’une très grosse compagnie de gaz naturel.

Une piste pour l’avenir?

On le sait, avec des services comme Netflix et Amazon, on pense à un auditoire très mondialisé comparé à il y a quelques années et c’est dans cet état d’esprit que des compagnies comme Mediaset et Vivendi ont conclu un partenariat concernant la production de séries faites par et pour un auditoire européen. Mais encore faut-il paire à tout un chacun, ce qui n’est pas une chose aisée. Marco Polo de Netflix et The Last Panthers de Canal+ (coproduction franco-britannique) en constituent les moins bons exemples. Dans ces deux cas, on cherche à plaire à un peu trop de monde en voyageant beaucoup, en mélangeant plusieurs genres pour au final s’avérer si vague qu’on ne rejoint personne. D’autres exemples sont plus concluants comme Sense 8 qui nous expose les particularités de chaque pays, chaque personnage, mais qui en même temps se rassemblent dans des émotions communes. Cape Town malgré sa géolocalisation et des enjeux très précis est tout aussi rassembleuse non seulement par le genre policier qui la définit, mais aussi par le potentiel du roman qui a fait ses preuves à l’étranger (gagnant par exemple du Grand Prix de Littérature policière en 2003).

Le problème dans les coproductions reste le casting et la langue de tournage. Certes, l’anglais est le choix quand on a d’abord en tête pour faciliter les ventes à l’étranger, mais qu’en est-il pour le pays d’origine qui déclenche le projet? Dans ce cas-ci, l’interprète de Joubert est norvégien et ne maîtrise pas à 100 % l’anglais et son jeu s’en ressent, malheureusement. Dans le cas de Versailles l’an dernier, on s’intéressait à l’une des pages d’histoire de France les plus fascinantes, mais tout était gâché avec un monarque et une cour parlant l’anglais, alors que le français était précisément la langue mondiale de l’époque. Et dans la majorité des cas, le doublage est loin de remédier à la situation, précisément dans  le cas de la série de Canal+.

Reste qu’il sera intéressant de surveiller le parcours de Cape Town dans les prochains mois et surtout son accueil dépendamment des différents marchés. Présentée d’abord en Pologne puis en Allemagne quelques jours plus tard, Canal+ Afrique l’a aussi diffusée et ce sera bientôt au tour de la France sur 13ème Rue, prévu le 18 septembre. Et ce n’est qu’un début, en attendant d’avoir une fenêtre unique, autre que Netflix pour ce genre de production.

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