Fleabag / Borderline (2016) : ces personnages qui nous parlent

Fleabag est une nouvelle série de 6 épisodes diffusée depuis la fin juillet sur le site de BBC Three en Angleterre. Comédie de mœurs, le titre fait référence au surnom du personnage principal (interprété par Phoebe Waller-Bridge), une jeune femme dans le début de la trentaine, nymphomane pour certains, libérée selon d’autres qui pour le moment fait tout ce qu’elle peut pour garder la tête hors de l’eau, elle qui vient tout juste de vivre une tragédie. De son côté, Borderline est une nouvelle comédie diffusée sur les ondes de Channel 5 depuis le début août. On y suit une équipe de gardes frontaliers qui n’ont pas fini d’en voir de toutes les couleurs en raison de leurs tâches quotidiennes aussi flexibles que changeantes. À la fois drôles et originales, dans ces deux cas anglais, les personnages principaux s’adressent à la caméra, mais avec des objectifs divers et qui sans nécessairement nous rendre accros, nous permettent de passer un bon moment

Fleabag : une apparente désinvolture

Dès la première scène, la jeune Fleabag nous montre à quel point le qu’en-dira-t-on ne l’importe guerre. Sans trop y mettre d’efforts, elle invite un parfait inconnu dans son lit, elle qui pourtant a déjà un petit copain, Harry (Hugh Skinner). Celui-ci, névrosé, la laisse après qu’il l’ait surpris en train de se masturber en regardant un discours du président Obama sur son ordinateur, mais dès l’épisode #3, il revient s’installer chez elle espérant qu’elle a changé ou aura le désir de le faire, mais en vain. En fait, Fleabag ne peut s’empêcher de flirter avec tous les hommes qu’elle rencontre, séduisants ou moches, du moment que ce soit elle qui contrôle l’agenda. Incapable d’économiser de l’argent, désordonnée, c’est un peu la brebis galeuse de la famille lorsqu’on la compare à sa sœur aînée Claire (Sian Clifford), certes, anorexique, mais vivant une vie rangée avec son mari Martin (Brett Gelman) qu’elle infantilise malgré elle. Reste leur père (Bill Paterson), froid comme un glaçon et qui n’en a que pour sa nouvelle épouse (Olivia Colman).

En 2013, Phoebe Waller-Bridge a reçu le prix du meilleur One Woman Show au Festival Fringe d’Édimbourg dans lequel elle personnifiait le même personnage qu’elle a ensuite adapté pour BBC Three. Ce qu’il y a d’intéressant avec Fleabag est qu’elle nous offre une vision de la femme peu commune au petit écran puisque dans la lignée des Sex and the City et Girls, elle assume complètement sa féminité et les hommes ne sont que pour elles des jouets dont on peut disposer n’importe quand, en témoigne ces quelques citations au cours des épisodes :« I like you, you’re a dick  » ou encore, en parlant de son petit ami Harry « I wish he would fuck me. Instead, he wants to make love to me ».  Si dans un premier temps, sa désinvolture nous charme, la protagoniste gagne rapidement en profondeur après que l’on apprenne que sa meilleure amie Boo (Jenny Rainsford) et collègue dans le petit café où elle travaille est décédée récemment suite à un accident bête de la route. Dès lors, on comprend qu’en s’embarquant dans ces aventures sans lendemain, elle cherche à faire le vide, mais c’est surtout son obstination à ne créer aucun lien affectif avec les hommes que nous retenons.

Le fait qu’elle s’adresse à presque chaque scène à la caméra n’est pas anodin. C’est comme si elle tentait de nous convaincre qu’avec son indépendance, elle incarnait la parfaite féministe 2.0 (d’ailleurs, au premier épisode avec sa sœur elle assiste à une conférence sur le sujet « Women Speak »), alors qu’en vérité elle est incapable de s’attacher ou de se confier à quiconque, même sa sœur. Cette fausse complicité avec le téléspectateur à la longue finit par davantage nous émouvoir que de nous faire rigoler.

Borderline : les aléas des aéroports

Borderline commence et l’on comprend que les intervenants s’adressent à la caméra puisqu’ils sont filmés par une (fausse) équipe faisant un documentaire sur leur travail (même technique que The Comeback et The Comedians). On fait donc la connaissance de Linda Proctor (Jackie Clune), l’inspecteur en chef qui fuit le plus possible son univers familial chaotique, mais qui n’est pas pour autant appréciée par ses employés. Parmi ceux-ci, mentionnons Tariq (David Avery) qui a le don d’être exposé à des situations inconfortables, Andy (Liz Kingsman), blasée au possible, mais n’ayant pas d’autres distractions en dehors de son travail et Clive (David Elms), le nerd du groupe, aussi naïf que puéril.

Le point fort de la série est qu’elle jumelle à la fois les situations cocasses à de vrais enjeux d’actualités. Ainsi, dans le premier épisode, Proctor reçoit des ordres « d’en haut » comme quoi à l’avenir ses agents doivent dès maintenant porter une attention particulière aux personnes « hors de l’ordinaire », jugées suspectes : autrement dit, effectuer un profilage racial. Cette directive qui incommode à la fois une bonne partie des employés qui sont d’une origine ethnique différente ainsi que ceux qui sont sélectionnés pour les mêmes raisons aura tôt fait d’être annulée en raison de son inefficacité et de la polémique qu’elle risque de déclencher. Sinon, sur une note plus légère, Tariq doit interroger un ami d’enfance sur lequel on a retrouvé de la cocaïne alors qu’Andy et Clive doivent s’assurer que deux passagères dégrisent avant de prendre leur vol. Entre malaises et rires, la dénonciation par l’humour fonctionne avec des employés blasés, pour la plupart peu scolarisés et aux préjugés tenaces. Sans pour autant devenir un incontournable, les épisodes se regardent aisément et l’on passe un bon moment.

Du point de vue des cotes d’écoute, Borderline ne s’en est pas trop mal tiré avec 526 000 téléspectateurs en direct pour son premier épisode avec 3,3 % de part de marché. Composée surtout d’un auditoire masculin et jeune, la chaîne en un sens a atteint son objectif. De son côté, Fleabag connaîtra une deuxième vie à l’international puisqu’elle sera mise en ligne sur Amazon dans tous les pays que le service dessert à partir du 16 septembre, en espérant qu’elle remporte le même succès que Catastrophe acquise de Channel 4 et qui a littéralement le vent dans les voiles.

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