Chesapeake Shores (2016) : Zzzzz (prise 2)

Chesapeake Shores est une nouvelle coproduction canado-américaine de 10 épisodes diffusée depuis la mi-août sur les ondes de Hallmark Channel aux États-Unis et avec une semaine d’intervalle environ sur W Network au Canada. Le personnage principal est Abby Winters (Meghan Ory) qui travaille comme une forcenée dans un prestigieux cabinet d’avocats de New York. Mais voilà qu’un week-end, elle doit retourner à Chesapeake Shores, le petit village côtier où vit sa famille après un appel de « détresse » de sa jeune sœur Jess (Laci J. Mailey). Là-bas, elle renoue avec un passé qu’elle a en partie voulu fuir et l’air marin pourrait bien la séduire à nouveau. Adaptation du roman éponyme de Sherryl Woods, il n’y a rien à attendre de cette série prévisible de A à Z pour son pilote et qui mettra assurément la pédale douce sur les éléments de tension au cours des prochaines semaines. Mais ce qu’il y a de plus consternant sont les similitudes avec Cedar Cove, la première série originale de la chaîne qui en tout n’en compte que cinq.

 

Renouer avec le destin

À 34 ans, Abby est déjà une femme d’affaires accomplie, mais qui a cependant peu de temps à consacrer à ses proches, y compris ces deux filles. En plein divorce avec son ex Wes (Michael Karl Richards) qui en plus de connaître des problèmes financiers souhaite obtenir la garde des enfants, le grand air de Chesapeake ne peut que lui faire du bien. Là-bas, elle aide Jess dans sa comptabilité, elle qui planifie d’ouvrir un Bed & Breakfast prochainement et renoue avec Trace Riley (Jesse Metcalfe), son ancien petit ami qu’elle a plaqué sans qu’on sache trop pourquoi. Alors qu’Abby réalise que la vie est bien plus simple ici, son père Nick (Treat Williams) prend conscience que lui aussi a négligé ses enfants pour se consacrer à son travail et encouragé par sa mère Nell (Diane Ladd), il effectue un rapprochement avec ceux-ci. Ça tombe bien, toute la famille est réunie pour l’annuel feu d’artifice du 4 juillet. Et c’est cette même journée qu’Abby se fait offrir un poste non loin de la côte; une proposition qu’elle acceptera sans aucun doute… et sans surprise.

Il y a trois ans presque jour pour jour, Hallmark Channel lançait Cedar Cove dans laquelle une juge municipale s’apprêtait à occuper un poste de plus haute instance à Washington avant de se rétracter et de rester parmi les siens. Tous plus soporifiques les uns des autres les 13 premiers épisodes avaient tout de même rassemblé près de 2 millions de téléspectateurs, ce qui a rendu un renouvellement inévitable. La seconde saison n’avait presque pas écarté de fidèles avec 1,87 million et la série a finalement tiré sa révérence l’année suivante avec une moyenne de 1,67 million. Devant un tel succès d’audience, Hallmark a manifestement décidé de revenir à ses anciennes amours après seulement trois ans avec Chesapeake Shore qui reprend pratiquement le même scénario.

Son héroïne, une femme bien entendu, est une carriériste qui a le choix entre le statu quo dans une grande ville austère ou de goûter la vie simple dans un petit village en bord de mer (qui plus est, les deux séries ont été tournées dans les environs de Vancouver). Dans les deux cas, on assiste à un amour naissant entre la protagoniste et un homme rebelle, mais assagi qui a des problèmes de dépendance avec la boisson et bien entendu, la famille est le temple suprême de la vertu où les problèmes quotidiens sont vite oubliés après des rasades de crème glacée. La ville aussi est un exemple de bon goût : pas un déchet ne traine à Chesapeake, on ne compte pas un seul sans-abri et seuls des blancs défilent dans les rues.

Sinon, on a beau changer de lieu et de personnages, les intrigues sont tout aussi prévisibles que Cedar Cove et le ton rose bonbon a vite fait de nous tomber sur les nerfs. Pourtant, à la fin du double épisode pilote, on se laisse sur une réunion de famille qui inclut la mère d’Abby, Megan (Barbara Niven), laquelle a abandonné le foyer familial alors que les enfants étaient encore en bas âge. Dans une série du type Revenge, ce morceau de scénario se serait préparé longtemps d’avance et donnerait lieu à plusieurs mises en situation intempestives. Ici, on donne plutôt dans les vaguelettes puisque c’est le calme plat mis à part une petite crise de la part de Jess, ce qui n’augure rien de bon pour la suite.

 

Un public pour tout

Alors que pratiquement toutes les chaînes acquièrent une parcelle de l’héritage des Marvel et DC Comics pour les transformer en série, il y a aussi un public pour ces transpositions de romans à l’eau de rose à la télévision, où les bons sentiments, le sens de la famille et l’amour (hétérosexuel) dominent. On a déjà évoqué le cas de Cedar Cove,  mais When Calls The Heart, une autre coproduction canado-américaine impliquant la même chaîne fait très bien puisqu’elle a fédéré 1,67 million de fidèles pour sa deuxième saison avec un taux de 0,14 chez les 18-49 ans. La saison suivante, la série a fait encore mieux avec une moyenne de 2,01 millions et un taux qui a presque doublé (0,24). Et c’est sans prendre en compte l’engouement sur les réseaux sociaux puisque rien qu’au Canada par exemple, la page Facebook de l’émission est suivie par plus de 30 000 personnes et le nombre ne cesse de grandir.

Nul surprise donc que Chesapeake Shores rencontre un succès similaire. En effet, le premier épisode a rassemblé 1,92 million de téléspectateurs, en majorité des gens âgés de plus de 50 ans, mais le quart de l’audience était tout de même des femmes de 18 à 49 ans. Et puisqu’on sait d’avance de quoi il en retourne avec ces intrigues timorées, on ne serait pas surpris que l’audience se maintienne pour toute la saison et, pourquoi pas, que la série soit renouvelée.

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