The Secret Agent (2016): bilan de saison

The Secret Agent est une nouvelle minisérie de 3 épisodes qui a été diffusée du 17 au 30 juillet sur les ondes de BBC One en Angleterre. Se déroulant à Londres à la fin du XIXe siècle, on y suit Anton Verloc (Toby Jones), un propriétaire de commerce qui est engagé par l’ambassade russe comme agent double sensé espionner les groupuscules révolutionnaires, en particulier les anarchistes en plus de leur faire porter le chapeau d’une prochaine attaque terroriste. Adaptation du roman éponyme de Joseph Conrad, l’un des plus populaires de la littérature moderne, son passage à la télévision est pour ainsi dire raté. D’un ton mal défini qui tantôt se prend de la folie des grandeurs pour ensuite tomber dans le banal mélodrame, The Secret Agent échoue surtout dans sa tentative de créer une résonnance à notre époque.

Manque d’écho

Pour ceux qui ont lu le livre, peut-être que les motivations de Verloc sont mieux définies, mais dès le premier épisode, on peine à comprendre comment il a pu se retrouver empêtré dans cette toile d’araignée, lui qui n’a rien du patriote exalté. Néanmoins, il a frayé avec assez d’anarchistes pour que l’ambassadeur de Russie Vladimir (David Dawson) lui demande son aide. Sa mission en fait est de pousser les terroristes à l’action afin de pouvoir les épingler par la suite, quitte à ce que ce soit Verloc qui s’en charge et leur fasse porter le chapeau. Justement, il a réussi à gagner la confiance du « Professeur » (Ian Hart), un scientifique anarchiste qui lui a montré les rudiments quant aux bombes artisanales. Chargée d’en faire exploser une à l’observatoire royal de Greenwich, Verloc prend pour complice son beau-frère autiste Stevie (Charlie Hamblett), mais la mission tourne au désastre avec la mort de ce dernier et tous les supporteurs de Verloc lui tournent désormais le dos… mais ce n’est rien comparé à la réaction de son épouse Winnie (Vicky McClure).

On l’a vu plus ou moins récemment avec Arthur & George, Partners in Crime ou Grantchester, les Anglais, passés maîtres dans les séries d’époque parviennent à nous livrer de fascinantes enquêtes qui malgré la précarité de la technologie ou d’absence de moyens de surveillance réussissent tout de même à engager le téléspectateur. Ce qui déçoit en abordant The Secret Agent est qu’à l’instar de ses prédécesseures, elle ne tire pas assez profit de l’époque où elle se situe, notamment au niveau du contexte historique. Certes, Conrad lorsqu’il a publié son roman en 1907 était loin d’appréhender la révolution russe et la Première Guerre mondiale, ce qui explique dans son roman le flou délibéré entourant le pays qui commandite les attentats puisque l’Angleterre de l’époque n’est pas confrontée à un pays ennemi en particulier, tentant plutôt de se substituer le rôle d’arbitre de l’Europe. Or, lorsqu’on effectue la transition à l’écran, c’est pour plaire à un public et on s’explique mal le choix de la Russie dans l’intrigue si ce n’est que de tenter de faire un lien bancal avec l’actualité. En effet, à la fin du XIXe siècle, politiquement, elle n’est pas plus « fauteuse de troubles » que les autres pays d’Europe de l’époque et n’a surtout pas à se mettre à dos un pays aussi puissant alors qu’elle fait face aux hégémonies de l’Allemagne.

Sinon, on parle plusieurs fois de « true terrorism », mais mis à part la grande (et sûrement très lourde) bombe que le Professeur porte sous son veston en permanence et une explosion dans un champ qui ne fait qu’une victime, on ne peut pas dire que l’on ressent une ambiance de stress au sein de la société londonienne. Pourtant, c’est ce qu’on essaie ici de nous faire croire notamment par le montage et la trame sonore (ainsi que le générique) à la Night Manager, excellente en soi, mais qui ne colle pas du tout avec ces épisodes dénués de tension et un scénario d’espionnage loin d’être à la hauteur.

L’espion qui enfante un drame (divulgâcheurs)

Le changement de ton dans une série, aussi risqué soit-il peut donner d’excellents résultats, le premier exemple étant bien entendu Psycho (1960) avec la mort inattendue du personnage principal au beau milieu du film, mais récemment Orphan Black de BBC America qui avait débuté comme un suspens sur un changement d’identité pour se transformer en science-fiction d’une grande originalité impliquant des clones. À moindre échelle, Complications d’USA Network qui s’annonçait comme étant un énième drame médical a rapidement cédé sa place au thriller assez efficace.

On observe la même volonté avec The Secret Agent qui durant un épisode et demi vivote entre des scènes d’enquête de la part des autorités, d’interrogatoires et de filature jusqu’à ce que le tout « culmine » avec l’explosion qui aura coûté la vie à Stevie. Puis, suite à cet accident, la série prend un autre tournant et se transforme en mélodrame avec Verloc qui fait des pieds et des mains pour cacher la vérité à Winnie qui était très attachée à son frère, mais en vain. Après un coup de théâtre somme toute prévisible, c’est la fuite de celle-ci avec Tom Ossipon (Raphael Acloque) un intellectuel français très engagé politiquement. On tente de créer un certain suspens au moment où elle s’apprête à traverser la manche pour Paris dû au fait que la police est à ses trousses, mais l’ensemble est bourré de clichés déjà exploités mille fois à l’écran. En somme, la transition entre les deux genres est loin d’être efficace. Pourtant, la série compte deux morts,  ce qui en principe du point de vue narratif créer un certain regain d’intérêt chez le téléspectateur, mais il n’en est rien. C’est qu’on ne s’attache jamais véritablement aux personnages principaux et la courte durée de cette nouveauté de BBC n’est pas une excuse suffisante; des séries presque aussi courtes comme Doctor Thorne, The Secret, Madoff, And The There Were None ou plus récemment Barracuda, pour ne nommer que celles-là sont parvenues chacune à leur manière à susciter des émotions fortes chez les téléspectateurs semblables à de la dynamite. Tout au plus, The Secret Agent se limite à un pétard… mouillé.

L’intérêt pour cette adaptation du roman de Conrad était tout de même là puisque la série a rassemblé 4,4 millions de téléspectateurs en direct (et 5,17 si l’on inclut les enregistrements) pour une part de marché d’environ 22 %, ce qui n’est pas si mal, mais en deçà des chiffres obtenus par la chaîne les dimanches soirs. Deux semaines plus tard pour sa finale, l’auditoire a fondu de moitié avec seulement 2,4 millions et une part de 12,2 % : une œuvre qui ne marquera pas les esprits, donc.

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