Vice Principals (2016) : pas davantage

Vice Principals est une nouvelle série de 18 épisodes diffusée depuis la mi-juillet sur les ondes de HBO aux États-Unis et au Canada. Le titre fait référence à Lee Russell (Walton Goggins) et Neal Gamby (Danny McBride), deux directeurs adjoints très fébriles à l’annonce du départ à la retraite du directeur de l’établissement, chacun espérant obtenir le poste. À leur grand mécontentement, c’est une externe, la Dre Belinda Brown (Kimberly Hevert Gregory) qui obtient la nomination. Dès lors, ces deux hommes qui se haïssent profondément décident de s’allier afin de la faire tomber, mais jusqu’où ira leur vengeance? Ce qui au départ ne semble être qu’une comédie amassant les clichés se révèle rapidement plus complexe, suscitant chez les téléspectateurs plusieurs émotions parfois contradictoires face à ces protagonistes définitivement en voie de disparition au petit écran.

 Un poste… trop convoité

Nul doute que depuis plusieurs années, les deux protagonistes accumulent les déceptions à en juger par leur réaction suite à la promotion qui leur échappe. Gamby est divorcé depuis quelques années et sa rancœur est quasiment un atout dans son milieu de travail puisqu’il est responsable de la discipline à North Jackson High. Pourtant, il a beau être impitoyable envers les fautifs, il manque sérieusement de compassion si bien que peu de gens veulent s’approcher de lui. Russell est tout son contraire : responsable du programme scolaire, tout le monde l’adore, mais les services qu’il rend aux autres viennent toujours accompagnés d’une arrière-pensée et son hypocrisie est sans bornes. Contrairement à Gamby, il a tôt fait de s’attirer les bonnes grâces de Brown, quitte à la poignarder dans le dos plus tard. Et à en juger par ce que l’on voit, le vengeance est sans bornes.

La première scène du pilote est assez éloquente. Le directeur actuel (interprété par Bill Murray) lève pour la dernière fois le drapeau devant l’école et récite une prière tandis que Russell et Gamby derrière lui y vont de pitreries puériles. À la vue de ces immatures, on s’imagine que Brown occupera le contre-emploi; celui de la mère de service ou du moins la plus modérée (et la moins drôle du trio). Pourtant, il n’en est rien. La nouvelle venue est très fière de son curriculum vitae et n’hésite pas à souffler le chaud et le froid avec ses employés. Elle n’a aucun remords pas par exemple à demander à Gamby de renvoyer sa secrétaire à sa place, se gardant le beau rôle et plus tard l’intimider tout en affichant son plus beau sourire.

C’est peut-être ce qui explique qu’on est peu peiné lorsque Russell et Gamby mettent le feu à son domicile au second épisode après s’y être introduits pour y faire du grabuge. Il est difficile aussi de complètement détester les deux protagonistes, que l’on aurait tendance au début à confondre à Lloyd et Harry dans Dumb & Dumber. En effet, Gamby a beau être détestable, à plus d’une reprise il inspire notre pitié. Maussade, trouble-fête, il ne se rend tout simplement pas compte à quel point il est détesté de ses collègues et de le voir plus vulnérable à essayer de charmer l’institutrice Amanda Snodgrass (Georgia King) alors qu’il n’a manifestement aucune chance a quelque chose de pathétique, ce qui est d’ailleurs appuyé par une trame sonore ambigüe qui elle aussi vivote entre le léger et le dramatique.

Mais la déception majeure pour le moment est qu’à l’inverse de ce que le titre laisse à penser, Russell n’a pas son égale place au soleil dans la série, un peu trop relégué au second plan. En tant qu’opposé de Gamby, il aurait été intéressant d’en apprendre plus sur lui. Pour le moment, tout ce que l’on sait de lui c’est qu’homosexuel, il vit néanmoins avec une épouse coréenne et son insupportable mère. Frustré de sa vie « conjugale », il se défoule en crachant dans la tasse à thé qu’il prépare à cette dernière tous les soirs : maigre consolation…

Un langage inapproprié… pour qui?

Autant le dire d’emblée, Vice Principals écorchera les oreilles de plusieurs ne serait-ce qu’au nombre de sacres et d’insultes que débitent sans arrêt Russel et Gamby, comme en témoigne cet échange au début du second épisode : « (R) Then who seizes power, you or me? (G) When we shit-can this bitch, it’s every motherfucker for himself. This is a temporary alliance. (R) To be honest, Gamby, I still think you’re a fucking dipshit. (G) Well, I think you’re a fucking dipshit too. (R) You’re a fucking dummy. (G) I think your tie sucks. (R) I think you’re stupid and your face is ridiculous to me. (G) Bushy-ass mustache wearing motherfucker. fuck your face. fuck your butt. »

HBO a toujours été plus lousse en termes de censure et il est clair que ce langage vulgaire est justifié dans le scénario en raison de la mentalité d’esprit simpliste et d’un autre âge de Russell et surtout Gamby. Leur simple statut d’hommes blancs n’est pas suffisant à leur ouvrir toutes les portes, d’où la frustration qu’ils éprouvent à se faire surpasser par une femme… noire. En effet,  si à aucun moment les protagonistes n’évoquent la couleur de Brown (!), Gamby par contre n’a aucun filtre lorsque vient le temps d’attaquer verbalement son collègue avec des insultes homophobes ( « sassy », « bitch » « bending over and taking it in the ass », etc.). Certes, ce dernier lui répond du tac au tac, tout aussi vulgaire, mais comment se fait-il qu’enragés comme ils sont et homophobe pour l’un d’eux, que jamais ils n’insultent leur patronne en termes aussi colorés par rapport à la couleur de sa peau? Ici, le politiquement correct l’emporte, mais pas dans le cas de blagues homophobes. Comment peut-on mettre en scène des êtres aussi étroits d’esprit, mais seulement à moitié? Est-ce à dire que l’orientation sexuelle a été à ce point démystifiée que l’on peut s’en moquer ouvertement alors que ce n’est pas le cas quant à la situation raciale? Posons la question aux proches des victimes de la fusillade d’Orlando…

Vice Principals a connu un bon démarrage avec un auditoire de 1,5 million de téléspectateurs avec un taux de 0,55 chez les 18-49 ans. Après quatre épisodes, on note une moyenne de 886 000 téléspectateurs (taux de 0,42), ce qui est encore honorable. De toute façon, le sort de la série est d’ores et déjà connu : deux saisons de 9 épisodes chacun et pas plus : la conclusion étant déjà connue de la production. À moins que… on ne sait jamais ces temps-ci avec HBO.

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