Barracuda (2016) : (Bilan de saison)

Barracuda est une nouvelle minisérie événement qui a été diffusée du 10 au 31 juillet sur les ondes d’ABC-TV en Australie. En quatre épisodes donc, on nous ramène en 1996 où l’on suit les hauts et les bas de Danny Kelly (Elias Anton), un jeune nageur issu de la classe ouvrière qui vient d’être admis dans une école privée de Melbourne grâce à une bourse d’études sportive. C’est qu’il est l’un des meilleurs nageurs de sa génération et dès son arrivée, l’entraîneur Frank Torma (Matt Nable) le prend sous son aile rendant ses coéquipiers autant jaloux qu’admiratifs. Son objectif? Rien de moins que de participer aux prochains olympiques. Adaptation d’un roman éponyme de Christos Tsiolkas (on a pu connaître l’auteur notamment pour The Slap, qui a aussi été adapté pour la télévision), Barracuda dépeint admirablement bien le milieu de la compétition sportive dans un monde où les rêves sont tout, mais en fin de compte peu accessibles. En posant aussi un regard pour le moins tragique sur les différentes classes sociales, ABC nous livre un drame fascinant qui nous prend du début à la fin, un des meilleurs de l’été jusqu’ici.

Garder la tête hors de l’eau

Stephanie (Victoria Haralabidou) et Neal (Jeremy Lindsay Taylor), les parents de Danny ont beau vouer un véritable culte envers leur fils aîné à qui tout semble réussir, reste que dans la piscine, l’atmosphère n’est pas au beau fixe. C’est que ses coéquipiers accueillent mal cet « arriviste » qui s’il excelle, risque d’en expulser au moins un de l’équipe et le soumettent à une féroce guerre des nerfs, espérant qu’il abandonnera. Le plus antipathique est le capitaine de l’équipe Martin Taylor (Ben Kindon), qui paradoxalement semble attiré par lui. Éventuellement, ils deviennent inséparables et Danny se met à fréquenter sa richissime famille, au détriment de Samantha (Rachel Griffiths), la mère de Martin qui accepte mal que son fils après tant d’années de compétition se fasse écarter par ce nouveau venu. Danny connaît son apogée lors d’une importante compétition en signant un record mondial, mais depuis qu’il a changé d’entraîneur, ses performances stagnent et lentement sa passion envers Martin qui lui envoie des signaux contradictoires a raison de son talent, jusqu’à la chute brutale lors des jeux du Commonwealth…

Le premier mérite de Barracuda est de nous plonger (!) dans un monde ultra compétitif avec tous les honneurs, mais aussi les revers qu’il occasionne. La pression que subissent ces jeunes est en effet inouïe : certes, Frank les soumet à un régime sévère et de longues heures de nage, mais ce qu’il y a de plus navrant est l’esprit de compétition qu’il encourage au sein de sa propre équipe, un schéma décuplé par les athlètes eux-mêmes qui en rajoutent une couche, prêts à tout pour être au sommet. On a donc droit ici à un Flesh & Bone de la nage où les états d’âme et la santé mentale des concurrents sont effacés par l’attrait des médailles. Autant on était en pâmoison devant ces cabrioles lors de la finale de la série de Starz, autant avec Barracuda on se met à la place des familles qui avec anxiété regardent les compétitions à la télévision, bien conscients que des millièmes de seconde peuvent faire toute la différence.

En même temps, ces jeunes pour être les meilleurs mettent tous leurs œufs dans le même panier, ne visant rien de moins qu’une éventuelle médaille d’or aux olympiques. C’est le cas de Danny qui a pour idole Kieren Perkings qui a 22 ans a été sacré champion du monde au 1 500 mètres en nage libre aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996; une astucieuse référence où la fiction s’ancre dans des faits réels. Mais combien d’entre eux atteindront finalement le zénith? Sa réaction pour le moins extrême lorsqu’il termine 4e aux Jeux du Commonwealth nous montre à quel point le milieu sportif peut être cruel, infligeant à 99,9 % de ces rêveurs à peine matures une douche froide et c’est à travers Danny que l’on finit par se questionner sur ce qui définit le succès et l’échec en fin de compte.

Une variante à La Ligne de Beauté

Le thème sous-jacent de Barracuda est sans conteste la position sociale, où l’élite et les roturiers ne sont pas destinés à fraterniser, mais encore une fois le sport est l’exception qui confirme la règle. Dans ce cas-ci, les habiletés physiques sont les seules à entrer dans la balance, peu importe le statut, la race et même dans de rares cas de « coming out », l’orientation sexuelle. Danny à son arrivée est méprisé de tous, mais on oublie rapidement ses origines dès qu’il se met à gagner. Comme par hasard, les Taylor qui réalisent que leur fils n’est pas à la hauteur de leurs espoirs se mettent à inviter Danny, cet ennemi de la veille, à leurs soirées. Ce champion en devenir, comme Nick Guest (Dan Stevens) pris sous l’aile des Fedden dans l’excellente Line of Beauty de BBC Two se prend au jeu et inexorablement, après la débâcle, c’est comme s’il n’existait plus au sein de cette caste.

On peut faire le même parallèle en ce qui concerne la relation teintée de désir, mais non aboutie entre Danny et Martin qui est en soi une apologie de cette classe ouvrière que l’on ne cesse ici de regarder de haut. Lors d’une fête commune pour l’anniversaire de la snob grand-mère de ce dernier, elle confie candidement à Danny : « I always admired the working class. You know exactly who you are. » En effet, Danny fait tout pour gagner et ultimement, même si ses rêves se sont évanouis, par ses actes et sa « rédemption » force l’empathie. À l’opposé, Martin, un temps inspirant est d’un défaitisme dès que les événements ne tournent pas en sa faveur et s’avérera en fin de compte conséquent dans sa couardise, peut importe les millions dont il héritera un jour.

Du côté des cotes d’écoute, Barracuda s’en est plutôt bien sorti avec un auditoire de 514 000 téléspectateurs pour son premier épisode et une moyenne de 454 000 pour la série en entier, demeurant entre le 10e et 13e rang dans les programmes les plus populaires de la semaine. C’était une bonne idée d’ABC de diffuser ce drame à quelques jours des Jeux olympiques de Rio, question de nous montrer le revers de la médaille alors qu’on s’apprête à encourager nos athlètes qui se sont investis corps et âme dans une si grande aventure.

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