Roadies (2016) : un réservoir déjà vide

Roadies est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la fin juin sur les ondes de Showtime aux États-Unis et The Movie Network au Canada. Comme son titre l’indique, on y suit le quotidien de techniciens affiliés à un groupe de musique très en demande alors qu’ils voyagent à travers les différentes grandes villes dans le cadre de la tournée. Création de Cameron Crowe qui effectue un retour au petit écran, il faut lui donner crédit pour le réalisme qui émane de la série quant à ce métier peu ordinaire. Pourtant, le ton mièvre des épisodes, quelques mises en situation forcées et plusieurs longueurs ont rapidement raison de notre patience.

Un quotidien bien ennuyeux

Toujours sur la route, il arrive aux membres de l’équipe d’avoir les blues et c’est particulièrement le cas du manager Bill (Luke Wilson) et de la productrice Shelli (Carla Gugino), des partenaires très proches, mais ayant chacun leurs amants aux différents arrêts qu’ils effectuent en raison des spectacles qui y sont données. Notons aussi Kelly Ann (Imogen Poots) qui exerce ce métier pour son amour de la musique, mais en quête de stabilité, elle pense sérieusement à aller étudier le cinéma à l’université au moment même où son frère jumeau Wes (Colson Baker) se joint à l’équipe. En attendant, ça brasse du côté de l’organisation depuis que le nouveau patron Reg (Rafe Spall) est arrivé. Soucieux de faire des économies, il rencontre dans le second épisode chacun des membres du groupe afin de dénicher la pomme pourrie, mais la tâche est plus ardue alors qu’il réalise qu’il n’a que l’embarras du choix! Sinon, dans le troisième, tout le monde est sur les nerfs depuis que célébrissime blogueur Bryce Newman (Rainn Wilson) a publié une critique incendiaire sur leur spectacle. Soucieux de rentrer dans ses bonnes grâces, Reg l’invite à passer une soirée VIP avec le groupe, mais l’atmosphère devient vite tendue après que Wes ait mis de la drogue hallucinogène dans le café de Bryce.

La première question qui nous vient en tête après avoir écouté le premier épisode de Roadies est l’utilité d’épisodes de quasiment 60 minutes. C’est qu’à part faire la connaissance des quelques membres du groupe, les intrigues ne se bousculent pas à la porte et on regarde plus d’une fois notre montre. Pourquoi pas un épisode de 45 minutes comme c’est le cas dans la grande majorité des fictions américaines ou mieux encore celui de 30 minutes étant donné qu’il s’agit d’une comédie dramatique? Encore que ce double genre n’est pas exploité de façon optimale puisque la série manque énormément d’émotions fortes avec des personnages principaux pâlots qui finalement n’attirent que peu notre sympathie comme au troisième épisode alors que le grand tourment existentiel de Kelly Ann est que ses blagues ne font plus rire grand monde.  Le ton bon-enfant nous fait aussi hausser les sourcils plus d’une fois, comme lorsque Reg passe en entrevue les membres de l’équipe au second épisode : parmi ceux-ci, nous avons un Autochtone qui est engagé parce qu’il prédit l’avenir ou encore on a Wes qui reste au sein de l’équipe seulement parce qu’il fait de bons expressos… Il manque justement une touche de folie à la The Detour à ces roadies que l’on ne voit ironiquement pas beaucoup sur les routes et toujours dans le même studio de spectacle (quoiqu’officiellement, ils changent de ville à chaque épisode).

Où est la musique?

Il faut au moins envoyer quelques fleurs à Cameron Crowe pour la façon hyper réaliste qu’il a de dépeindre le quotidien des techniciens de la scène. En effet, on est loin des clichés de Sexe, drogue et rock’n roll véhiculés par la série de FX du même nom et de Vinyl récemment diffusée sur HBO. Rien de glamour ici alors qu’on les voit en coulisse travailler pour les plus grands noms du show-business, mais ils sont loin de se tourner les pouces en plus, selon eux, de travailler pour un salaire de misère. C’est tout simplement leur passion commune pour la musique qui justifie les longues journées, quoique du côté du téléspectateur, il est difficile de se mettre au même diapason qu’eux en raison du manque de chansons ou de sujets réellement reliés à l’industrie du disque. En effet,  à l’image de Still the King de CMT, on parle beaucoup de musique, mais rares sont les extraits. On a bien droit à chaque épisode à un « song of the day » (littéralement écrit en surtitres à l’écran), mais sans lien direct avec les intrigues, si bien qu’on a davantage l’impression que c’est pour boucher un trou dans la narration. Sinon, quelques artistes comme Lindsey Buckingham viennent faire acte de présence de temps à autre, mais on n’exploite pas assez ce filon. La preuve la plus éclatante, c’est le personnage de Wes, interprété par Colson Baker, alias Machine Gun Kelly (MGK), un rappeur de formation. Son rôle pour le moment est trop secondaire et pas une fois depuis le début, on l’a vu interpréter une chanson… peut-être plus tard dans la série?

En attendant, on voit tous ces techniciens travailler pour le « Staton-House Band »; un groupe fictif avec à sa tête Tom Staton, interprété par Catero Alain Colbert qui est comédien et non chanteur de formation. Plus d’interactions entre ces stars et les employés auraient ajouté un peu plus de piquant aux épisodes. Sinon, dès qu’on s’intéresse à l’industrie en général, on se couvre de ridicule, notamment avec le personnage de Natalie Shin (Jacqueline Byers), une nymphomane maniaque des Staton-House au point où après avoir fait l’amour avec un garde de sécurité (ses seins découverts bien mis en évidence) pour qu’il la laisse entrer dans leur loge, s’empare de leur micro, lui fait une fellation puis se l’insère dans le vagin. On la revoit plus tard à l’épisode #3 alors que les membres ont drogué Bryce et sans son consentement, lui fait l’amour; une scène qui en a choqué plusieurs pour son ton badin alors qu’il s’agit en fait d’un viol. Ces moments sensés être drôle sont tout simplement vulgaires et de toute façon, ne collent pas du tout au ton général de la série.

Le démarrage pour Roadies est loin d’être satisfaisant : seuls 348 000 téléspectateurs ont regardé en direct le premier épisode avec un taux assez bas de 0,07 chez les 18-49 ans. Certes, les deux premiers épisodes étaient disponibles en ligne avant leur diffusion à la télévision, mais ça n’a pas pour autant augmenté le nombre d’adeptes en troisième semaine. Sinon, à la mi-saison, les chiffres n’ont pas vraiment changé : 323 000 téléspectateurs en moyenne pour les quatre premiers épisodes avec un taux de 0,09. La série manquera probablement de gaz pour une seconde saison.

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