The Night Of (2016): en espérant que le jour se lève

The Night Of est une nouvelle série de 8 épisodes diffusée depuis la fin juin sur les ondes de HBO aux États-Unis et au Canada. L’action tourne autour de Nasir Khan (Riz Ahmed), un jeune new-yorkais d’origine pakistanaise qui un soir, « emprunte » le taxi de son père pour se rendre à une fête organisée chez des amis. En chemin, une inconnue du nom d’Andrea (Sofia Black-D’Elia) croit qu’il est en service, monte dans la voiture et ils finissent par faire connaissance. Chez elle, dans l’Upper West Side, ils boivent, prennent de la drogue, couchent ensemble et aux aurores, Nasir se réveille dans la cuisine et découvre dans la chambre le corps d’Andrea sans vie, poignardé à plusieurs reprises. Il a beau prendre la fuite, par un concours de circonstances aussi inusité que malchanceux, il est arrêté par la police et c’est le début d’un long calvaire. Coproduction avec l’Angleterre et adaptée de la série Criminal Justice diffusée sur BBC One en 2008, The Night Of est un drame poignant qui malgré un rythme lent réussit à nous hypnotiser. Davantage le portrait d’un système de justice usé qu’enquête traditionnelle, HBO après plusieurs échecs remonte considérablement dans notre estime…

100 % empathie

C’est sûrement dû à la panique, mais dès que Nasir aperçoit le cadavre, il s’enfuit et prend avec lui le couteau ensanglanté sur lequel se retrouvent ses empreintes puisqu’il l’avait utilisé pour couper des limes plus tôt. Toujours est-il que sa conduite est un peu erratique en fuyant la scène de crime, ce qui lui vaut d’être arrêté par la police qui l’embarque avec elle. Ce n’est qu’au poste, plusieurs heures plus tard qu’il est fouillé et que l’on retrouve ce qui semble être l’arme du crime. Sur ces entrefaites, l’inspecteur Box (Bill Camp) l’interroge avec toutes les susceptibilités possibles afin de le mettre en confiance, mais c’est l’avocat Jack Stone (John Turturro) qui vient à sa rescousse en lui offrant ses services et surtout lui recommandant de se taire. Évidemment, avec cette abondance de preuves contre lui, on lui refuse la liberté conditionnelle et Nasir a beau plaider non coupable, il est tout de même envoyé en prison. Pendant ce temps, les médias s’emparent de cette histoire qui trouve écho auprès d’Alison Crowe  (Gleene Headly) d’une grande firme d’avocats et avec son assistante Chandra (Amara Karan), convainc les parents de Nasir (Payman Maadi et Poorna Jagannathan) de laisser tomber Jack et même de représenter leur fils gratuitement (en échange d’une certaine notoriété, il est vrai).

Ce qui nous étonne le plus dans un premier temps, c’est l’absence d’émotions ou alors un étonnant contrôle de soi du côté de Nasir une fois qu’il est amené au poste de police, et ce, avant même que l’on trouve le couteau sur lui. Probablement sous le choc, il sait tenir sa langue et jamais il ne craque, que ce soit lors d’un interrogatoire ou plus tard lorsqu’il revoit ses parents. En fait, nous ne savons pas grand-chose de lui si ce n‘est qu’il semble être un étudiant sérieux et qu’il n’a eu qu’une autre relation sexuelle avec une autre fille dans sa vie : pas de quoi nous l’imaginer en meurtrier, quoique dans l’absolu, ce ne serait pas impossible étant donné que ni lui, ni nous ne savons ce qui s’est réellement passé pendant qu’il a perdu connaissance.

Reste que son mutisme au point de vue scénaristique est probablement le point le plus fort de The Night Of puisqu’ainsi, le téléspectateur peut aisément se mettre à la place de ce protagoniste somme toute neutre. Aurions-nous fui ou appelé la police après avoir découvert le cadavre? Et une fois les preuves trouvées, à qui faire confiance? Certes, Box est très courtois et utilise de solides arguments en vue de « l’aider », mais qu’en est-il réellement? On se pose la même question par rapport à Jack dont l’immersion dans l’affaire semble relever davantage de l’opportunisme, de même qu’Alison, si charitable de proposer de les défendre gratuitement… Et une fois en prison, quelle attitude adopter pour passer le plus inaperçu possible? Toutes ces interrogations ne cessent de nous tarauder puisque nous sommes aussi « vierges » que Nasir par rapport au système judiciaire et carcéral, qui peut importe que l’on soit coupable ou non, semble nous condamner à l’avance.

Abécédaire du tortueux parcours judiciaire

Il n’est pas anodin que l’on ne mentionne pas le nom de Nasir dans le titre de la série. En effet, The Night Of, c’est en quelque sorte le cauchemar de n’importe quel individu qui à raison (ou surtout) à tort, se retrouve empêtré dans ce système, ici américain, mais semblable à n’importe quel pays industrialisé. Et tout y passe. Le lent interrogatoire, la fouille par la police, le déroulement de l’audience préliminaire, la négociation des frais d’avocats entre Jack et les parents de Nasir, les premières nuits en prison, etc. C’est bien simple, on a quasiment l’impression de regarder un documentaire. Et bien que les trois premiers épisodes manquent de sursauts scénaristiques, ils n’en sont pas moins captivants pour autant. Le procès final n’est que la pointe de l’iceberg : ici c’est l’attente, la lenteur du système de justice, sa bureaucratie et surtout des employés blasés, qui en ont vu et en verront d’autres, des suspects clamant leur innocence. Ici, pas de Columbo pour trouver l’aiguille dans la botte de foin qui innocentera Nasir. Pas non plus d’avocat à la Perry Mason aux plaidoyers plus qu’efficaces. Pire encore : aucun autre suspect à l’horizon, excepté peut-être Don Taylor (Paul Sparks), le beau-père d’Andrea qui n’a pas la larme à l’œil facile.

Le protagoniste sera défendu, certes, mais sa famille risque de sortir de ce procès ruinée et de toute façon, comme l’explique Freddy (Michael Kenneth Williams), un prisonnier à son compagnon de cellule Nasir, il est malheureusement condamné d’avance par la population qui voit en lui un meurtrier sadique et non un « présumé suspect » : « Dude kills four guys over some dope. Okay. But murder a girl? Rape a girl? » (Nasir) « I didn’t. » (Freddy) « Doesn’t matter. It makes no difference. See, there’s a whole separate judicial system in here, and you just been judged and juried, and it didn’t come out good for you. » La tragédie, c’est que justement, la nuit s’éternise pour le protagoniste, victime davantage d’un système que d’un acte qu’il n’a probablement pas commis.

Le premier épisode de The Night Of a attiré 774 000 téléspectateurs en direct avec un taux de 0,26 chez les 18-49 ans. Si cela peut sembler peu, c’est qu’HBO a mis ce même épisode en ligne une dizaine de jours avant sa diffusion télé. La stratégie a fonctionné dans la mesure où l’audience à l’épisode #2 la semaine suivante a pratiquement doublé à 1,276 millions tout comme le taux qui est passé à 0,52 chez les plus jeunes. Enfin, la stabilité observée au troisième épisode est de bon augure : 1,204 millions (taux de 0,48).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s