Stranger Things (2016): simple abécédaire des années 80?

Stranger Things est une nouvelle série de 8 épisodes mis en ligne le 15 juillet sur le site de Netflix. L’action se déroule en Indiana en 1983 alors que Will Byers (Noah Schnapp), un jeune garçon disparaît dans des circonstances mystérieuses. Sa mère Joyce (Winona Ryder) est folle d’inquiétude et convainc le chef de police Jim Hopper (David Harbour) de mener l’enquête, laquelle l’entraîne dans un labyrinthe qui a manifestement un lien avec Eleven (Millie Bobby Brown), une jeune fille peu bavarde qui s’est échappée d’un centre de recherche où l’on étudiait la télékinésie. Création des frères Duffer, eux-mêmes fascinés par les films des années 80, la série mélange maladroitement des genres qui ont justement façonné cette décennie, mais encore une fois avec le service de vidéo sur demande, on a plutôt l’impression qu’elle se regarde le nombril, au risque de stagner dans les abonnements.

Une inspiration pour chaque intrigue

En effet, il ne se passe pas une minute dans Stranger Things sans que l’on n’y voie une référence à ce qui a déjà été fait, dans un premier temps au cinéma. Par exemple, au départ nous avons Will, qui en rentrant chez lui est comme happé par une force invisible qui le conduit dans une cabane isolée en forêt, puis il disparaît pendant qu’on entend le cri d’un monstre. Dès lors, nous avons ses meilleurs amis Dustin (Gaten Matarazzo), Lucas (Caleb McLaughlin) et Mike (Finn Wolfhard) qui dans cette heure grave décident de s’affranchir de leurs parents et d’élucider eux-mêmes ce mystère; de quoi nous rappeler des films comme Stand By Me (Rob Reiner, 1987) ou The Goonies (Richard Donner, 1985) dans lequel un monstre fait partie des intrigues.

Sinon, il y a l’arrivée d’Eleven que Mike accueille en douce chez lui. Bien entendu, ses pouvoirs de télékinésie fascinent le groupe et le personnage n’est pas sans rappeler celui qu’interprète Drew Barrymore dans Firestarter (Mark L. Lester, 1984) avec ses pouvoirs psychiques ou encore E.T. (Steven Spielberg, 1982) puisque telle une extra-terrestre, ils la cachent au reste du monde.

À cela, s’ajoute les histoires de cœur entre Nancy (Natalia Dyer) la grande sœur de Finn qui est courtisée par Steve (Joe Kerry), le tombeur de ces dames et Jonathan (Charlie Heaton), le grand frère timide de Will, à l’image de films cultes comme Sixteen Candles (John Hughes, 1984) ou All the Right Moves (Michael Chapman, 1983).

Évidemment, une série de ce genre ne peut pas s’empêcher de mettre de l’avant les différents « artéfacts » de l’époque, comme une publicité de Coca-Cola, le jeu de société Donjons et Dragons ou encore mettre l’accent sur une les technologies obsolètes comme les walkies-talkies, les photographies qui prises de nuit ne donnent pas grand-chose, tout comme les vidéos VHS de surveillance plus enneigés qu’autre chose.

Mais alors, que retient-on de ce méli-mélo des genres? Pas grand-chose à part un immense chaos. Cet hommage aux années 80, passé la nostalgie pour les malheureux qui les ont vécues (très ingrates notamment côté mode et coupes de cheveux), ratisse trop large sans que l’on puisse réellement bâtir quoi que ce soit. En effet, comment s’investir lorsque le ton change à chaque nouvelle scène? Dans l’une d’elle, on a Winona Ryder qui reprend la performance de  Jody Whittaker dans Broadchurch en vidant toutes les larmes de son corps suivant la disparition de Will et deux minutes plus tard, on voit son fils, manifestement pas affecté par le drame de son frère qui photographie les ébats amoureux de Nancy et Steve.  À l’opposé, pendant que l’enquête de Jim avance avec tout le sérieux qui va avec, mais à pas de tortue, nous avons cette bande de gamins à la fois ringards et jouant faux qui accompagnés d’Eleven, pourtant la pièce maîtresse du plus gros des intrigues, se préoccupent davantage de lui apprendre des nouveaux mots, cacher sa présence à au monde adulte et logiquement, retarder l’évolution de l’intrigue.

Stranger Things n’est qu’une énième série à se dérouler dans une décennie antérieure à la nôtre et malgré une mise en scène réussie, elle est d’abord caractérisée par son hommage aux années 80 plutôt qu’à son intrigue principale plus que dépareillée. La nouveauté de Netflix aurait eu avantage à s’inspirer de Fargo dont une troisième saison est attendue en 2017. La série de la chaîne FX s’inspirait uniquement de l’œuvre des frères Coen et parvenaient à créer à la fois nostalgie de leurs années les plus marquantes au grand écran, incluant plusieurs clins d’oeil, tout en nous arrivant avec un scénario déjanté et addictif.

Quelques nuages chez Netflix

Normalement, en étant disponible dans plus de 130 pays depuis peu, le nombre d’abonnés au service de vidéo sur demande devrait rapidement croître, mais elle n’en compte que 160 000 nouveaux pour les mois d’avril à juin, ce qui a fortement déçu les investisseurs au point où la valeur des actions de la compagnie a perdu 15 % suivant cette annonce à la mi-juillet. Le directeur Reed Hastings attribue cette stagnation en partie à la récente hausse des tarifs des abonnés. Autre facteur, on ne peut ignorer la concurrence toujours plus féroce du côté d’Amazon, Hulu et certaines chaînes câblées comme HBO, Showtime et Starz qui ont créé leur propre plateforme. Mais si du côté de Netflix  la quantité de contenu original ne peut être mise en cause puisqu’elle ne fait que croître depuis la dernière année, n’est-ce pas la qualité qui ferait défaut? De Marseille, en passant par des comédies insipides comme The Ranch ou un peu trop axées sur des comédiens de niche comme Master of None ou Lady Dynamite… ou alors à l’autre extrême, nous avons quelque chose comme Marco Polo, tellement internationale qu’elle ne rejoint personne… Certes, la série a pour elle des petits bijoux comme Sense8, Narcos et la toujours palpitante House of Cards  et on attend beaucoup de The Crown prévue pour novembre, mais devant l’explosion des contenus, ces fictions justifient-elles un abonnement inconditionnel?

En tous les cas, il y a de bonnes chances pour que Netflix renouvelle Stranger Things la saison prochaine, d’une part, parce que la compagnie renouvelle à peu près toutes ses séries et d’autre part, parce que son intrigue, de l’aveu de son producteur exécutif Shawn Levy, peut facilement se décliner sur le long terme. À surveiller, donc.

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