American Gothic (2016) : qui a écrit ça?

American Gothic est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada. À Boston, un scandale éclate après l’écroulement d’un viaduc qui tue sur le coup deux personnes. Ce ne sont pas elles qui intéressent les médias, mais bien une ceinture retrouvée entre deux plaques de bétons qui appartient vraisemblablement au tueur en série surnommé le « silver bell killer », lequel n’a jamais été démasqué. La richissime famille Hawthorne est la première visée par ce drame parce que d’une part, c’est son entreprise qui a à l’époque effectué les travaux et que d’autre part, la ceinture appartiendrait à l’un d’eux. Pour le moment, la moitié du clan ment alors que l’autre se passe de commentaires, si bien que l’enquête risque d’être fort longue. C’est désormais au tour de CBS de se lancer dans le soap de luxe et après trois épisodes, on se demande toujours si le mauvais scénario est délibéré ou si on tente simplement une œuvre de type « méta »; une sorte de clin d’œil au genre par exemple. Cette ambivalence heurte de plein fouet le téléspectateur qui lui, n’a pas attendu très longtemps avant d’aller voir ailleurs.

On rit ou pas???

Dès que la ceinture meurtrière est retrouvée, tout bascule chez les Hawthorne à commencer par le patriarche Mitchell (Jamey Sheridan) qui est victime d’une crise cardiaque au moment même où sa fille aînée, Alison (Juliet Rylance) prononce un discours électoral, elle qui brigue la mairie de Boston. Son épouse Madeline (Virginia Madsen)  et leurs deux autres enfants Cam (Justin Chatwin) et Tessa (Megan Ketch) se rendent aussitôt à son chevet et à leur grande surprise, Garrett (Anthony Starr), le fils aîné la famille refait surface après 14 ans d’absence. Les choses s’enveniment lorsque Cam et Tessa tombent par hasard dans le hangar sur une boîte avec plusieurs cloches d’argent ainsi que des découpures de journaux que seuls les Hawthrone auraient pu collectionner. Le tueur en série est donc un membre de la famille. Entre eux, il est pressant d’éclaircir ce mystère puisque le mari de Tess, Brady (Elliot Knight) est détective, loyal à sa famille, certes, mais qui subit aussi de la pression de la part de ses supérieurs. Entre-temps, Mitchell se réveille à l’hôpital et tente de convaincre Madeline qu’il est « temps de dire la vérité », ce qui n’est manifestement pas son point de vue puisqu’elle le tue et dit ensuite à ses enfants que leur père était obsédé par les crimes sordides et qu’à la fin de sa vie, perdant la raison, il était même persuadé de les avoir commis. Cette explication met le couvercle sur la marmite, mais pour peu de temps.

CBS est manifestement en mode expérimental cet été puisque tout comme BrainDead, on ne sait pas trop sur quel pied danser avec American Gothic. La première série se voulait une satire du monde politique, mais en ne visant personne et en mélangeant drame et quelques clins d’œil au camp, le mélange final donnait l’impression d’un coup d’épée dans l’eau. C’est la même chose ici avec la nouveauté de la chaîne puisque le téléspectateur doit deviner lequel des membres de cette famille est un tueur en série et pour ce faire, chacun d’eux doit avoir l’air d’un suspect potentiel… Avec une telle prémisse, difficile de ne pas tomber dans le ridicule. D’ailleurs, on a Cam par exemple qui avait une personnalité plus que morbide dans son enfance et apparemment c’est héréditaire puisque son jeune fils Jack (Gabriel Bateman) s’amuse à dessiner des cadavres et à torturer Caramel, le chat de la voisine. Quant à Garrett, on peu soupçonner n’importe quoi puisqu’il ne parle pas.

Sinon, la dynamique entre les membres de la famille est particulière : Garrett qui a disparu 14 ans revient, on lui demande où il était et lui de répondre qu’il a beaucoup marché et lu… et tout le monde s’accommode de cette réponse! Madeline ment comme elle respire et on soupçonne aussi Tessa d’avoir inventé ses troubles d’anxiété pour se rendre intéressante. En somme, rien n’est crédible chez les Hawthorne, et ce, jusqu’à la maison familiale avec des pièces beaucoup trop grandes pour la structure qui nous est présentée et une décoration pêle-mêle, indigne d’une famille aussi illustre. Pourtant, rien dans le ton n’évoque la parodie sinon une trame sonore un peu trop badine dans des moments graves (un détail notoire tout de même). Alors, c’est donc du sérieux? À en juger par les bandes-annonces, oui. Qu’adviendra-t-il lorsque l’identité du tueur (ou tueuse) sera dévoilée? On a beau considérer chaque membre comme suspect, on ne voit pas comment on pourrait garder ce ton dramatique tellement toute l’affaire est risible.

Soaps en péril

Les belles années de Revenge semblent bien révolues lorsqu’on examine ce que les networks nous ont offert en terme de soaps durant l’année 2015-16. ABC nous a fait mourir d’ennui avec Blood & Oil à l’automne avant d’insulter son maigre auditoire restant avec une finale calinours, ce qui l’a sans doute décrédibilisé à la fin de l’hiver lorsqu’elle nous a offert The Family, un peu trop clinquante et tirée par les cheveux, et ce, malgré une finale qui aurait dû lui valoir un deuxième opus. Et c’est sans compter Of Kings and Prophets qui n’a eu droit qu’à… deux épisodes. Chez NBC, Game of Silence s’est aussi cassée les dents, notamment en raison de ses personnages principaux et de leurs têtes brûlées. Le problème majeur chez les networks est qu’on essaie d’imiter le câble, mais avec les restrictions « politiquement correctes » qui les caractérisent, si bien qu’à part la violence, on sent toujours à plein nez l’autocensure qui finalement lui nuit davantage qu’elle ne satisfait son auditoire. Seul Empire de Fox tient le coup pour le moment, mais les intrigues s’épuisent rapidement, inversement proportionnelles aux  trahisons familiales qui elles aussi ont dépassé l’entendement.

American Gothic entre dans cette lignée d’échecs, comme en témoigne son attrait auprès des téléspectateurs puisque seulement 3,43 millions ont répondu à l’appel pour un taux de 0,7 chez les 18-49 ans. Au moins, la série a pu compter sur la stabilité de son auditoire puisqu’en troisième semaine, ils étaient toujours un peu plus de 3 millions avec un taux de 0,6. Largement insuffisant par contre pour qu’on la revoie l’année prochaine.

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