The Living and the Dead (2016): frissons victoriens

The Living and The Dead est une nouvelle série de six épisodes qui a été mise en ligne le 17 juin sur le site iPlayer de BBC et qui une dizaine de jours plus tard a amorcé sa diffusion traditionnelle à la télévision anglaise. L’action se déroule dans les années 1890 alors que Nathan Appleby (Colin Morgan) et sa nouvelle épouse Charlotte (Charlotte Spencer) se rendent dans le Sommerset dans la propriété familiale alors que la mère de ce dernier est mourante. Peu de temps après, c’est lui qui hérite du château et des terres qui l’environnent, mais il n’a pas vraiment le temps de s’y consacrer puisque médecin de métier, il accepte de soigner quelques âmes en peine assaillies de visions monstrueuses. L’œuvre du diable ou les effets du subconscient? Dans le cas de la nouveauté de BBC, il faudrait quasiment allumer un lampion parce qu’enfin, on a droit à une série d’horreur aux fortes inclinaisons « exorcistes » qui fonctionne. La façon de traiter chaque cas est à la fois inventive et originale tandis qu’on est émerveillé par la mise en scène.

Les maux de l’époque

Dès leur arrivée, les deux tourtereaux sont présentés au Révérend Matthew Denning (Nicholas Woodeson) et de son épouse Mary (Marianne Oldham) qui se font un sang d’encre pour leur fille Harriet (Tallulah Haddon), laquelle semble hantée par plusieurs personnalités différentes. Alors qu’il était à Londres, Nathan était un brillant docteur qui s’est toujours intéressé au plus haut point à la psychanalyse, une science encore naissante à l’époque. Dès qu’il prend en charge Harriet, il découvre après plusieurs séances dont une impliquant l’hypnose que l’esprit d’un certain Abel North est en elle; le fils renié d’un pasteur et probablement un meurtrier. Comme tout semble remonter à son enfance alors qu’il n’a jamais été baptisé, Nathan convainc le révérend de procéder à la cérémonie sur sa fille, ce qui a effectivement raison du démon. Dans le second épisode, c’est au tour d’un jeune garçon d’avoir des visions tandis que dans le quatrième, il enquête sur la disparition d’une femme alors que son amoureux et sa meilleure amie lui donnent des versions contradictoires.  Mais à force d’être toujours plongé dans les drames des autres, la santé mentale du principal intéressé commence à chanceler, lui qui a déjà perdu un fils et sa première épouse.

On l’a vu avec Outcast dernièrement sur Cinemax qui peine à rassembler plus de 400 000 téléspectateurs chaque semaine, les séries sur l’exorcisme semblent faire du sur-place; si on n’a rien à redire concernant les effets d’effrois, on a toujours l’impression que c’est du côté du scénario que le bât blesse et que l’équilibre entre la réalité et le monde des esprits est trop fragile.

C’est justement là où The Living and The Dead excelle puisque l’on n’approche pas ces « demeurés » avec un crucifix, une Bible et des incantations, mais plutôt grâce à la médecine, la psychologie et la psychanalyse. En même temps, on le sait, l’Angleterre ne cesse de produire des séries se situant à l’époque de son âge d’or et ici, la fin du XIXe siècle n’est pas qu’un tableau de fond, bien au contraire. C’est que tous les maux dont souffrent les patients de Nathan reflètent l’époque où ils vivent, qu’il s’agisse de l’importance (voire l’obsession) de la religion, de la modernisation du monde agricole incluant les effets sur une population qui voit son travail remplacé par des machines, de l’exploitation ouvrière des enfants et même du lesbianisme dans une société qui est loin d’être tolérante à ce sujet.

En fait, c’est bel et bien l’oppression et des émotions refoulées qui sont à l’origine des visions des patients. Houdini & Doyle lancée plus tôt cette année s’appuyait sur plus ou moins la même démarche, c’est-à-dire de tenter de faire cohabiter une vision plus terre-à-terre des crimes commis via Houdini jumelée à une vision plus « spirituelle » qu’incarnait le romancier Arthur Conan Doyle. Le problème avec la nouveauté d’ITV Encore était que les conclusions des enquêtes étaient farfelues au possible tandis qu’avec BBC One, les épisodes se terminent et on est pleinement rassasié.

Le Royaume-Uni à la carte

Qu’il s’agisse du Devon pour And Then There Were None, de Lake District dans le Cumbria pour The A Word de BBC One, des Highlands pour Stag dans BBC Two, de Cotswolds pour Agatha Raisin de Sky1 : les Britanniques ont le don de mettre en valeur les différentes régions de leur pays l’instant d’une fiction et de tirer avantage des paysages pour instaurer le climat approprié, qu’il s’agisse d’un thriller, d’une comédie ou d’un drame. The Living and The Dead ne fait pas exception à la règle. Ici, c’est le comté de Somerset qui est à l’honneur avec ses quatre saisons et chaque plan, de jour comme de nuit, semble immortaliser ce magnifique coin de pays. À l’opposé, nous avons la demeure des Appleby qui avec ses murs nus, son dépouillement et son peu de lumière reflète un héritage rongé par les dettes; la fin d’un monde et une certaine décadence se rapprochant de la folie. Reste ces petits objets du quotidien que l’on retrouve au XIXe siècle comme un cheval à bascule, une poupée de porcelaine ou des outils agraires qui fidèles à l’ambiance de la série sont utilisés pour nous donner la chair de poule et renforcer l’aspect surnaturel de la fiction. Qui eût cru que l’on puisse exploiter l’époque victorienne d’une telle façon?

Pression des services de vidéo sur demande comme Netflix et Amazon ainsi qu’une décision du gouvernement en mai visant à faire payer les usagers en ligne de la corporation : pour la première fois de son histoire, la BBC a mis dans son entièreté une série sur son service iPlayer avant sa diffusion traditionnelle à la télévision. The Living and The Dead s’adressant à un public plus jeune, ce choix était pour le moins avisé et pour preuve, les épisodes sont parmi les plus regardés dans le top 10 de la plateforme. Quant à sa première qui a été diffusée le 28 juin, elle a rassemblé près de 4 millions téléspectateurs en direct, se classant au 27e rang des émissions les plus populaires de la chaîne durant cette semaine.

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