Animal Kingdom (2016) : la louve qui prend toute la place

Animal Kingdom est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de TNT aux États-Unis et Bravo au Canada. C’est dans un autre Los Angeles, moins familier à nos yeux que s’amorce la fiction alors que « J. » (Finn Cole), 17 ans, vient tout juste de perdre sa mère d’une overdose d’héroïne. Laissé à lui-même, il n’a d’autre choix que d’appeler sa grand-mère surnommée « Smurf » (Ellen Barkin) qu’il n’a pas vue depuis plus de dix ans et qui l’accueille bras ouverts dans sa luxueuse maison familiale. Seulement, ce changement est loin de réjouir ses oncles Baz (Scott Speedman), Pope (Shawn Hatosy), Craig (Ben Robson) et Deran (Jake Weary) qui perçoivent l’arrivée de J. comme une menace, autant du point de vue professionnel que personnel. Adaptation du film australien éponyme de 2010, Animal Kingdom est une des seules nouveautés estivales américaines qui pour le moment vaut la peine d’être suivie dans son entièreté. La dynamique entre les membres de la famille Cody demeure l’intérêt principal pour le moment, en attendant un arc narratif un peu mieux défini pour l’avenir.

En attendant de devenir des hommes…

Lors de l’enterrement de la mère de J., on apprend de la bouche d’une de ses amies que la défunte avait tout fait pour empêcher son fils de rencontrer sa famille notamment en raison de la mauvaise influence qu’elle pourrait avoir sur lui. C’est que les Cody ont bâti leur fortune grâce à toutes sortes de cambriolages dans des boutiques huppées et qu’à part eux, l’existence humaine n’a que peu de valeur. C’est évidemment Smurf qui est à la tête de toutes les opérations, mais dans le premier épisode, le vol dans une bijouterie tourne au vinaigre et un garde de sécurité perd la vie. La solution proposée par la matriarche pour éviter que les soupçons ne retombent sur eux ne fait pas l’unanimité au sein du clan si bien qu’en douce, celui-ci se fragmente, mais c’est justement cette désunion qui risque de leur attirer des ennuis.

Il faut d’abord mentionner que les rôles forts à la télévision comme au cinéma échoient rarement à des femmes qui ont passé la cinquantaine et que dans l’industrie, il faudrait peut-être réaliser qu’on est en 2016 puisque le personnage de Smurf incarné avec brio par Ellen Barkin magnétise tout simplement les téléspectateurs. En véritable mère-poule, elle nous renvoie l’image parfaite de la femme au foyer qui passe son temps à cuisiner, repasser et n’exister que pour sa progéniture. En même temps, c’est aussi une  lionne qui n’hésite pas à montrer ses crocs, manipuler autrui et le pouvoir suprême qu’elle détient est qu’elle-seule gère la fortune familiale.

 

Cette donne n’est pas à prendre à la légère dans sa relation avec ses fils, malgré la première impression « d’amour inconditionnel » qu’elle dégage. En effet, du point de vue de ceux-ci, la relation n’est pas aussi simple. Baz est sans conteste le plus mature et selon les autres, le préféré de Smurf. Par contre, il a été adopté et sans dévoiler l’intrigue, disons que le temps des explications avec son père est définitivement révolu. Marié et père d’une fillette, il entretient tout de même une maîtresse et un autre enfant au Mexique. Le second Pope sort tout juste de prison, peine à gérer ses colères, agit toujours avant de réfléchir et on mentionne au cours des épisodes des médicaments qu’il devrait prendre, mais sans succès. Quant à Craig, il se retrouve toujours dans le lit de la première venue et est accro à la cocaïne et aux analgésiques. Reste le benjamin Deran qui est homosexuel. Non qu’il s’agisse d’une tare en soi, mais ce sont plutôt les efforts pathétiques qu’il déploie pour berner tout le monde que l’on déplore.

Voilà donc ce qui se cache derrière ces comportements de matamores. Ils ont beau faire les durs et jouer à qui pisse le plus loin, reste que derrière les fusils qu’ils brandissent lâchement en direction de leurs ennemis, on a droit à des adolescents passés l’âge qui ne veulent surtout pas déplaire à maman. Cette relation presque malsaine entre la mère et les fils est par ailleurs accentuée par les mouvements de caméra qui de façon presque homoérotique, l’objectif s’attarde longuement sur les corps musclés des hommes la plupart du temps dévêtus, si ce n’est pas carrément nus. Comme des enfants, ils n’ont aucune pudeur, pas plus que leur mère qui ne les considère pas vraiment comme des hommes. Reste J., étonnamment le plus mature de la bande. Studieux, dans une relation amoureuse sérieuse, on craint que ses oncles à la longue nivellent volontairement ses ambitions vers le bas. Petite métaphore ici : le nombre de fois qu’ils lui proposent de le déposer en voiture quelque part alors qu’il s’obstine à rouler en vélo… bien moins rapide, clinquant, mais au moins il est en contrôle.

L’autre Los Angeles

Le Los Angeles d’Animal Kingdom est le même que celui de Kingdom justement, une série diffusée depuis l’automne 2014 sur les ondes d’Audience Network : bien loin du glamour de The Catch d’ABC par exemple,  l’asphalte y est omniprésent, les maisons défraichies, poussiéreuses et le soleil plombe sur les corps plutôt qu’il ne les réchauffe. Dans la nouveauté de TNT, les Cody ont beau vivre dans une luxueuse maison, les fruits ne tombent jamais loin de l’arbre. Malgré tout l’argent du monde, ils resteront toute leur existence en mode survie; à chercher à garder la tête hors de l’eau. Leurs vols sont commis chez les riches, ils vivent chez les riches, mais dans les faits ne le sont pas. Le seul bémol pour le moment concerne tout bonnement l’avenir de la série. On explore à fond la carte familiale avec un rythme lent qui lui sied bien, mais il faudrait éventuellement voir le clan hors de sa prison dorée avec davantage d’intrigues en lien avec la ville et le milieu de la criminalité parce que pour le moment, les intrigues sur le long terme demeurent obscures.

Du côté des audiences, c’est mi-figue mi-raisin pour le moment. Le pilote a rassemblé 1,31 million de téléspectateurs avec un taux de 0,4 chez les 18-49 ans. On pourrait toujours expliquer ce score par le fait que le pilote était en ligne dès le premier juin, sauf qu’au second épisode, ils étaient 1,10 million, 1,18 pour le troisième et quatrième épisode avec un taux inchangé de 0,4. Au moins, Animal Kingdom fait preuve d’une remarquable stabilité; c’est sûrement ce qui lui a valu une seconde saison annoncée par TNT il y a quelques jours.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s