Greenleaf (2016) : ça ne va pas assez mal

Greenleaf est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de OWN (Oprah Winfrey Network) aux États-Unis et au Canada. Le titre réfère à la famille du même nom et le premier épisode marque le retour de Grace Greenleaf (Merle Dandridge) au sein de sa puissante famille après plus de vingt ans d’absence afin d’assister à l’enterrement de sa sœur Faith qui s’est récemment suicidée. Son père James (Keith David) est l’évêque d’une « méga-église » qu’il parvient à remplir tous les dimanches notamment grâce à un charisme hors du commun. L’on pourrait d’abord croire que c’est son talent de persuasion qui convainc sa fille de revenir s’établir à Memphis, mais Grace a plutôt en tête de faire la lumière sur cette mort mystérieuse. Mais en creusant trop, qui sait sur combien de squelettes elle tombera? Série qui a pour productrice exécutive Oprah Winfrey en personne et qui y tient même un petit rôle (Mavis, la tante de Grace), Greenleaf est loin d’être le nouveau soap espéré avec ses mièvres intrigues et des personnages peu charismatiques : d’où l’incapacité d’engager le public sur le long terme.

« Memphis Abbey »              

La famille Greenleaf, à en juger par leur demeure et l’engouement que James suscite lorsqu’il prêche dans son église est toute puissante à Memphis, mais cela ne signifie pas pour autant que ce « messager de dieu » vive une vie exemplaire. En effet, dès le premier épisode, le diocèse envoie un de ses représentants enquêter sur lui après quelques plaintes de paroissiens qui le suspectent de détourner de l’argent. Comme d’habitude, son épouse Lady Mae (Lynn Whitfield) réagit avec dédain face à cette intrusion dans leur vie privée tandis que leur progéniture à d’autres chats à fouetter. L’aîné de la famille Jacob (Lamman Rucker) ne jure que pour sa maîtresse Alexa (Kirstin Erickson), sous les yeux de sa femme Kerrissa (Kim Hawthorne), laquelle est bien trop occupée à semer la bisbille dans le clan des Greenleaf. Quant à Grace, elle est persuadée que Faith s’est suicidée à cause de son oncle maternel surnommé « Mac » (Gregory Alan Williams) qui l’aurait agressé lorsqu’elle était plus jeune. Or, voilà qu’elle apprend qu’il a récidivé récemment sur une autre et investigue, laissant sa fille adolescente Sophia (Desiree Ross) un peu perdue, elle qui doit refaire sa vie dans une nouvelle ville. Reste la cadette Charity (Deborah Joy Winans) qui tente désespérément d’avoir un enfant avec son mari Noah (Benjamin Patterson), lequel n’est manifestement pas encore sorti du placard.

Ce qui surprend d’abord et avant tout dans Greenleaf, c’est le fait qu’un évêque américain vive dans un tel luxe. Certes, il a pu hériter ou peut-être que la famille de «Lady » Mae est pleine aux as, mais reste qu’on a sans doute un peu exagéré leur importance économique. Par exemple, lorsque Grace revient au bercail, il y a un valet en queue de pie engagé que pour ouvrir et fermer la porte principale. Puis, lorsqu’ils dinent tous ensemble, on n’a rien de moins que trois domestiques qui se tiennent debout derrière les convives. C’est bien simple, on se croirait à Donwton Abbey, ce qui est assez ridicule.  Il ne manque plus que le trône… quoiqu’à l’église pendant que James prononce son sermon habituel, les proches membres de la famille sont tous assis sur de grandes chaises sur l’estrade, bien loin de la populace.

Ce mode de vie ostentatoire semble aussi s’appliquer aux membres de la famille, qui comme les Crawley s’est donné pour mot d’ordre de sauver les apparences coûte que coûte. Ainsi, Grace a beau avoir déserté sa famille durant 20 ans, lorsqu’elle retrouve sa famille, c’est à peine s’ils réagissent; comme s’ils lui avaient parlé la veille. Plus étonnant encore, Mac fait partie des convives à ce dîner royal, et ce, bien que Grace n’ait jamais caché ses doutes à son égard. On imagine que dans les familles les mieux nanties à l’éducation irréprochable, il ne faut surtout pas perdre son sang froid, mais il y a tout de même des limites à ne pas vouloir perdre la face !

Ritalin et manque de vilains

Par contre, ce qui déçoit le plus dans Greenleaf est qu’après trois épisodes, on ne nous a toujours pas présenté une intrigue digne d’un soap américain : parce qu’en principe, c’est bien de cela qu’il s’agit. Pourtant, tous les ingrédients sont là pour qu’on ait droit à une version alternative à Empire : l’argent, quelques secrets, des membres très distincts au sein d’une même famille, etc. Malheureusement, l’enquête de Grace sur la fille qui aurait été violée est interminable tandis qu’on ne sait pas bien à quoi servent les jérémiades de Karissa. L’intrigue concernant la fortune de la famille est rapidement mise en veilleuse par James et quant au reste de la famille, ils nous indiffèrent. Jacob, que son père a pourtant toujours tenu à l’écart des affaires se voit confier enfin un poste à l’église, mais tout ce qui l’intéresse c’est sa maîtresse. Pour le moment, le drame de Charity, en larmes alors qu’elle est à table avec les autres, est que son père ne lui a pas encore permis de faire un sermon. Reste Sophia et sa cousine Zora (Lovie Simone) en pleine « crise » d’adolescence. La première fait un complexe sur ses jambes (alors que dans la vraie vie, elle pourrait être mannequin) tandis que la seconde inhale du ritalin (oui, oui…).

On airait ultimement pu sauver la mise avec un vilain digne de ce nom. En effet, selon une étude menée par l’entreprise d’analyse Canvs et rapportée par The Wrap, on s’est intéressé à la corrélation entre les différentes réactions des téléspectateurs pendant qu’ils regardent des fictions en lien avec leur utilisation de Twitter. Il semble que ce soit la haine, d’un personnage par exemple, qui nous incite le plus à suivre une émission régulièrement. Que l’on pense à des personnages forts comme Ramsay Bolton dans Game of Thrones ou encore Victoria Grayson dans Revenge qu’on déteste tellement au point ou paradoxalement on ne peut plus s’en passer. Dans Greenleaf, c’est Mac qui aurait dû tenir ce rôle, mais il ne fait pas du tout le poids, pas plus que James qui reste bien top opaque. Même Hap Briggs dans la médiocre Blood & Oil avait plus de panache.

Évidemment, les téléspectateurs les plus courageux qui poursuivront la série pourraient donner tort à cette observation, mais en trois épisodes, ils rétrécissent à vue d’œil. Tout avait pourtant bien commencé puisqu’ils étaient 3,04 millions en direct avec un taux de 2,18 chez les 25-54 ans, ce qui est énorme et seule The People vs OJ Simpson a fait mieux cette année pour sa première au niveau du câble. Le lendemain, dans sa case régulière, les épisodes #2 et #3 présentés l’un à la suite de l’autre ont tout de même rassemblé un auditoire de 1,93 et 2,05 respectivement, mais cette fois-ci avec un taux beaucoup plus bas de 0,6. De toute façon, inutile de spéculer sur l’avenir de la série : OWN a donné le feu vert en avril à une seconde saison avant même la diffusion de son pilote.

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