BrainDead (2016) : pas assez

BrainDead est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de CBS aux États-Unis et Global au Canada. L’action se déroule à Washington au sein du monde politique alors que Laurel Healy (Mary Elizabeth Winstead), une jeune documentariste en manque de fonds pour son nouveau projet accepte de devenir assistante au bureau de son frère Luke (Danny Pino), un sénateur démocrate. Dès son entrée, un phénomène pour le moment inexplicable se produit : des insectes ressemblant à des fourmis s’évadent d’un météore ayant été transporté par bateau en provenance de Russie et les petites bestioles entrent à l’intérieur des cerveaux des politiciens et les dévorent. D’une vague critique contre l’establishment au huis clos qui réduit la tension narrative, BrainDead créée par Robert et Michelle King (The Good Wife), n’a rien pour nous convaincre d’adopter la série sur le long terme, et ce, malgré une astucieuse idée de départ.

« Des gestes irréfléchis et une perte de mémoire »

La tête entièrement consacrée à son prochain documentaire portant sur les chorales de Malaisie, Laurel n’a a priori aucun intérêt dans son nouveau travail auprès de son frère jusqu’à ce qu’un jour, elle se retrouve au cœur d’une affaire des plus mystérieuse. C’est qu’elle se trouvait dans l’ambulance au moment où la tête du scientifique qui était chargé de la sécurité entourant la livraison du météore a explosé. C’est sa fille Rochelle (Nikki M. James) qui enquête sur cette mort et bientôt se joindra à elle Gustav (Johnny Ray Gill) dont le meilleur ami s’est lui aussi soudainement retrouvé sans tête. Ensemble ils découvrent que les fourmis dévorent une bonne partie des cerveaux dans lesquels ils s’insèrent, ce qui occasionne chez les victimes des pertes de mémoire à long terme et leur fait prendre des décisions sans queue ni tête.

Pendant qu’on est à la recherche d’une explication médicale à ce phénomène, rien ne va plus à Washington. Le sénateur démocrate Red Wheatus (Tony Shaloub) est victime des fourmis et sur un coup de tête rejoint les républicains qui sont désormais majoritaires.  Afin d’en savoir plus sur le côté adverse, Laurel se met à flirter avec Gareth (Aaron Tveit), l’assistant de Red et après trois épisodes, il semble que leurs sentiments réciproques gagnent de l’ampleur alors que les idées politiques les plus folles et les coups bas entre les deux partis s’échangent avec véhémence.

L’idée de départ de BrainDead sort complètement de l’ordinaire, d’autant plus que la série est diffusée sur une chaîne généraliste. Et nul besoin d’avoir un diplôme en analyse de contenu pour comprendre que ces fourmis symbolisent la « folie politique » une fois que les candidats sont élus. Oublier les leçons les plus élémentaires que l’Histoire nous procure, agir sous l’impulsion en fonction de ses propres intérêts, lever le nez sur les électeurs une fois portés au pouvoir : voilà quelques clichés que l’on attribue à ceux que nous élisons dans nos démocraties occidentales. Bien que la série ait été commandée il y a plus d’un an,  elle reste tout de même très près de l’actualité puisqu’on y voit des bribes de discours d’Hillary Clinton et de Donald Trump.

Seulement, la parodie s’arrête là : c’est-à-dire qu’elle ne semble pas en mesure d’aller au-delà des préjugés que nous entretenons envers nos politiciens. Dénoncer Washington au complet à coups de généralités vient amoindrir son propos. Dans BrainDead, ces « infections » au cerveau touchent autant les démocrates que les républicains. Si au moins on avait ciblé un ministère en particulier avec de vrais enjeux, et ce, peu importe le parti, on aurait pu exploiter certains travers typiquement américains quant à la manière de gérer les choses. House of Cards par exemple nous a offert une vision très réaliste de la politique internationale, notamment les nombreux contentieux avec la Russie ou dernièrement quelques leçons à l’américaine en terme de négociation avec des terroristes. Ces mises en situation avaient beau être réalistes, ça n’empêchait en rien le cynisme. Ici, on a Red qui propose que l’on élimine les ministères du Commerce, de l’Éducation et de l’Énergie « parce qu’ils génèrent trop de bureaucratie » : difficile d’être plus général que ça…

Des enjeux insignifiants

L’action a beau se dérouler à Washington, soit, au cœur du pouvoir, on n’a pas pour autant l’impression que les actions des politiciens (qu’ils soient infectés ou pas) ont au final des répercussions sur la population. Dans Scandal par exemple, bien que le peuple ne forme qu’une masse homogène et floue, on prend tout de même toute la mesure de l’effet de mesures impopulaires sur l’électorat. Dans BrainDead, les partis ont beau couler à tour de rôle des informations compromettantes aux médias concernant leurs adversaires, les conséquences semblent minimes en partie parce qu’on est en huis clos constamment. Même du côté des journalistes, on a toujours affaire aux trois mêmes qui relaient les nouvelles et deux d’entres elles le font derrière un écran plat. Difficile d’éprouver quoi que ce soit à ce stade.

Reste le côté « thriller » de la série qui ne compte finalement pas pour grand-chose. Les politiciens changent si peu une fois infectés que la horde de fourmis se dirigeant lentement vers leurs oreilles nous laisse indifférents. Même chose quant aux têtes qui explosent : les effets spéciaux sont minimaux et de toute façon, on ne s’attache à à peu près aucun des personnages. On éprouvait plus ou moins la même indifférence envers les protagonistes de Scream Queens à l’automne dernier à Fox puisque la parodie prenant un peu trop de place dans le scénario venait étouffer tout moment de tension qui aurait eu une chance de s’avérer efficace.

Les téléspectateurs n’ont pas été envahis par la curiosité face à la nouveauté de CBS puisqu’ils n’étaient que 4,59 millions en direct avec un maigre taux de 0,7 chez 18-49 ans. De plus, il est bon de mentionner que la chaîne a commandé les 13 épisodes d’une traite sans passer par le pilote. Résultat : celui-ci est assez morne, manque de rebondissements et ne pose pas clairement les enjeux à long terme. Peu surprenant qu’une semaine plus tard, l’auditoire se soit réduit à 3,46 millions (taux de 0,5) et une faible stabilité en troisième semaine à 3,29 M et un taux identique. En un sens c’est dommage parce que CBS fait un effort à l’été pour nous offrir quelque chose de moins formaté et de plus créatif. Le risque avait été payant pour Under The Dome, mais pas pour Extant et Zoo n’en a certainement pas pour très longtemps non plus. Dans le cas qui nous intéresse, avec de tels scores on doute que BrainDead arrive à terme de son calendrier estival.

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