Power Monkeys / Rovers (2016) :de l’actuel et du complètement dépassé

Power Monkeys est une nouvelle série de 6 épisodes diffusée depuis le début juin sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. Son mot d’ordre est l’actualité puisqu’il est question de l’avant et l’après-référendum du Brexit du point de vue des politiciens, de la campagne présidentielle de Donald Trump et des entourloupettes de Vladimir Poutine. De son côté, la diffusion de Rovers sur Sky 1 a commencé à la fin mai et compte autant d’épisodes. Le titre fait référence à une équipe (fictive) de footblall amateur qui se rencontre systématiquement après les matchs dans le pub du coin alors qu’on a droit à des échanges assez salés par moments. Autant la série de Channel 4 représente le présent et même l’avenir en s’imposant une rigueur scénaristique à la fois drôle et actuelle, autant celle de Sky 1 nous ramène 30 ans en arrière avec ses stéréotypes et des blagues qui ne font pas rire grand monde.

Power Monkeys : le monde de demain…

On est peut-être en train d’assister à une franchise « monkeys », puisqu’au printemps dernier les scripteurs Andy Hamilton et Guy Jenkin nous offraient Ballot Monkeys où l’on suivait quatre autobus de campagne de différents partis à la veille des élections en Angleterre. Tout aussi politisée, Power Monkeys revient avec cette même verve hautement satirique, et ce, dans les toutes premières scènes lorsqu’un employé du Kremlin (Alec Utgoff) résume assez promptement la signification de ce référendum sur l’avenir de l’Europe : « So this EU referendum. People who don’t know what’s going to happen are asking people who don’t understand what’s happening a question to which no-one knows the answer? » Ainsi, de part et d’autre du globe, on se moque des travers des politiciens les plus en vue actuellement : Vladimir Poutine cherche souvent la bagarre, le plus souvent avec des animaux (cette fois-ci un panda) afin de maintenir son aura de « surhomme » tandis que Trump ne cesse de se mettre les pieds dans les pats avec ses déclarations incendiaires, s’aliénant surtout pour le moment l’électorat féminin. Chez les conservateurs, c’est carrément la dépression qui guette ses membres tandis qu’au sein de l’UKIP  (United Kingdom Independance Party), ses membres s’assurent de mettre leur maison en vente avant la date fatidique du référendum ou décident de changer leurs livres sterling pour n’importe quelle autre monnaie, prédisant les secousses économiques à venir en cas de victoire du Leave.

Outre cet humour grinçant, c’est surtout le fait que les blagues soient si proches de l’actualité qui nous impressionne. En effet, Hamilton et Jenkin écrivent les scénarios le jour même de la transmission télévisée si bien que dans l’épisode du 8 juin, on mentionnait les funérailles de Mohamed Ali tandis que dans le quatrième du 24 juin, soit, au lendemain de la victoire du Leave, on voyait des images de David Cameron en train de démissionner et les personnages spéculer sur l’ampleur du vote. À l’heure où l’information voyage à la vitesse grand V, cette même rapidité pour une fiction a de quoi impressionner : les textes ont beau être prêts assez tôt dans la journée, encore faut-il que les acteurs les débitent!

Enfin, Power Monkeys met surtout en évidence le populisme politique qui comme la mauvaise herbe pousse très haut et très vite. Avec Trump comme possible président des États-Unis, Poutine en Russie et l’Union Européenne fragilisée avec le départ des Anglais, il y a de quoi s’inquiéter quant à l’avenir. Même les auteurs de la série ont exprimé la difficulté qu’ils avaient à parodier quelque chose qui était déjà absurde dans la réalité : ça dit tout!

Rovers : on attend toujours la première blague

Pete (Craig Cash) a beau être l’entraîneur de l’équipe, on le verrait mieux assis à longueur de journée dans son salon en train de regarder du sport à la télévision plutôt que sur le terrain. N’inspirant pas particulièrement le respect, c’est le moins que l’on puisse dire, dans le premier épisode, ses joueurs l’enferment dans la toilette du pub tandis que la gérante de l’établissement Doreen (Sue Johnston) vient tout juste d’engager Sam (Lolly Adefope), une nouvelle serveuse pour le moins maladroite.  Dans le second épisode, l’équipe doit composer avec une nouvelle défaite et ne met pas des gants blancs quand vient le temps de se moquer de la tenue vestimentaire d’un des leurs. La semaine suivante, Doreen organise une collecte de fonds pour le club où l’attraction promise est de voir Pete battre un record en mangeant le plus possible de bâtonnets de poissons.

Comme on peut le constater dans la description, on préfère rire du quotidien d’une équipe amateur plutôt que de créer des rebondissements plus grands que nature. Mais encore faut-il que ce soit drôle. Sensée nous divertir, Rovers nous ennuie profondément. Par exemple, Pete apprend un peu sur le tard que Tel (Steve Speirs), un de ses joueurs est homosexuel. On est sensé rire lorsque son petit ami Mel (Seb Cardinal) vient le rejoindre après un match, légèrement efféminé et parlant avec un cheveu sur la langue, tout ça entrecoupé des réactions muettes du coach, embarrassé et ne sachant que dire. Ce plan nous est montré encore et encore à chaque épisode, comme si éventuellement on allait finir par trouver ça drôle. On est aussi sensé rire du jeu de séduction entre Mandy (Diane Morgan) et le capitaine de l’équipe qui reproduit les clichés de la séductrice en face d’un bêta maladroit et qui n’aboutit à rien, répété lui aussi chaque semaine. Reste les références au football et à certains joueurs, mais quiconque n’est pas familier avec ce sport, en l’occurrence, un public étranger, a l’impression de rater le train. En supposant bien entendu qu’il y ait quelque chose à rater…

Avec une si pâle nouveauté, il est peu probable que Sky 1 en ait pour son argent et bien que les cotes d’écoute ne soient pas dévoilées, on doute qu’elles cassent la baraque. De son côté, le premier épisode de Power Monkeys a rassemblé 900 000 téléspectateurs, soit plus ou moins le même score qu’avait récolté la première de Ballot Monkeys au printemps dernier. Ce qu’il y a de bien avec ce genre de séries est qu’elle pourrait revenir dans le paysage chaque fois que l’actualité politique l’exigera; de quoi dérider le téléspectateur qui avale quotidiennement beaucoup de couleuvres.

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