Secret City (2016): tout ce qu’on ne sait pas…

Secret City es une nouvelle minisérie de 6 épisodes diffusée depuis le début juin sur les ondes de Showtime en Australie. L’action débute avec un coup d’éclat : Sabine Hobbs (Alice Chaston), une jeune étudiante australienne s’immolant vivante sur la place Tian’anmen avec pour slogan « Free Tibet ». Intriguée par son sort étant donné que sa mort n’a pas été confirmée, à Canberra en Australie, la journaliste Harriet Dunkley (Anna Torv) décide d’enquêter et à force de creuser, elle découvre que le suicide d’un homme qui fréquentait une stagiaire à l’ambassade de Chine et une photo compromettante d’un politicien qu’elle abhorre pourraient ne faire qu’un dans une histoire plus que complexe, impliquant conspiration qui menacent la vie même des citoyens.  Série inspirée des romans The Marmalade Files et The Mandarin Code de Chris Uhlmann et Steve Lewis, Secret City est un de ces thrillers politiques fiction qui tout en nous dépeignant un triste constat sur la liberté au sens large en 2016, nous offre une alternative crédible du monde de demain : une tendance très intéressante que l’on constate dans quelques séries à travers le monde.

Un tournant mondial inquiétant

Quelques jours après la disparition de Sabine Hobbs, Harret aperçoit par hasard des policiers repêcher le corps d’un homme qui s’est suicidé, puis elle prend connaissance d’une photo qu’un inconnu a glissée dans une enveloppe à son intention : on y voit l’actuel ministre de la Défense Mal Paxton (Dan Wyllie), beaucoup plus jeune et menotté par les autorités chinoises pour on ne sait quel délit. On sait qu’en ce moment, celui-ci est sous la pression des Américains afin que la marine des deux pays joignent leurs forces sur la Mer de Chine méridionale contre le voisin communiste qui tente insidieusement de mettre sous sa botte ce pays du Commonwealth. Paxton est-il victime de chantage? Ou alors son allégeance irait-elle tout naturellement envers la Chine étant donné que sa maîtresse est nulle autre Weng Meihui (Eugenia Yuan), la femme de l’ambassadeur chinois? Toujours est-il qu’Harriet demande à son ex-mari, un transsexuel désormais prénommé Kim (Damon Herriman) de l’aider à faire des liens entre tous ces événements, elle qui travaille au service de renseignement de l’Australie (l’ASD). Seulement, son patron l’a à l’œil et elle est assassinée quelques jours plus tard. Son amant Charles Dancer (Alex Dimitriades), un expert du gouvernement en guerre informatique accepte de collaborer avec Harriet, mais les murs ont manifestement des oreilles et ils découvrent rapidement qu’il n’y a pas grand-chose qu’ils puissent garder « secret » à Canberra.

Certes, la politique, autant interne qu’externe est la ligne directrice de Secret City, mais en regardant attentivement les épisodes, il est clair que les enjeux véritables se portent sur la liberté d’expression englobant ainsi celle de la presse et des individus. Atmosphère anxiogène, les protagonistes sont sans arrêt traqués dans leurs moindres faits et gestes, à commencer par Kim, ce qui est ironique étant donné qu’elle est payée pour espionner les conversations des autres. Dans son bureau vitré, elle est la cible de tous les regards, dont son patron qui on le voit, ne lui fait nullement confiance. S’approprier des fichiers est d’une difficulté inouïe et on est étourdi par tous ses tours de passe-passe pour contourner la sécurité, y compris s’acheter un portable flambant neuf, se cacher dans les toilettes, mais malgré toutes ces ingéniosités, rien n’y fait. On est bien entendu dans la sphère privée dans un environnement de travail particulier, mais même la citoyenne Kim n’est pas plus à l’abri des regards, comme en témoigne cette scène qui nous rend mal-à-l’aise où elle doit subir une fouille corporelle par un des gardes de sécurité d’où elle travaille. Même là, son patron assiste à toute la scène via une caméra connectée à son ordinateur et on a davantage l’impression que c’est pour son propre plaisir.

Il en va de même pour Harriett qui a toute les difficultés du monde à dénicher les informations dont elle a besoin. Mis sur le radar, ce n’est plus seulement elle, mais tout son entourage qui est traqué autant par le gouvernement que par des représentants de la Chine.

Mais c’est lorsqu’on voit la ministre de la Justice soumettre un plan; le « Safer Australian Bill » qu’on prend toute la mesure de la situation, laquelle s’applique à tous les pays industrialisés. À quel prix acceptons-nous d’échanger nos libertés en échange de la sécurité? Pire encore, de quelle garantie disposons-nous quant à l’utilisation des données collectées avec notre soi-disant gré? Dans Secret City, on a droit au pire scénario. On a beau critiquer le manque de liberté d’expression en Chine (mis en évidence ici par l’auto-immolation de Sabine),  mais en raison d’une paranoïa étendue au globe, on a des pays comme l’Australie qui s’abaissent quasiment au même niveau… pour notre bien apparemment.

Science-fiction réaliste (II)

Depuis quelques années, on a droit a quelques séries pour la plupart fort novatrices ou l’enjeu est de retourner dans le passé afin de modifier le futur : qu’il s’agisse de l’issue de la bataille de Culloden dans Outlander ou d’éviter l’assassinat du président de Kennedy dans 11.22.63 et c’est sans compter les projets annoncés pour 2016-2017 : Timeless (NBC), Making History (Fox) et Time After Time (ABC). À l’opposé, et plus rares, on a celle qui se déroulent dans un futur rapproché où l’on réécrit l’histoire en fonction de l’actualité : Occupied de TV 2 avec sa crise mondiale du pétrole en était le parfait exemple,  mais aussi The Man in the High Castle d’Amazon qui se déroule au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, mais à la suite d’une victoire de l’Allemagne et du Japon. L’attrait de ces séries est qu’elles mettent en scène nos peurs les plus « réalistes » contrairement aux séries de science-fiction traditionnelles qui se contentent bêtement de nous montrer un futur pollué avec un minimum de ressources naturelles. Ici, la relation de suspicion envers la Chine ou le cyberterrorisme sont des enjeux mondiaux pour les Occidentaux et que l’action se déroule en Australie peut tout autant toucher des Canadiens ou des Américains par exemple.  En plus, Secret City est adaptée de fictions écrites par Uhlmann et Lewis qui ont un passé de journalisme; de quoi ajouter une touche supplémentaire de crédibilité à ce que l’on regarde.

Showtime en Australie est un peu l’équivalent de HBO aux États-Unis : une chaîne câblée premium. Ainsi, on compte environ 80 000 téléspectateurs ayant vu les deux premiers épisodes diffusés l’un après l’autre en direct, ce qui est peu, mais en tenant compte du nombre d’abonnés et du rattrapage, le tout moussé par des critiques unanimement élogieuses, on ne serait pas surpris que Secret City se mette à voyager dans plusieurs pays éventuellement.

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