Les Héritiers (2014) : un ou plusieurs?

Les Héritiers est une série danoise (titre original : Arvingerne) comptant 17 épisodes qui a été diffusée à l’été 2014 sur la chaîne DR1 et depuis le 9 juin 2016, c’est Arte qui a le privilège de la présenter à son public français. L’histoire débute avec la mort de Veronika Gronnegaard (Kristen Olesen), une artiste contemporaine de renom qui décède subitement d’un cancer. Ses trois enfants Frederik (Carsten Bjornlund), Gro (Trine Dyrholm) et Emil (Mikkel Boe Folsgaard) ont chacun des projets en tête quant à la succession, mais voilà qu’entre en scène Signe (Marie Bach Hansen), la fille naturelle de Veronika à qui elle a légué sa maison la veille de sa mort. Dès lors, les nuages s’amoncèlent sur la tête des Gronnegaard et rien pour le moment n’indique que le partage du patrimoine s’effectuera dans la sérénité. Création de Maya Ilsoe qui a elle-même vécu une situation similaire lors de la mort d’un proche, Les Héritiers est une fiction calme et lente qui se laisse apprivoiser, tant pour la profondeur de ses protagonistes que pour le conflit qui vient inévitablement toucher notre corde sensible.

Secrets et rancœurs

La série débute à la veille de Noël avec Veronika qui sans doute sait qu’elle n’en a plus pour très longtemps. En visite chez un fleuriste, elle se montre particulièrement aimable à l’égard de la caissière, Signe, qu’elle invite chez elle. Ce n’est que plus tard après un réveillon particulièrement arrosé et où se sont échangées plusieurs paroles blessantes que la matriarche la rappelle à ses côtés et lui avoue qu’elle est sa mère biologique. Sentant ses forces l’abandonner, elle s’empare d’un bout de papier et décide de lui léguer son immense domaine, puis, c’est la fin. À l’inverse pour la famille, c’est le commencement de ce qui s’annonce être une longue saga judiciaire puisque Frederik souhaitait s’installer dans la maison avec sa famille, Gro, la convertir en musée et Emil, la vendre pour rembourses ses dettes. C’est Gro qui remporte la première manche puisqu’aux obsèques mêmes de sa mère, elle annonce le projet de conversion et comme par hasard, plusieurs investisseurs se trouvent dans la salle. Frederik contre-attaque en stipulant que la mesure est nulle puisque Veronika aurait dû de son vivant faire connaître publiquement ses intentions. Finalement, Gro et son avocate reviennent à la charge avec une correspondance de sa mère indiquant que c’était bel et bien ce qu’elle souhaitait faire. Pendant ce temps, tous semblent ignorer l’éléphant qui se trouve dans la pièce : Signe qui après trois épisodes n’a toujours pas annoncé ses couleurs. Elle affirme ne rien vouloir d’une mère qu’elle a à peine connue, mais en même temps, elle refuse de restituer la fameuse lettre à la famille.

Du point de vue de la mise en scène, la première chose qui nous frappe en entamant Les Héritiers, c’est l’état de la maison familiale. En désordre, ce sont aussi des murs qui ont été démolis, prêts à être reconstruits, à l’image d’une œuvre non achevée, brouillonne; exactement comme la relation plus qu’ambiguë qu’entretenait Veronika avec ses enfants. Cette mise en scène pour le moins chaotique dans laquelle des secrets semblent enfouis dans tous les recoins nous renvoie d’abord à Frederik qui au départ nous semble froid et calculateur. N’ayant pas adressé la parole à sa mère depuis plus d’un an, il refuse de passer le réveillon avec elle et au fil des épisodes, il semble que le suicide de son père soit à l’origine de ces différends. Sa mère est-elle indirectement responsable de la détresse qui accablait son premier mari?

De son côté, Emil a beau être le plus conciliant de la famille, reste qu’il a délibérément décidé de s’expatrier en Thaïlande et de facto couper les ponts avec Veronika qu’il n’appelait que pour lui demander de l’argent.

Seule Gro continuait à voir sa mère régulièrement, mais on a  l’impression que cet amour était à sens unique. Avec ce projet de musée, c’est un peu sa revanche puisque c’est elle désormais qui cherche à prendre les rênes, s’appropriant en quelque sorte l’œuvre entière de l’artiste.

Un flou tout aussi grand plane sur Signe. Pourquoi cette révélation et ce cadeau empoisonné juste avant de mourir? Si la principale intéressée souhaite de tout son cœur faire la connaissance de sa famille retrouvée, les différentes versions de ses parents adoptifs sur son adoption nous laissent croire qu’il y a anguille sous roche.

Les secrets de tout un chacun forment donc un leitmotiv très puissant où la raison s’oppose à l’ambition, elle-même justifiée par de douloureux souvenirs. Et ce n’est qu’un début…

Une empathie qui va presque de soi

Autant dans sa diffusion au Danemark que sur Arte, les trois premiers épisodes de Les Héritiers ont été diffusés le même soir l’un à la suite de l’autre. Ce choix est très avisé puisque le rythme des épisodes est tout de même lent et on n’est pas certain qu’après le premier épisode, on aurait été assez convaincu pour être de retour la semaine suivante. C’est que contrairement à ce que la prémisse nous laisse penser, on n’a pas affaire ici à de gros drames ni à des disputes épiques à la Dynasty! À défaut de rebondissements spectaculaires, on prend plutôt le temps de bien définir les rapports entre frères et sœurs qui bien que de tempéraments différents sont malgré tout attachés l’un à l’autre, ce qui rend l’affrontement que l’on voit poindre encore plus pénible. Lequel des trois (ou des quatre) franchira la ligne grise pour obtenir ce qu’il veut? En ce moment, l’attention portée à l’égard de Signe est-elle vraiment sincère ou un coup de dés de Gro? Comme on le constate, avec une histoire comme celle-là, on n’a pas besoin d’en faire trop du moment qu’on a affaire à un scénario de qualité, ce qui est le cas ici. La mort d’un proche et des querelles sur des legs forment un cocktail explosif qu’aucun d’entre nous n’a envie de goûter. En prenant son temps, Les Héritiers semble maîtriser la mixture à merveille.

Encore une fois, Arte nous donne la preuve qu’il n’y a pas que les séries américaines capables de rassembler un large auditoire. Au cours de la même soirée, le premier épisode de la série danoise a attiré 1,03 million de curieux, 1 million pour le second et 849 000 pour le troisième, ce qui donne une moyenne de 960 000 téléspectateurs pour une part de marché de 5,3 %, plaçant ainsi la chaîne en 6e position derrière les grandes généralistes. Espérons seulement qu’Arte présentera la saison 1 (10 épisodes) et 2 (7 épisodes) dans un même bloc, question de se rendre le plus vite possible au fond de cette affaire.

 

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