Private Eyes (2016): un duo à l’issue improbable

Private Eyes est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la fin mai sur les ondes de Global au Canada et met en scène Matt Shade (Jason Priestley), un ancien hockeyeur de la LNH reconverti en agent de joueur. Après une tentative de meurtre de l’un de ses protégés, il fait équipe avec la détective privée Angie Everett (Cindy Sampson) et bien qu’ils soient de caractères opposés, la chimie opère et au cours des épisodes suivants, ils décident de faire équipe afin de régler des crimes en tout genre. Quatrième série en   quelques années seulement ayant pour tête d’affiche Jason Priestley, on est abasourdi par la simplicité et les raccourcis qu’empruntent le scénario de Private Eyes à un point tel où ses défauts se transforment quasiment en points positifs. Une chose est certaine, avec des séries rivales comme celles-là, les États-Unis n’ont pas à craindre pour leur hégémonie dans le domaine du divertissement.

D’idole à justicier

Après toutes ces années passées dans la LNH, Matt a finalement laissé de côté ses patins. Divorcé, il tente par tous les moyens de faire entrer sa fille Jules (Jordyn Negri) dans une prestigieuse université. Atteinte de cécité, elle est cependant brillante comme dix, mais les frais de scolarité sont exorbitants et c’est pourquoi il s’est recyclé en agent de jeunes joueurs. Il est justement sur le point de signer un contrat très lucratif concernant sa recrue vedette, Cory Sinclair, mais en plein échauffement, celui-ci est atteint d’une crise cardiaque. Persuadé qu’il s’agit d’une tentative de meurtre, il fait équipe avec Angie et découvre qu’il a la piqûre pour le métier de détective. Dans le second épisode, le duo tente d’innocenter une jeune femme accusée du meurtre d’un cuisinier de renom tandis que dans le troisième, ils partent à la recherche d’un cheval de course qui a disparu.

Lors des L.A Screenings de 2016, un constat s’est imposé : malgré une profusion de fictions américaines en tous genres, le marché international a avoué être en manque de nouvelles séries procédurales toujours aussi rassembleuses, sans parler du fait qu’elles sont plus faciles à programmer puisque l‘ordre des épisodes importe peu. Si ce chant des sirènes s’est rendu jusqu’aux oreilles des producteurs canadiens, on doute que Private Eyes, malgré le format approprié, déclenche l’hystérie du côté des programmeurs internationaux. C’est d’abord la prémisse qui nous laisse dubitatifs. Ayant toute sa vie évolué dans le monde du hockey, l’inexplicable passion de Matt pour la résolution de crimes n’est qu’un paresseux prétexte pour nous servir le même plat chaque semaine. Ce choix de carrière est d’autant plus incongru que pour être un bon détective, il faut savoir se camoufler ou se faire passer pour quelqu’un d’autre lorsqu’on s’infiltre parmi les suspects et que le statut de célébrité de Matt vient plutôt ajouter du plomb dans l’aile.

Puis, il y a ces enquêtes qui en soi sont pour le moins farfelues. On sait que Cory avait le cœur fragile depuis son enfance et après que le duo ait écarté la stupide hypothèse de l’ajout de crème stéroïde dans les gants de la victime, c’est Matt qui parvient à identifier le malfrat : le père d’un autre joueur, jaloux du succès de Cory. Tuer le rival de son propre fils afin qu’il ne lui fasse plus de l’ombre sur la glace est déjà assez extrême comme solution, mais l’explication du principal intéressé est encore plus désopilante :« Come on Shade, it’s nothing personnal » : il est vrai que le hockey est pour ainsi dire une religion au Canada…

Reste la collecte d’indices qui est d’une facilité désarmante. Les potentiels suspects des épisodes ne prennent pas l’élémentaire précaution de verrouiller leurs portes et dans le premier épisode, Matt et Angie s’introduisent dans la chambre de joueurs. Pris sur le fait par la sécurité, celui qui est alors toujours agent peut justifier sa présence et quant à sa partenaire, il s’en sauve en prétextant qu’il s’agit de… Kim Kardashian. Dans l’épisode suivant, Matt montre un faux badge afin de s’infiltrer seul dans le condo de la victime devant un gardien de sécurité manifestement blasé et en quelques secondes, il déniche un document qui s’avère être le motif du crime. Celui-ci trônait sur un bureau à la vue de tous et il est étonnant que personne n’y ait porté attention jusqu’ici. Il faut dire que la police est particulièrement incompétente avec son détective en chef Derek Nolan (Clé Bennett) qui n’intervient à l’écran que lorsqu’il s’agit de mettre des bâtons dans les roues du duo.

Pas sérieux

Au moins, Private Eyes se rachète en partie en ne se prenant pas au sérieux. Quelle que soit l’enquête sur laquelle ils travaillent, on met davantage l’accent sur la relation entre Matt et Angie. Celle-ci le trouve superficiel, un peu trop téméraire alors que lui la trouve trop sérieuse et fière. Certes, exploiter les antagonismes entre protagonistes dans une série policière de type procédurale n’a rien d’innovant : pensons à Rush Hour et Battle Creek de CBS ou Houdini & Doyle de Global/ITV pour ne nommer que celles-là. Reste qu’ici, une certaine chimie opère et on réussit même quelquefois à nous faire rire : (Angie) : « Relax, they’re hockey players. It’ll take them at least an hour to give up hope. » (Matt): « Longer if they’re Leafs fans. » Puis, on finit par se dire qu’on a délibérément privilégié des enquêtes légères et pas trop dramatiques ou gore et qu’en quelque sorte, ce genre de divertissement sied bien en début d’été.

Autre point positif pour la série : elle ne cherche pas à cacher sa « canadieneté. » Des séries comme Orphan Black entretiennent délibérément le doute sur la location de ses protagonistes de façon à séduire le marché international et américain. Ici, on a droit à plusieurs prises de vue qui ne laissent aucun doute qu’on se trouve à Toronto et le fait que Matt ait un passé dans le monde du hockey n’est certainement pas un hasard. Il s’agit là d’un timide début, certes, mais qui vaut la peine d’être mentionné.

Après Call Me Fitz en 2012-2013 pour HBO Canada et plus récemment Raising Expectations pour Family, on a l’impression que le milieu canadien de la télévision ne jure que par Jason Priestley. En même temps, il faut donner raison à Global puisque le premier épisode de Private Eyes a rassemblé 1,1 million de téléspectateurs pour sa première, battant à plat de couture la finale de DC Legends Of Tomorrow sur sa concurrente CTV qui n’en a rassemblé que 581 000. Et force est d’admettre que le public a apprécié puisque la semaine suivante, c’est à peine si ces chiffres ont bougé avec 1,05 million. On note cependant une perte en troisième semaine avec 751 000 en auditoire, mais pour une série canadienne, c’est encore un score très honorable. Gageons que même Matt et Angie n’auraient pas pu prévoir cette cote de popularité.

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