Preacher (2016) : série empêtrée dans les limbes

Preacher est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la fin mai sur les ondes d’AMC aux États-Unis et au Canada. L’action se déroule au Texas dans la petite ville d’Annville et a pour personnage central le pasteur Jesse Custer (Dominic Cooper) qui n’arrive tout simplement pas à transmettre l’amour de dieu à ses paroissiens… en partie parce qu’il ne semble pas l’avoir trouvé lui-même. Par contre, une force obscure s’empare un jour de lui et vient rendre encore plus apparent le combat qu’il mène entre le bien et le mal.  Adaptation de la bande dessinée éponyme de DC Comics publiée de 1995 à 2000, Preacher parvient à instaurer une ambiance mystérieuse et aguicheuse, autant pour ses personnages pour la plupart dérangés, ses moments chocs et sa mise en scène onirique. Pourtant, après trois épisodes, les non-initiés de l’ouvrage original risquent facilement de décrocher tellement l’abstraction a atteint son comble. Au moins, la série vient rajouter son grain de sel dans la façon dont elle dépeint le sud de l’Amérique… du moins dans l’imaginaire populaire.

Ange, démon, vampire & cie.

Dans les premières scènes de Preacher, on découvre bien vite que la foi et l’espoir sont loin d’être dans l’ADN du pasteur, lequel a un passé d’homme violent et c’est uniquement en raison d’une promesse qu’il a faite à son père de lui succéder à la tête de l’église qu’il se retrouve là où il est. Voyant que les divers paroissiens n’ont que faire de ses conseils, il songe sérieusement à quitter l’Église, mais c’est à ce moment que cette force s’empare de son corps. Dès lors, il est capable du plus grand bien et dans le second épisode se met à baptiser ses paroissiens, mais en lui se développe aussi un côté démoniaque qui vient quelquefois prendre le dessus. À court terme, sa « mission » est de renouer avec Dieu, assisté pour le moment de Tulip (Ruth Negga), son ancienne  petite amie et Cassidy (Joseph Gilgun) un être immortel et surtout très violent. Et pendant que cette quête évolue, on a en parallèle des chefs de différentes religions qui explosent (littéralement) un peu partout sur la planète, y compris Tom Cruise de l’Église de scientologie!

Depuis la création de The Walking Dead, AMC a su insuffler sa signature particulière à une partie de ses séries originales, avec des protagonistes pour la plupart masculins, presque toujours engagés dans une lutte pour leur survie et dans un univers qui nous offre un reflet de la réalité pour le moins déformé, voire onirique (Better Call Saul, Into The Badlands, Humans… ). Preacher entre dans ce moule. Dans un premier temps, on a Annsville qui est pour ainsi dire constamment baignée d’une lumière orangée, proche du crépuscule et qui nous rappelle tout de suite celle de Wolf Creek, accentuant dans les deux cas l’aridité où la vie, bien faible, semble près de vaciller dans le chaos. Et puis il y a ses habitants, tout aussi inquiétants. En gros, elle rassemble deux types de citoyens : des pêcheurs invétérés comme Donnie (Derek Wilson) qui bat impunément sa femme et son fils, mais aussi des âmes tourmentées comme Eugene (Ian Colletti) surnommé « Arseface » en raison de son visage défiguré après qu’il ait essayé de se tirer une balle dans la bouche. L’impression de se retrouver dans une sorte de Gotham rurale est réussie et les scènes de violence, bien que pénibles à regarder sont tout à fait justifiées dans ce cas-ci puisqu’elles viennent contribuer à cette ambiance chaotique avec des êtres pour le moins survoltés.

Pourtant, après trois épisodes, continuer de mettre l’accent sur cette ambiance étrange et épeurante ne suffit plus. Malgré toutes leurs cruautés et leurs armes ultrasophistiquées, les vilains de Gotham sont néanmoins faits de chair et d’os si bien qu’on est surpris ici de voir des gens comme Cassidy se remettre facilement de très graves blessures. Même chose pour DeBland (Anatole Yusef) et Fiore (Tom Brooke), eux aussi immortels, qui cherchent à neutraliser le pasteur. Dans tout ce flou, on est persuadé d’avoir laissé passer des informations importantes et lorsqu’on se rabat sur le web pour trouver des réponses, on tombe inévitablement sur des divulgâcheurs, mais notre curiosité n’est pas en cause : la nouveauté d’AMC se traîne les pieds et on finit par se convaincre qu’à ce stade, seuls les initiés doivent trouver un quelconque plaisir devant leur écran.

The good ol’ south

Il est facile d’attribuer des thèmes à certaines séries américaines dépendamment de l’État où elles se déroulent. À Washington tout tourne autour de la politique (Scandal, House of Cards, Agent X), en Californie on s’amuse aux dépens des célébrités décadentes et de l’industrie du divertissement (Lady Dynamite, The Comeback, Lucifer) tandis qu’à New York, on célèbre constamment sa toute-puissance, notamment par rapport à son élite et la culture (Billions, The Art of More, Flesh & Bones). Par contre, de tous les États, celui auquel on semble faire la vie particulièrement dure en séries est sans conteste le Texas. Du chapeau de cowboys aux coups de feu tirés pour un rien (Killer Women). Dans la même veine, ce qui ressort par-dessus tout chez la population est le désir de se faire justice soi-même, privilégiant la manière forte aux pourparlers et ne se fiant surtout pas aux lois sensées la protéger (Game of Silence,  Hap & Leonard). De plus, on exploite sans cesse cette peur de l’autre ressentie par les citoyens, notamment des Mexicains de la naissance de son État (Texas Rising) à aujourd’hui (The Bridge).

Tous ces aspects de l’imagerie populaire sont exploités à fond dans Preacher. Le manque de foi de la population se traduit par un repliement sur soi et tel une bête traquée, elle n’hésite pas à mordre, quitte à aller jusqu’à broyer ses ennemis avec une violence des plus barbares. Dans la série d’AMC, ces êtres aux pouvoirs destructeurs et surnaturels sont tout simplement une métaphore supplémentaire de l’envahisseur, toujours aux aguets et prêt à venir troubler l’ordre. Portrait peu flatteur du Texas certes, mais à en juger par les nombreuses productions cinématographiques et télévisuelles qu’il inspire, incontestablement « Américain », pour le meilleur et pour le pire; c’est selon le point de vue…

Peut-être est-ce en raison de l’abondance d’adaptations des Marvel et DC Comics, mais Preacher n’a rassemblé que 2,38 millions de téléspectateurs en direct avec un taux de 0,9 chez les 18-49 ans. Somme toute, ces chiffres sont modestes quand on considère qu’un épisode de The Walking Dead précédait la nouveauté. Et sans qu’on ne sache trop pourquoi, AMC a attendu deux semaines avant de diffuser son second épisode, lequel a récolté 2,1 millions en auditoire (taux de 0,8) tandis qu’on note une baisse pour le troisième: 1,75 M (taux de 0,7 ). C’est chiffres s’apparentent grandement à ceux obtenus par Better Call Saul lancée en février 2015 sur la même chaîne. Cette série ayant obtenu le feu vert pour une deuxième saison, Preacher devrait logiquement bénéficier du même traitement.

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