Flat TV et Love Nina (2016): l’avenir et le passé

Flat TV est une nouvelle minisérie de 4 épisodes qui ont été mis en ligne au début du printemps sur le site de BBC Three en Angleterre et met en scène les colocataires Tom (Tom Rosenthal) et Naz (Naz Osmanoglu), des mordus de télévision qui ont tendance à prendre leur vie pour de la fiction.  De son côté Love, Nina est une nouvelle comédie de 5 épisodes diffusée depuis la fin mai sur les ondes de BBC One. Inspirée d’un livre éponyme de Nina Stibbe, il s’agit en fait des mémoires de l’auteure (interprété ici par Faye Marsay) alors qu’elle était fille au pair dans un quartier chic de Londres en 1982. Ces deux séries résument à elles seules l’état de la télévision en ce moment. Celle de BBC Three est d’une très grande originalité et son format déjanté ouvre la porte à une nouvelle génération de créateurs tandis que celle de BBC One, formatée à souhait nous offre quelques bons moments, mais est loin de marquer les esprits.

Flat TV: universelle

À chaque épisode, Tom et Naz se passionnent pour un nouveau gadget ou sujet. Dans le premier, Naz compte bien présenter sa nouvelle invention (une casquette ayant les mêmes fonctions qu’un canif) à la populaire émission Dragon’s Den et dans le second, Tom réussi à se faire nommer inspecteur en bâtiment de leurs logements afin de pouvoir épier l’appartement voisin de Sophie (Alicia Scott-Fawcett) dont il est amoureux. Dans le troisième épisode, ils se retrouvent enfermés par mégarde hors de leur appartement, se chicanent et Naz finit par vivre avec des itinérants.

En soi, ces mises en situation sont très banales, mais c’est la manière de les exploiter qui rend Flat TV si unique. En effet, chaque épisode part d’un point A pour se terminer au point B, mais est entrecoupé de sketches hilarants où les deux comédiens parodient des émissions de télévision, particulièrement des variétés. On a droit dans un premier temps à un bulletin de nouvelles ainsi que tous les codes journalistiques qui vont avec où l’on voit Tom, habillé en présentateur, parler de leur journée comme si elle était d’intérêt public. Puis, chacune de leur péripétie est prétexte à parodier une émission : lorsque Naz tempte de  créer une nouvelle sauce baptisée « mayonaz », on le voit ainsi dans « Nazter Chef » alors que des juges gouttent ses différentes combinaisons et dans l’épisode suivant, il se cherche un endroit où vivre en plein air et ces scènes font évidemment référence à toutes les émissions de rénovations à la House Hunters qui pullulent sur le câble.

Pour une émission produite en Angleterre, on aurait pu craindre que les parodies ne soient trop locales pour un téléspectateur étranger, mais ce n’est pas du tout le cas. Certes, il y a des émissions que l’on nomme et que nous connaissons puisqu’elles voyagent partout dans le monde sous forme de franchises, mais même celles qui sont plus locales ont leur équivalent ailleurs, qu’il s’agisse d’un talk-show féminin du matin ou encore d’une compétition culinaire. En même temps, c’est en regardant Flat TV que l’on réalise que la mondialisation s’est aussi étendue à la télévision. De peur de se planter, les dirigeants préfèrent acheter des formats étrangers qui ont fait leur preuve (du genre The Voice) si bien qu’on a affaire à un univers extrêmement homogène.

Mais surtout, Flat TV nous offre un beau paradoxe. On le sait, depuis quelques mois, BBC Three n’est plus un poste traditionnel de télévision, mais a complètement migré sur le web,  à l’image de cette « révolution numérique » qui nous touche présentement. Conséquemment, les 4 épisodes ont été mis en ligne à la même date, afin que le public puisse le regarder quand il veut et où il veut.  La chaîne et la série ont beau s’intégrer dans la modernité, en même temps, toutes les émissions qu’elle parodie sont diffusées à la télévision traditionnelle qui elle seule en 2016 est encore capable de rassembler un large auditoire. Et n’en déplaise à des gens comme Ted Sarandos à la tête de Netflix qui affirment que le modèle est en voie d’extinction, notre écran plasma n’a pas dit son dernier mot, même que les annonceurs retournent au bercail, faute d’un retour sur investissement satisfaisant sur le web.

Love, Nina : drôle de nostalgie

Décrocheuse scolaire, sans emploi, c’est en apparence avec indifférence que Nina accepte son poste de nanny chez Georgia (Helena Bonham Carter). Elle a d’abord pour tâche de s’occuper de Joe (Etan Rouse) et de Max (Harry Webster), deux jeunes garçons érudits. Après avoir fait connaissance avec sa nouvelle famille dans le premier épisode, elle tombe dans l’œil de Nunney (Joshua McGuire), un infirmier travaillant dans une maison voisine et les deux décident de sortir dans un pub, question de mieux faire connaissance, mais ça ne clique pas immédiatement, quoique les contraires s’attirent. Dans l’épisode suivant, Georgia lui demande de trouver une nouvelle famille d’adoption à leur chat domestique, mais aussitôt est-il parti qu’il que les enfants crient au drame.

Dans la réalité, Nina est devenue une auteure célèbre en publiant sa correspondance avec sa sœur concernant son emploi de fille au pair, d’où l’idée de la BBC de l’adapter en série. On est assez tôt charmé par cette famille hors de l’ordinaire et surtout de leurs répliques originales qui servent d’intertitres entre les scènes et c’est sans compter les échanges rigolos entre Nina et Malcolm (Jason Watkins), un voisin et auteur qui finit toujours par manger chez eux… et critiquer la principale intéressée pour sa cuisine.  Pourtant, il manque un certain charme à Love, Nina. À l’opposé de séries comme The Goldbergs ou Red Oaks, on ne met pas assez l’emphase sur l’époque à laquelle se déroule la fiction, soit, les années 80. Pourtant, l’habillage est important puisque dans son ton et les différents sujets qu’elle aborde, la série s’adresse clairement à un public plus âgé et la nostalgie d’une époque, quand bien même il ne s’agirait que d’artefacts du quotidien aurait été souhaitable. Sinon, c’est la personnalité du personnage principal que l’on a du mal à cerner. Tout sauf maternelle, sarcastique, mais en même temps timide avec un petit côté bohème, c’est un vrai glaçon chaque fois qu’elle rencontre Nunney et son manque d’empathie finit par nous lasser.

Malgré ses bon et mauvais points qui s’équivalent, c’est surtout la compétition qui a fait mal à Love, Nina. En effet, le premier épisode, elle n’a rassemblé que 2,6 millions de téléspectateurs pour 13 % de parts de marché alors que chez ITV, on compte (avec raison) près du double en auditoire pour la finale de The Secret. Jamais depuis la nouveauté de BBC One n’a pu se classer dans le top 30 des émissions hebdomadaires les plus regardées de la chaîne. De son côté, 4 épisodes de Flat TV c’était trop peu et BBC Three pour l’heure ne s’est pas encore prononcée sur l’avenir de la série. Espérons au moins que l’on pourra retrouver le tandem Rosenthal / Osmanoglu dans une prochaine production; c’est que la chimie opère.

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