Wolf Creek (2016): le vrai Far West

Wolf Creek est une série de 6 épisodes qui ont été mis en ligne le 12 mai sur Stan, la plateforme de vidéo sur demande australienne. Comme son titre l’indique, il s’agit d’un spin-off du film d’horreur à succès éponyme de 2005. Dans le cas qui nous intéresse, au centre de l’intrigue se trouve Eve (Lucy Fry), une jeune adulte avec des problèmes de dépendance qui a accepté d’accompagner ses parents et son jeune frère dans un voyage en Australie dans les territoires du nord. Mais voilà, c’est à peine s’ils ont eu le temps de s’installer sur leur terrain de camping qu’ils font la connaissance de Mick Taylor (John Jarratt), une sorte de loup solitaire qui n’a d’autre passion que la chasse. Sans que l’on comprenne pourquoi, ce dernier assassine sauvagement chacun des membres de la famille, à l’exception d’Eve qui réussit à s’échapper. Après un bref séjour forcé à l’hôpital, la jeune adulte jure de se venger et part à sa recherche. Troisième série originale pour Stan, Wolf Creek n’égale en rien le film dont elle s’inspire en s’autocensurant sans cesse lorsqu’il est question de violence. Malheureusement, cette retenue n’a pas été bénéfique à l’histoire qui à la mi-saison trouve déjà le moyen d’être redondante.

Éviter l’autostop

Lorsqu’Eve se réveille à l’hôpital passé un coma de plusieurs jours, elle se rend au poste de police afin que le détective Sullivan Hill (Dustin Clare) recueille sa déposition et c’est en feuilletant un de ses dossiers qu’elle réalise que plusieurs étrangers ont été victimes de meurtres sordides dans la région, sans conteste attribuables à Mick. Le problème est qu’Eve ne connaît pas son nom et que le principal intéressé a incendié le lieu du crime si bien que la police se révèle impuissante. N’entendant pas se laisser décourager, Eve décide de louer une voiture et de partir à sa recherche, peu importe le temps que ça lui prendra. Et ce périple est loin d’être une partie de plaisir. Dans un premier temps, elle se fait arrêter par la police locale pour possession de marijuana et durant son bref séjour en prison, elle se fait des ennemis supplémentaires si bien qu’on a droit à une poursuite en boucle de la part de divers intervenants, mais la rencontre ultime entre Eve et Mick ne s’est toujours pas produite et pendant ce temps, ce dernier, plus que jamais fait usage de son couteau…

Au fil des épisodes, Wolf Creek nous rappelle illico Hap & Leonard, du moins en ce qui concerne sa facture visuelle. En effet, le désert du nord de l’Australie dans lequel se retrouve Eve est aussi terrifiant que le Texas des deux protagonistes de Sundance. Dans les deux cas, l’usage de couleurs vivres, voire éclatantes nous rappellent le technicolor des westerns spaghettis où la loi de la jungle prévaut. Et à ces marécages et forêts d’où n’importe quel inconnu peut surgir sans crier gare dans la série américaine, on a subtilisé des déserts à perte de vue tout aussi terrifiants puisqu’ils contribuent à couper Eve de toute aide extérieure.

Dans les deux cas aussi on devine assez rapidement que le plan est d’exploiter la violence et les images-chocs de façon à garder le téléspectateur captif. Bien que ce recours un peu facile à l’extrême n’équivale généralement pas à un gage de qualité, avec Hap & Leonard le concept fonctionnait ne serait-ce que pour justifier la folie de Jimmi qui obsédé par l’argent n’avait aucun scrupule faire souffrir autrui, la faim justifiant les moyens.

Avec Wolf Creek, Mick n’a aucune profondeur et on peine à gober qu’il commette tous ces meurtres par pur sadisme… d’ailleurs, ça devient carrément ridicule. En effet, après trois épisodes, on ne compte plus le nombre de touristes qui tombent en panne dans la région et comme par hasard, chaque fois c’est ce meurtrier qui passe par là. Sans autre motivation que d’enlever la vie des gens, il peut avoir pour victime une vieille dame, un couple ou encore un macho de la pire espèce : tous passent au bistouri. Le dernier (et désespéré) recours de la série de Stan aurait été de nous montrer les détails sordides des exécutions qui auraient de quoi ravir les inconditionnels des films d’horreur ou du moins nous faire craindre encore davantage le meurtrier, mais même là on est « déçu » puisque concernant l’exécution, on n’assiste qu’à l’avant et l’après : l’impact est donc nul.

Au moins avec Hap & Leonard, les deux héros pouvaient se confier et les flashbacks nous en apprenaient davantage sur leur triste passé. Avec Wolf Creek, le seul compagnon de route d’Eve est un chien… On passera pour les confidences. Et que dire de la façon dont elle arrive à se mettre tout le monde à dos. Non seulement la police est à ses trousses parce qu’elle s’est échappée de sa cellule en passant par une fenêtre (on a déjà vu des plans plus astucieux de la part de scénaristes), mais comme si cela ne suffisait pas, elle s’introduit dans la maison de gangsters (encore par une fenêtre ouverte; décidément) et leur vole comme ça de l’argent liquide si bien que tous veulent sa peau. Quant au plan de match d’Eve, il est tout simplement ridicule : elle décide de s’aventurer sur l’autoroute avec pour seul indice la marque de voiture de Mick et sans avoir tiré une seule balle de sa vie (d’ailleurs, au départ elle n’a même pas de fusil avec elle), face à un adversaire sadique et armé jusqu’aux dents.

Un (autre) service qui veut concurrencer Netflix

Le service de vidéo sur demande Stan a apparemment le vent dans les voiles. Dévoilé en janvier 2015, sa première fiction originale, la comédie No Activity a même été en nomination aux Logies qui en Australie récompensent les meilleures productions télévisuelles. Ce sont deux compagnies médiatiques privées (Fairfax & Nine Entertainment) qui dès le départ ont injecté plus de 100 millions $ AU afin de faire compétition à Netflix dont les tentacules ne cessent de s’étendre sur le globe. Dans son offre, outre ses trois séries originales, le catalogue est similaire à ceux de Shomi et CraveTV au Canada par exemple, c’est-à-dire que pour quelques dollars, on a droit à un mélange de films et de séries étrangères, la plupart américaines. Officiellement, Stan a indiqué que 4 mois après son lancement elle avait déjà rejoint 200 000 abonnés alors qu’à pareille date, une firme de recherche indépendante prétendait qu’ils étaient plutôt 97 000.

Pendant ce temps, plus d’un million d’Australiens seraient déjà abonnés à Netflix. Le problème est qu’en plus de l’entreprise américaine, Stan est aussi en compétition avec Quickflix qui offre elle aussi un service similaire sur son territoire. Ces nouvelles offres se multiplient à vitesse grand V sur la planète, même aux États-Unis par exemple avec Starz Play, HBO Go, Showtime Anytime ou CBS All Access et même le groupe France Télévision a annoncé qu’il s’y mettrait. Si ces initiatives sont louables, elles sont morcelées et en tirant la couverture chacun leur côté, ces compagnies se font plus de mal que de bien : diviser pour mieux régner, ça ne fait l’affaire que de Netflix et peut-être Amazon. Il faudra définitivement trouver un autre plan d’affaires, international s’il le faut, mais au point où les choses s’en vont, le consommateur se retrouvera rapidement saturé par les multiples offres individuelles, en plus d’une facture souvent salée s’il est abonné au câble.

Pour en revenir à Wolf Creek,  selon Stan, le lancement est une réussite puisque quatre jours seulement après son lancement, la série compterait déjà 500 000 vues et 40 000 abonnés auraient déjà regardé la série dans son entièreté. Ses chiffres sont discutables,  notamment dans la manière de les calculer (voir l’excellent article de Gawker à ce sujet) et sur le long terme, on doute que la série marque les esprits. En attendant, les fans de Wolf Creek en auront pour leur argent puisqu’un troisième film est en production en ce moment avec John Jarratt qui reprendra son rôle du sadique.

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