Lady Dynamite / The Windsors (2016): parodies inefficaces

Lady Dynamite est une nouvelle série de 12 épisodes qui ont été mis en ligne sur le site de Netflix le 20 mai pour tous ses abonnés. Le titre réfère à l’humoriste Maria Bramford (parodiant en quelque sorte son propre personnage), bipolaire, qui après avoir passé plus de trois ans dans un hôpital psychiatrique cherche à revenir sur les feux de la rampe en partenariat avec son agent Bruce (Fred Melamed). De son côté, The Windsor est une comédie de 5 épisodes diffusés depuis le début mai sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. Il s’agit bien évidemment d’une parodie de la famille royale avec ses tourments, ses amours et sa relation complexe envers ses « sujets »,  à l’exception de la reine qui n’est qu’évoquée. Dans les deux cas, on mise sur des personnalités connues du public comme pouvoir d’attraction, mais après trois épisodes, on peine à sympathiser pour la tête d’affiche de la première tandis qu’on use d’un humour peu recherché, à la limite banal pour la seconde.

Lady Dynamite : Qui?

Chaque épisode de la nouveauté de Netflix est scindé en trois parties, soit, le passé alors qu’elle se faisait soigner, sa vie avant les traitements ponctuée de hauts et de bas et majoritairement le présent alors que Maria cherche à renouveler sa carrière de comédienne et d’humoriste « stand-up ». Dans le premier épisode, elle veut se lier d’amitié avec ses voisins en installant un banc public destiné aux échanges tout en faisant du boniment à Mark McGrath qui pourrait lui ouvrir quelques portes du showbiz. Dans le second, Bruce lui propose de devenir la nouvelle porte-parole de Pussy Noodles, une compagnie japonaise tout en acceptant d’aller à un rendez-vous surprise avec Shane (Josh Casaubon), un ancien accro au crystal meth et bisexuel. Puis, dans le troisième, Maria décroche un rôle dans une série intitulée « White Trash », mais troublée par les rôles que l’on a confiés aux comédiens noirs, elle leur propose d’inverser les rôles, mais le résultat escompté est loin de l’intention originale.

Lady Dynamite est un de ces documenteurs qui ont fait quelques petits ces dernières années. En effet, les deux versions de The Comeback, The Comedians ou plus récemment Dice y allaient de la même formule, c’est-à-dire de nous proposer une incursion dans le showbiz hollywoodien avec une tête d’affiche jouant son propre rôle, plusieurs guest stars et en fin de compte la dénonciation d’un système superficiel, basé sur les apparences, le prestige et l’argent. Certes, on a droit à quelques bons flashs basés sur l’actualité comme toute cette réflexion sur la place des noirs à la télévision ou encore quelques références méta comme lorsqu’elle choisit elle-même le filtre bleu que l’on voit à l’écran lorsqu’est évoqué les scènes de son passé.

Le problème avec Lady Dynamite est que du point de vue d’un téléspectateur étranger, Maria Bamford est loin d’avoir la notoriété de Lisa Kudrow, de Billy Crystal ou d’Andrew « Dice » Clay dans les séries précédemment évoquées. En effet, chouchoute d’un très large public américain, Bamford n’a jamais caché son état de santé et s’en est même servie dans ses numéros d’humour, misant sur son anxiété, ses dépressions et sa famille dysfonctionnelle. Ce personnage semi-biographique qu’elle s’est créé était si populaire qu’en 2009, elle a été la tête d’affiche de toute une campagne nationale de publicité du temps des fêtes pour la compagnie Target. Pourtant, ses talents n’ont pas traversé les frontières, comme c’est de toute façon le cas concernant la très grande majorité des humoristes, peu importe leur provenance. À l’inverse des drames qui se veulent plus universels, l’humour réussit généralement mieux lorsqu’on se concentre sur l’actualité locale, mais qui ne trouve que peu d’échos à l’étranger et en d’autres langues, ne serait-ce que dans l’impossible traduction de jeux de mots. Et malgré le charme de Bamford, le public étranger pourra certes apprécier quelques gags, mais jamais la sympathie à l’égard de la comédienne ne sera assez fort pour constituer une locomotive efficace pendant plus de douze épisodes.

The Windsors : du théâtre d’été

Comme il fallait s’y attendre, rien n’est au beau fixe au sein de la famille royale : nous avons d’abord le prince Charles (Harry Enfield) qui ne peut que s’accrocher à la promesse de régner un jour tandis que son épouse Camilla (Haydn Gwynne) fait tout ce qu’elle peut pour discréditer les deux enfants de son mari et tente même de tomber enceinte, malgré ses 60 ans passés. Le prince William (Hugh Skinner) et Kate (Louise Ford), bien qu’heureux en ménage cherchent toujours un sens à leur vie tandis que le prince Harry (Richard Goulding) ne pense qu’au sexe et à l’alcool. Dans leur entourage, mentionnons leur oncle Edward (Matthew Cottle) constamment sans le sou, son ex-belle-sœur Fergie (Katy Wix) qui cherche désespérément l’attention des médias, ses filles Eugenie (Celeste Dring) et Beatrice (Ellie White) qui ne savent que faire de leurs dix doigts mis à part de dépenser et enfin Pippa (Morgana Robinson), la sœur de Kate débordante de jalousie.

Ces clichés portant sur la famille royale, qu’ils aient un fond de vérité ou non, on les connaît par cœur, notamment propagées à outrance via les tabloïds ou dans certaines émissions de télévision exploitant la parodie comme Newzoids. Sinon, depuis l’été dernier, on a droit à la médiocre série The Royals qui s’intéresse au quotidien d’une famille royale « fictive » d’Angleterre et dans laquelle les scandales et jeux de coulisses pleuvent. On a bien droit à certains moments cocasses comme lorsque Harry s’exprime après qu’un fils illégitime de son père soit mort : « I’m just glad they’ve never been doubt about my DNA » ou encore l’entêtement désespéré de Camilla à se faire aimer du public, mais ils se comptent sur les doigts de la main. L’autre problème est le jeu inégal des acteurs. La plupart d’entre eux en font trop, notamment les interprètes de William et d’Harry, stupides au possible. À l’inverse, on a Harry Enfield qui retient assez son jeu pour nous faire croire au véritable prince Charles, mais ça détonne avec le reste. Au lieu de reprendre les mêmes clichés sur famille royale, on aurait peut-être dû privilégier une approche à la Ballot Monkey, une courte série qui a la veille des élections de 2015 en Grande-Bretagne parodiait l’organisation de tous les partis politiques, sans pour autant nous montrer leurs chefs. Pour un peu plus d’originalité, on aurait peut-être dû s’intéresser davantage à l’entourage de ces personnages ultra-médiatisés et offrir une réflexion humoristique sur la monarchie?

Dans le cas de ces deux séries c’est en quelque sorte le monde à l’envers. En effet, malgré des critiques presque toutes défavorables, The Windsor a attiré 1,9 millions de téléspectateurs lors de sa première, se classant ainsi au 3 rang des émissions les plus populaires de la chaîne pour cette semaine de mai. Par contre, le second épisode diffusé tout de suite après n’en a retenu que 1,23 million. La semaine suivante, l’audience semblait déjà s’être stabilisée à 1,47 million. Du côté de Lady Dynamite, ce sont les critiques (américaines) qui sont unanimement bonnes, mais si l’on se réfère au peu d’intérêt qu’ont suscité The Comeback et The Comedians qui n’ont pas été renouvelées et qui pourtant exploitent le même concept, on ne donne pas cher de la nouveauté de Netflix.

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