À la vie (2014) : pas tant que ça

À la vie est un film qui a été diffusé dans les cinémas à la fin 2014 en France et qui le sera dès le 20 mai dans les salles au Québec. L’action se déroule en 1960 alors qu’Hélène (Julie Depardieu), Lily (Johanna Ter Steege) et Rose (Suzanne Clément) se retrouvent pour passer quelques semaines de vacances ensemble. En effet, la dernière fois qu’elles se sont vues date de 15 ans alors qu’elles étaient libérées par les alliés d’un camp de concentration d’Auschwitz. Film pour ainsi dire autobiographique de Jean-Jacques Zilbermann, À la vie rate son objectif principal : susciter en nous une émotion, quelle qu’elle soit. Le pont entre le passé et le présent est quasiment inexistant et on finit par se demander finalement ce que ces trois femmes ont à nous transmettre de telles retrouvailles.

Vivre l’instant présent

À la vie commence environ six mois après que la guerre ait pris fin. C’est Hélène que nous suivons alors qu’elle regagne Paris et retrouve des voisins proches. Et malgré les traumatismes vécus, elle n’a rien perdu de sa bonne humeur, ce qui a tôt fait de séduire Raymond (Mathias Mlekuz), un voisin qui ne cache pas ses sentiments à son égard. Pourtant, le cœur de cette ancienne déportée n’est plus disponible depuis qu’elle a renoué des liens avec Henri (Hippolyte Girardot), qui a lui aussi été interné à Auschwitz. Objet d’expériences médicales des nazis, il a été castré chimiquement, ce qui n’a pas empêché Hélène de l’épouser. Les années ont passé et au tournant des années 60 elle verra son vœu le plus cher se réaliser : retrouver Lily qui vit à Amsterdam et Rose au Canada. Sa surprise est d’autant plus grande qu’elle croyait cette dernière morte. À Berk-Plage où elles séjournent, elles prennent des bains de mer, rattrapent le temps perdu et surtout, entament un nouveau tournant de leur existence.

En tant que téléspectateur, on ne sait trop quoi tirer de ces retrouvailles puisque dès que Lily et Hélène se mettent à parler de ce qui les unis, soit l’Holocauste, Rose y appose son holà, souhaitant ne pas revisiter leur passé douloureux. Dès lors, c’est entre deux conversations où lorsque cette dernière n’est pas là qu’on évoque ces souvenirs à demi-mot. Ces chuchotements s’étendent environ sur la première moitié du film si bien qu’on se demande en quoi leur vie actuelle somme toute très banale a de quoi intéresser le spectateur. Puis, vient finalement le temps des révélations; trop peu trop tard, on apprend que le premier bébé de Rose est mort dans le camp. Certes, ces révélations sont touchantes, mais elles ne modifient pas le récit en cours et aussitôt dévoilées, on passe à autre chose. Dans la même veine, c’est avec désinvolture que l’une d’entre elles lors d’un souper lance: « ma grand-mère, elle passait son temps à se faire violer par les cosaques ». Personne n’en fait grand cas et on continue de manger.

C’est avec cette même indifférence que l’on s’attaque au personnage d’Hélène. Elle qui n’a jamais connu les contacts physiques commence à avouer trouver la situation insoutenable avec son mari, malgré l’amour qu’elle a pour lui. Elle tombe dans l’œil de Pierre (Benjamin Wangermee), un jeune et fringant sauveteur avec qui elle finira par avoir une aventure. Ici aussi, ces rencontres manquent d’intensité et malgré le plan final qui vient boucher quelques trous narratifs,  on peine à susciter en nous de l’empathie. Quant à Lily, des trois personnages, c’est celui qui reste le plus opaque, et ce, jusqu’à la fin.

D’autres alternatives ignorées

Avec cette nouvelle ère qui débute, on aurait pu au moins y intégrer un volet politique ou du moins mettre l’accent sur le contexte social. En effet, il est plus rare dans les films ayant pour cadre la Seconde Guerre mondiale que l’on s’intéresse à l’après surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer  le retour à la vie normale des victimes. À la vie aurait pu s’en tirer en intégrant dans son scénario un volet plus politique : après tout, selon ses dires, Hélène est une communiste convaincue et Raymond est membre du parti en plus d’avoir joint la Résistance durant la guerre. Pourtant, dans les six mois qui succèdent à la première scène du film, c’est à peine s’il en est question. Même chose dans les années 60 alors que l’on évoque à peine la guerre d’Algérie… Reste les bains de mer et la jasette.

Jean-Jacques Zilbermann n’est pourtant pas un novice en cinéma, lui qui a réalisé entre autres L’homme est une femme comme les autres (1998) et scénarisé plusieurs longs métrages. On est donc déçu que mis à part l’utilisation d’un filtre nous rappelant la pigmentation de la pellicule que l’on utilisait à l’époque, rien dans la mise en scène n’ait été tenté afin d’attirer l’attention du cinéphile. L’usage de flashbacks ou de constants allers-retours entre la guerre et le présent auraient sans doute comblé une charge émotionnelle déficiente. Sans artifices d’aucune espèce, on se contente de faire évoluer les protagonistes d’un point A au point B avec quelques lignes à déblatérer. Reste un des derniers plans du film (*attention, divulgâcheur) où Henri qui est allé chercher sa femme découvre qu’elle a eu une aventure. Cette intrigue reste lettre morte : à l’image des 100 et quelques minutes du film.

Sorti en salles en novembre 2014 en France, À la Vie n’a pas brillé par son succès au box-office avec un faible cumul d’environ 59 800 entrées. Mais peu importe la qualité du film, c’est le fait que celui-ci ait pris un an et six mois pour traverser l’Atlantique qui dérange; un anachronisme de taille en 2016 à l’ère du numérique. Quant à son contenu, cette histoire vécue valait la peine d’être contée, mais peut-être que ç’aurait été plus effectif sous la forme d’un documentaire.

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