The Detour / Flowers (2016) : familles excentriques

The Detour est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis la mi-avril sur les ondes de TBS aux États-Unis et avec quelques semaines d’intervalles  au Canada sur The Comedy Network. Elle met en scène une famille qui décide d’effectuer un petit road trip en direction de la Floride pour des vacances bien méritées. Le hic est que toutes les malchances possibles s’abattent sur ses membres au point où l’on se met à douter qu’ils finissent par atteindre le Sunshine State. De son côté, Flowers est une série de six épisodes diffusée depuis la fin avril sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. Ici, on a affaire à une famille pour le moins sédentaire, mais dont les fondements sont sur le point de s’écrouler avec un couple qui ne semble pas parler la même langue et leurs enfants, des jumeaux qui veulent s’entretuer. Ces deux comédies familiales travaillent fort pour sortir du moule, quitte à nous offrir des hyperboles qui dépassent l’entendement. Avec un résultat franchement réussi du côté de TBS, le résultat est davantage brouillon sur Channel 4.

 

The Detour : ça va être long!

En quittant leur maison de Syracuse, Robin (Natalie Zea), la mère et ses deux jeunes enfants Delilah (Ashley Gerasimovich) et Jared (Liam Carroll) croient que Nate (Jason Jones) les conduit à l’aéroport, mais le père de famille qui a récemment perdu son emploi sans avoir trouvé le temps d’en informer ses proches décide de faire la route en voiture, question d’économiser un peu d’argent. Mal lui en prit. L’aventure commence bien mal alors qu’ils décident de s’arrêter au Banana Creamery pour une glace et se retrouvent plutôt à l’intérieur d’un bar de stripteaseuse. Puis, c’est l’auto qui flanche et l’hôtel minable qui’il faut endurer le temps que le véhicule soit réparé. Lors du troisième épisode, à peine ont-ils parcouru quelques kilomètres qu’ils se font arrêter par la police après que le mécanicien ait placé sans les consulter un alcotest (déficient) dans leur voiture. Si seulement ils étaient au bout de leur peine. Dans un flashforward à chaque épisode, on voit Nate qui est interrogé par des officiers fédéraux. C’est qu’après avoir été renvoyé, il a volé du matériel top secret (que l’on ne mentionne jamais) d’une grande valeur.

Habituellement, le road movie équivaut à une virée entre amis, plutôt jeunes, mais ce n’est pas parce qu’ici deux jeunes enfants sont de la partie qu’on est plus conservateur, bien au contraire! C’est en effet ce qui nous charme dès les premières images de The Detour : la complicité entre ses membres. En effet, après des rôles plutôt lourds dans Under The Dome, Following et Justified, on découvre une tout autre facette de Natalie Zea qui semble être née pour la comédie, tous comme les acteurs qui jouent ses enfants, en particulier Liam Carroll qui a un sens un punch inné lorsque vient le temps d’y aller avec ses répliques comme lorsque son père le blâme d’avoir proposé le Banana Creamery pour la pause : (Josh) «My god, man, you don’t have to be Colombo to figure out this isn’t an ice cream place » (Liam) « I’m not Colombo, okay? I’m not gonna discover America. »

Certes, The Detour ne fait pas dans la dentelle et plusieurs mises en situation versent un peu dans la caricature, mais qu’il s’agisse d’une panne, d’une chambre d’hôtel au matelas infesté d’insectes, de mauvais coups des enfants, de l’économie de bout de chandelle; quelle famille n’a pas vécu au moins une de ces aventures de voyage à un moment où à un autre? De plus, Nate et Robin profitent de ce long périple pour avoir des discutions franches (et très drôles) avec leurs enfants sur une foule de sujets, comme la menstruation (Delilah a ses premières règles dans l’épisode pilote), la consommation de drogue, d’alcool ou encore des rapports sexuels avec une discussion qui va comme suit (Robin): « the woman accepts the daddy’s seed, called semen. » Nate: « Sperm.» Robin: « Sperm. » Delilah: « What’s that look like? »  Jared: « Like a white map of Hawaii.».

Flowers : cacophonie

Flowers a beau être une comédie, reste que le premier épisode s’ouvre avec Maurice (Julian Barratt), le père et auteur de livres pour enfants qui essaie de se pendre le jour de son anniversaire de mariage avec son épouse Deborah (Olivia Colman). L’entreprise échoue et il vaque à ses occupations comme si de rien n’était, mais ça nous donne tout de même une idée du ton de la série. Contrairement à ce grand dépressif, Deborah semble flotter sur un nuage alors qu’elle est courtisée par le contremaître Barry (Colin Hurley) et George (Angus Wright), un chirurgien narcissique. Quant à leurs enfants, ils sont aux antipodes : Donald (Daniel Rigby) est un inventeur en herbe avec un trop-plein de confiance en soi tandis qu’Amy (Sophia Di Martino) est une poète et pianiste renfermée. À la fin du premier épisode, la mère de Maurice a pris la corde avec laquelle son fils voulait se pendre et en voulant la ranger, elle a perdu pied puis en est morte.

On n’a rien contre les comédies noires qui font grincer des dents comme Stag par exemple, du moment qu’elles s’assument de A à Z, ce qui n’est pas le cas ici. On mélange plusieurs genres alors que par moments on a droit à un humour bon enfant (Deborah à ses enfants : « « We must hug each other ») ou à l’inverse complètement corrosif (Maurice à une infirmière alors que sa mère repose entre la vie et la mort : « Is she gonna die soon » ou plus tard lorsque sa femme lui demande pourquoi il a voulu se pendre, il répond tout simplement : « I don’t know »), alors que la narration en voice over nous donne l’impression d’être dans un genre de conte en décalage avec la réalité. Il faut cependant noter que cette cacophonie de tons est entièrement assumée de la part du réalisateur Will Sharpe (qui tient aussi un petit rôle dans la série), notamment dans la mise en scène. La maison ou vit la famille est dans un désordre épouvantable et très sombre, elle est éclairée à la fois par des lampes normales et des lampions multicolores. Même chose du côté de la trame sonore. Quelques fois on a des tonalités qui s’apparentent à une musique de thriller, alors que dans la scène suivante, on a droit à des notes beaucoup plus légères.

Malgré quelques critiques ayant affirmé que dans son entièreté, Flowers valait la peine d’être vue, d’autant plus que tous les épisodes ont été présentés en une semaine, on doute du taux de rétention global. Quant à The Detour, les deux premiers épisodes présentés le même soir ont attiré plus d’un million de téléspectateurs et la comédie s’est placée au premier rang chez les 18-49 ans du côté des câblos-distributeurs. La famille risque d’avoir des difficultés à atteindre la Floride puisqu’avant même la première diffusion télé, TBS l’a renouvelé pour une seconde saison. Avec Angie Tribeca qui recommencera bientôt (le 6 juin), la chaîne a définitivement le vent dans les voiles côté humour.

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