The Last Panthers (2016): plus qu’un, mais…

The Last Panthers est une nouvelle coproduction franco-britannique de six épisodes qui a été diffusée dans plusieurs pays d’Europe, dont Canal+ à l’automne 2015 et qui est désormais sur les ondes de SundanceTV aux États-Unis depuis la mi-avril. L’action débute à Marseille alors qu’un groupe de voleurs, surnommés les « Pink Panthers » parviennent à la suite d’un braquage de s’emparer de diamants d’une valeur de près de 15 millions d’euros. Ayant réussis à déjouer la police, le plus dur reste pourtant à faire : trouver un acheteur pour ces pierres alors qu’elles sont recherchées activement à la fois par la police de Marseille et la compagnie d’assurance. Série inspirée d’un fameux groupe de voleurs des balkans (du même nom) ayant réellement existé, The Last Panthers nous accroche dès le premier épisode, mais perd quelque peu en intensité dans les deux suivants. Reste que ce tour de l’Europe bien de son temps est assez solide pour nous offrir une alternative à l’hégémonie télévisuelle américaine.

Quelque chose de désespéré

Bien que les voleurs aient pu s’emparer des diamants, durant leur fuite, des coups de feu sont échangés entre l’un d’entre eux et la police et coup de malchance, une fillette est tuée par une balle perdue. C’est ce meurtre qui fait foirer toute l’affaire; les acheteurs potentiels retirent leurs billes. Dès lors, que faire de ces bijoux? Milan Celik (Goran Bogdan), le chef de la bande parvient à se rendre jusqu’en Syrie, mais les offres qu’il reçoit pour son butin sont dérisoires. Qu’à cela ne tienne : tous ses partenaires sont morts d’une manière ou d’une autre et il a un besoin criant d’argent afin de payer l’opération au cœur que doit subir son jeune frère Adnan (Nikola Rakocevic). À Marseille, on a Khalil Rachedi (Tahar Rahim) qui enquête plus spécifiquement sur la manière dont les Panthers ont pu se procurer leurs armes. Acharné à découvrir la vérité, plus il s’approche du but, plus la violence se fait intense. Enfin, dans la Cité de Londres, nous avons Naomi Franckom (Samantha Morton) d’une éminente compagnie d’assurances qui avec son patron Tom Kendle (John Hurt) font tout ce qu’ils peuvent pour récupérer les diamants. C’est cette même compagnie qui essaie d’obtenir d’importants contrats en lien avec la construction d’un aéroport international à Belgrade. Dès lors, on comprend que les intérêts ne se limitent pas qu’à quelques pierres…

L’introduction de The Last Panthers a beau nous propulser dans une haletante course contre la montre,  la tension retombée, tous les protagonistes doivent bien se demander à quoi cela a bien pu servir. En effet : à qui profite le crime? C’est bien simple, à personne. Milan a non seulement vu son équipe décimée, après tant d’efforts c’est à peine s’il a de quoi se payer à manger. Du côté de Naomi, elle est envoyée aux premières loges en Serbie par un patron qui feint la camaraderie. Grâce à de multiples flashbacks, on se rend compte qu’elle a déjà fréquenté ce pays probablement durant les conflits d’il y a quelques années; des souvenirs douloureux qui reviennent la hanter. Enfin, reste Khalil qui pauvre comme Job (il vit avec sa nombreuse famille dans un minuscule appartement et dort sur le divan),  s’acharne aussi à épingler les malfaiteurs, mais il a tôt fait d’être dépassé par l’ampleur du crime organisé qui ne connaît plus de frontières.

Avec The Last Panthers, on nous offre un portrait modernisé du tonneau des Danaïdes puisque plus les protagonistes cherchent à avancer, plus ils s’enfoncent tel un cycle sans fin et les plus pessimistes y verront ici reflet de l’Union Européenne sous ses aspects les plus négatifs : le crime n’a plus de frontières et s’il y a un langage commun que tous ces pays maîtrisent, c’est bien celui de l’argent qui semble faire foi de tout alors que les plus gros joueurs engouffrent facilement les plus petits. Cet état de fait est mis en lumière au troisième épisode à l’occasion d’une intéressante discussion entre Tom et un haut fonctionnaire serbe. Ce dernier blâme des pays riches comme l’Angleterre d’être responsables de l’état actuel de servitude de la Grèce et que Belgrade n’entend pas se faire exploiter. Nul doute que cette harangue dépasse la simple fiction.

La mise en scène délibérément minimaliste est à l’image de ce constat à propos. D’ailleurs, on donne le ton lorsque Tom qualifie Marseille de « d’antichambre de l’Afrique et de trou de cul de la France » (!). Il a beau faire soleil ou nuageux, les scènes extérieures on toujours la même teinte délavée avec des couleurs oscillant entre le beige et le bleu gris et franchement, que l’on soit en Serbie ou dans le sud de la France, on a l’impression que c’est du pareil au même. Même chose pour la trame sonore qui se fait le plus souvent attendre : on est dans un univers cru, sans artifice… et peut-être sans espoir.

Un tour de l’Europe

Au début mai, France télévision a annoncé que dans le but de diversifier ses revenus, elle allait lancer en 2017 son propre service de vidéos par abonnement. Un mois plus tôt, on apprenait que Netflix avait dépassé les 80 millions d’abonnés dans le monde et pour contrer cette hégémonie américaine, Mediaset (Italie) et Vivendi (France) ont décidé d’unir leurs forces afin de créer en commun un marché de la vidéo sur demande en investissant bien entendu dans des productions originales et en offrant une alternative à l’européenne. La diffusion de The Last Panthers va un peu en ce sens : en octobre, elle a connu une première diffusion en France (les deux premiers épisodes se sont accaparés 17,5 % de parts de marché avec 900 000 téléspectateurs; un succès), en Belgique et au Luxembourg. Puis, un mois plus tard, c’était l’Irelande, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne et l’Autriche qui avaient ce privilège. Cet accès rapide à une fiction dans plusieurs grands pays d’Europe a quelque chose d’extraordinaire et qui plus est, constitue la meilleure arme contre le piratage.

En même temps, on a beau vouloir rassembler le plus de monde possible, le continent est une mosaïque et la réalité d’un Grec en ce moment n’est sensiblement pas la même que celle d’un Allemand! À l’opposé, les Américains et même les Anglais ont une longueur d’avance notamment pour leur longévité sur le marché, le star-system qu’ils ont développé, leur expertise et bien entendu leur facilité à nous arriver avec des histoires universelles. Évidemment, avec Netflix qui investit 6 milliards de $ dans ses contenus et Amazon 5, on ne parle pas vraiment de compétition à armes égales, mais reste qu’un monopole n’est jamais sain et espérons que ces initiatives européennes porteront fruit.

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