Wynonna Earp (2016): pétard mouillé II

Wynonna Earp est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes de CHCH au Canada et SyFy aux États-Unis. Si le nom vous est familier, c’est qu’ici, le personnage principal (Melanie Scrofano) n’est nulle autre que l’arrière-arrière-petite-fille du célèbre justicier Wyatt qui après la mort de son oncle, doit retourner dans sa ville natale, Purgatory, alors que des attaques de démons commencent à se manifester. En tant qu’héritière des Earp, il est de son devoir de contrecarrer leurs maléfiques dessins, en compagnie de sa jeune sœur Waverly (Dominique Provost-Chalkley) et de l’agent Dolls (Shamier Anderson) du FBI. Adaptation d’une bande dessinée éponyme signée Beau Smith (IDW Publishing), il y a peu de chances que Wynonna Earp se démarque de ses contemporaines avec un scénario aussi bancal et des effets spéciaux qui nous ramènent 20 ans en arrière. Avec ses productions la plupart à faible budget destinées à des chaînes câblées mineures, le Canada n’est définitivement pas un joueur à considérer dans cet « âge d’or » sériel.

Un western qui veut être davantage

Wyatt Earp a beau avoir acquis le statut de légende avec les années, sa descendance n’a pas la même chance puisque tous sont morts dans des circonstances mystérieuses et le dernier en liste est l’oncle de Wynonna, Curtis, dont le corps a été trouvé inanimé… sans la tête! Auparavant, c’est sa sœur aînée Willa qui a été retrouvée abattue dans les montagnes non loin du village. D’autres morts ont été constatées ces derniers temps et il semble qu’elles soient attribuables au chef des démons Bobo (Michael Eklund) et à sa clique de « Revenants » qui aiment particulièrement démembrer les êtres humains. C’est dans c’est circonstances que Wynonna s’allie à Dolls qui appartient à la branche secrète des U.S. Marshall qui enquête sur ce genre de phénomènes. Pour le moment, l’héroïne parvient à ramener ces démons sous terre en leur tirant une balle du pistolet ayant appartenu à son arrière-arrière-grand-père (un colt 4), aussi surnommé le « Peacemaker ». Outre Waverly qui s’ajoute aux enquêtes, mentionnons Doc Holliday (Tim Rozon), l’ancien meilleur ami de Wyatt réincarné et dont l’allégeance au groupe n’est pas acquise. Dans le second épisode, Bobo a fait appel à Killer Miller (Stephen R. Hart), pour les assassiner, mais la découverte d’un talisman magique vient leur sauver la peau alors que dans le troisième, les démons tentent de quitter la région triangulaire maudite de Purgatory qui les tient prisonniers et prennent Wynonna et deux autres habitants en otage.

On a beau analyser Wynonna Earp sous tous les angles possibles, il est difficile de trouver ne serait-ce qu’un aspect de la série qui est réellement abouti, à commencer par la mise en scène qui logiquement devrait avoir pour tâche d’instaurer une ambiance effective, alternant entre le glauque et le surnaturel. On a beau être en 2016, la fiction a tout de même pour influence le XIXe siècle, la ruée vers l’or et les westerns, mais la ville de Purgatory se limite aux repères de base sans trop d’originalité, soit, un saloon, des chapeaux de cowboys, du whisky; il ne manque que les chevaux! Sinon, l’éclairage demeure très banal, et c’est à peine si l’on remarque la trame sonore.

Du côté du scénario, seule l’autodérision vient marquer quelques points (de toute façon, la série n’a pas les moyens de se prendre au sérieux), mais dans la plupart des cas, les blagues tombent à plat ( l’une des policières qui essaie de charmer Waverly a pour nom de famille « Haught » (= hot)/dialogue entre Dolls et Wynonna : Dolls : «You have seen a lot of strange things in Purgatory, unnatural things, so I do hope your mind is open. » Wynonna : « . Look, if you’re about to propose a threesome, I’m tired and I haven’t shaved my legs.»  / Ou plus tard lorsqu’un nuage de fumée noire tente de s’en prendre à elle : « This is not the kind of penetration I’m used to.»

Reste les affrontements impliquant des démons. En principe on devrait nager dans les eaux de The Strain ou The Walking Dead, mais après trois épisodes, la façon d’éliminer ces créatures se limite à leur tirer une balle. Quant aux démons, outre leurs yeux qui virent au rouge par moments, ils ont les cheveux longs, portent la barbe, portent des vestons de cuir, conduisent des motocyclettes et boivent de la bière… des motards en somme. Enfin, face à cette menace, il n’y a que Wynonna, ses coéquipiers et quelques extras. En effet, la ville est pour ainsi dire déserte avec et c’est à peine si elle contient une quinzaine de figurants. Évidemment, il faut s’arranger avec les fonds disponibles et on imagine qu’il n’y en a pas tant que ça.

Canada : le grenier à science-fiction du câble américain?

Sur le site tv-eh.com dédié à la production télévisuelle canadienne, on a droit entre autres au calendrier mensuel concernant les nouveautés, notamment les séries. En mars, avril et mai 2016, le pays de l’unifolié n’offrait que trois nouvelles fictions originales à ses téléspectateurs : Wynonna Earp, Slasher et Houdini & Doyle, ces deux dernières étant des coproductions, mais présentées d’abord sur les ondes des pays partenaires. Jusqu’ici, c’est le seul modèle qui semble fonctionner, du moins lorsqu’il s’agit de méga-productions comme The Book of Negroes ou plus récemment Versailles. Sinon, on se demande ce qu’il adviendrait de nos ventes à l’étranger sans SyFy qui achète presque toutes les productions canadiennes (Bitten, Dark Matter, Killjoys (Space) et Olympus (Super Channel)). Peu importe leurs qualités ou défauts, il s’agit d’un marché de niche et avec tout l’argent qu’engrangent les câblodistributeurs Bell, Shaw et Rogers, on se demande pourquoi ces propriétaires de chaînes généralistes (respectivement CTV, Global et CityTV) n’investissent pas davantage dans le contenu sériel alors que littéralement tout le monde le fait. Ceux-ci regardent passer la parade et en attendant, remplissent leurs grilles horaires d’émissions américaines en heures de grande écoute…

Aux États-Unis, le pilote de Wynonna Earp a été réuni en moyenne 810 000 téléspectateurs, 647 000 étaient toujours au rendez-vous pour le second épisode et on peut affirmer qu’une stabilité était déjà atteinte puisque la semaine suivante ils étaient 643 000. Habituée de compter sur un achalandage de plus d’un million lors de ses épisodes pilote, c’est surtout le taux chez les 18-49 ans qui fait mal à SyFy dans ce cas-ci: 0,20 en première semaine et 0,15 la semaine suivante. À sa décharge, la série est diffusée les vendredis soir alors il est difficile de savoir ce que visait la chaîne en terme de parts de marché. À suivre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s