Rebellion (2016) : un drôle d’affrontement

Rebellion est une série irlandaise de cinq épisodes qui a été diffusée au début 2016 sur les ondes de la RTÉ et qui du 24 au 26 avril s’est amenée sur la chaîne Sundance aux États-Unis, en plus d’être disponible dans son entièreté sur Netflix. L’action commence en 1916 et plus particulièrement à l’Insurrection de Pâques au cours de laquelle quelques groupes d’Irlandais ont osé se soulever contre le pouvoir établi, ce qui marque le point d’ancrage qui mena à l’indépendance du pays quelques années plus tard. Production célébrant le 100e anniversaire des événements qui ont changé l’Irlande à tout jamais, Rebellion n’atteint que très partiellement son but. Son manque d’explications historiques laisse mille questions dans la tête des téléspectateurs étrangers peu familiers avec l’histoire de ce pays, tandis que d’un point de vue purement scénaristique, on perd rapidement l’intérêt dans cette guerre d’embuscades avec ses protagonistes peu engageants.

La parole au peuple

Après une brève première scène (inutile) au mois d’août 1914 alors que l’Angleterre décide de déclarer la guerre à l’Allemagne, on nous transporte illico en 1916 alors que le moral d’une partie des soldats irlandais engagés de force est au plus bas, tout comme l’ambiance qui règne dans la « colonie ». Dans le but de se libérer du joug de la Perfide Albion, des membres du Sinn Féin, un parti politique nationaliste, amorcent la propagande grâce à un journal clandestin et des tracts et au deuxième épisode, le lundi saint, plusieurs rebelles tentent d’envahir l’Hôtel de Ville et y proclament un peu à la hâte la république, à la grande surprise d’une majorité d’irlandais qui n’avait rien vu venir. L’Angleterre a beau en avoir plein les bras avec la guerre en Europe, elle déploie rapidement des troupes pour contrer l’insurrection, mais leurs opposants affichent dans une sorte de courage désespéré une étonnante résistance. Parmi les principaux protagonistes, notons Elizabeth Butler (Charlie Murphy), issue d’une famille fortunée qui se joint spontanément au mouvement en tant qu’infirmière, laissant au pied de l’autel son fiancé, un soldat (Paul Reid), May Lacy (Sarah Green), une secrétaire d’origine irlandaise, mais apolitique qui a pour amant son patron Charles Hammond (Tom Turner), un anglais, Frances O’Flaherty (Ruth Bradley), une indépendantiste convaincue qui joint ses acolytes masculins au combat et Arthur Mahon (Barry Ward) un officier irlandais enrôlé aux côtés de ses acolytes anglais, mais souffrant de troubles de stress post-traumatique.

Lorsqu’on entame une série historique, il faut prendre en compte que les téléspectateurs ne sont pas tous au même niveau et c’est encore plus vrai lorsque la fiction voyage et s’adresse à un public étranger dont les connaissances sur un événement peuvent être nulles. Dès lors, on risque de tomber dans les extrêmes : on peut tenter d’abord d’abreuver d’un maximum d’informations l’auditoire sur le contexte général, au risque d’en faire trop (37 Days en est un bon exemple : excellente série, mais peu attirante aux néophytes). À l’inverse, c’est laisser l’histoire se raconter elle-même en omettant les détails les plus élémentaires et c’est dans cette pente glissante que Rebellion s’embourbe. Mis à part quelques dates ou lieux, on reste très flou sur le contexte historique sinon que la population en général et des soldats sont « divisés » quant à l’obligation de s’enrôler dans la Grande Guerre et même sur une possible indépendance du pays. En fait, on aimerait bien connaître les remontrances des Irlandais à l’égard des Anglais. Tout ce que l’on a à se mettre sous la dent dans le premier épisode est cette discussion entre un élève et son institutrice concernant les rebelles : « Why are they doing it? » « To Free Ireland ». « From what? » « British Rule »…

Dans chaque révolution, il y a toujours quelques noms qui ressortent de nos cahiers d’histoire et de cette fin de semaine pascale de 1916 en Irlande, peu de noms ressortent à l’exception peut-être de Patrick Pearse ou James Conolly qui étaient à la tête des insurgés. Pourtant, dans Rebellion, il n’en est nullement question comme tout autre personnage historique d’ailleurs, qu’il s’agisse d’un politicien, d’un chef d’armée ou de meneurs d’hommes. Ici, on a préféré laisser la parole au « peuple », une vision un peu trop romanesque des révolutions et dans la série, il n’a pas grand-chose à dire. Tout bonnement au service des idéaux de l’indépendance, on n’éprouve même pas le besoin de se justifier auprès des téléspectateurs; d’apporter des arguments en faveur du changement.

Pire encore est l’absence du point de vue anglais tout au long des trois premiers épisodes. En quoi l’Irlande leur était-elle utile? Simple question d’orgueil? Avantages stratégiques et économiques? On s’en doute, mais ç’aurait été bien de l’entendre de la bouche de quelqu’un.

Une rébellion, oui…

Ici, on est loin de la guerre civile anglaise du XVIIe siècle ou de la guillotine de la Terreur : il faut en effet toujours garder en tête le titre de la série afin de ne pas avoir des attentes trop élevées, spécialement pour les amateurs du genre d’action. Durant les deux premières heures, on ne compte qu’un mort : non que cela importe, mais normalement, la virulence des combats va de pair avec la fierté d’avoir changé les choses. En effet, qu’y aurait-il d’héroïque à détrôner un roi si celui-ci et son administration décidaient tout simplement de laisser le siège vacant? C’est ce sentiment que l’on éprouve avec Rebellion : certes, cette fin de semaine de Pâques est un catalyseur; un premier « éveil » à la possibilité de l’indépendance, mais on met trop l’emphase sur ces combats de ruelles (qui constituent l’entièreté de l’épisode #3) qui n’atteint jamais leur apogée et qui au final deviennent extrêmement redondants.

Un centenaire de l’indépendance, ça se fête, si bien que Rebellion s’est avéré être la production la plus chère de l’histoire de la RTÉ avec environ 400 000 euros par épisode. Au moins, le public était au rendez-vous puisque la première a attiré 619 000 téléspectateurs en direct, s’accaparant ainsi 41 % des parts de marché en plus de 55 000 visionnements incluant le rattrapage sur différentes plateformes. Les repères n’étant pas nécessairement de mise au niveau local, dommage que l’on n’ait pas cru bon d’intéresser le public étranger à cette indépendance.

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