Undercover (2016) : mémoire gardée secrète

Undercover est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes de BBC One en Angleterre. Constamment en train de voyager entre la Louisiane et Londres, la protagoniste Maya Cobbina (Sophie Okonedo) est une célèbre avocate spécialisée en droit criminel, mais son penchant avéré pour les droits humains lui permet d’accéder au prestigieux poste de directrice des poursuites pénales (DPP) pour le gouvernement. Exprimant le désir de réouvrir certaines enquêtes bouclées un peu trop rapidement, elle gène beaucoup de monde, y compris certains membres de la police qui décident de «ressusciter » un ancien agent double désormais à la retraite : Nick Johnson (Adrian Lester)… qui n’est nulle autre que le mari de Maya. Coproduite avec BBC America, Undercover, malgré quelques longueurs, exploite avec brio la temporalité tout au long de ses épisodes, tout en abordant en parallèle un chapitre peu reluisant de l’histoire de la police britannique envers des minorités.

Temporalité élastique

La série démarre avec Maya qui se trouve en compagnie de Rudy Jones (Dennis Haysbert), un louisianais faussement accusé de meurtre qu’elle a défendu pendant 20 ans, mais qui doit maintenant être exécuté. Il a beau résister miraculeusement à l’injection létale qui lui est administrée, son sort reste en suspend alors que l’avocate doit s’envoler pour Londres, attendue en entrevue pour le poste de DPP. Avant de tomber dans le coma, il a partagé avec elle des informations d’importance sur la mort de Michael Antwi (Sope Dirisu), un activiste noir de Londres tué en prison dans des circonstances mystérieuses il y a vingt ans. C’est à cette époque que Maya a rencontré Nick pour la première fois alors qu’il avait justement été engagé pour enquêter sur elle. Et sans qu’à la mi-saison on sache le fin fond de l’histoire, on sait qu’ils se sont mariés, ont eu 3 enfants, que le protagoniste a pris sa retraite et qu’il n’a jamais révélé la vérité à sa femme. Cependant, à l’épisode 3, les choses se corsent au point où des membres du gouvernement décident personnellement d’assassiner la seule témoin du meurtre de Michael, une ancienne détective et amie de Nick. Dès lors, le secret est de plus en plus lourd à porter.

Autant le dire tout de suite, il est difficile de comprendre dans quoi on s’embarque en regardant le premier épisode d’Undercover, surtout lorsqu’on garde en tête le titre qui n’a rien à voir avec le travail de Maya. Son mari, Nick est très en retrait et on ne lui accorde que très peu d’importance jusqu’à ce qu’en toute fin, un ancien collègue viennent « gentiment » lui demander de reprendre du service. Puis, à quelques scènes près, l’entièreté de l’épisode #2 se déroule 20 ans plus tôt alors que Nick était encore détective et c’est à ce moment que l’on voit se rapprocher de Maya (pour finalement tomber sous son charme), laquelle n’est cette fois qu’un personnage secondaire. On a encore droit à un modèle différent à l’épisode suivant puisqu’on revient sur le meurtre de Michael en 1996 avec de courtes scènes où il est inscrit en bas d’écran « 5 :11 AM », « 5 :43 AM », etc. pour finalement retourner dans le temps présent et accorder autant d’importance aux 2 protagonistes.

En rétrospective, ce jeu avec la temporalité procure à Undercover tout ce qui faisait défaut à The Catch : c’est-à-dire rendre crédible la relation entre les deux protagonistes principaux qui pourtant travaillent l’un contre l’autre. Dans les deux cas, l’homme n’est pas ce qu’il prétend être, mais est réellement amoureux de sa douce moitié. À l’opposé, l’amour de ces femmes fortes est sincère, mais la trahison les guette au détour. Trop conservatrice, la série d’ABC commence avec la trahison de Benjamin et ne se contente que d’infimes flashbacks pour essayer de nous montrer l’intensité de leur amour. De plus, on met de l’avant le fait que lui, tout comme Alice sont de redoutables adversaires, mais la majorité des scènes tournent autour de cette dernière, laissant son acolyte mal défini.

Chez BBC, ces aller-retour dans le temps, en plus d’instaurer un climat de tension marquent un transfert constant du pouvoir entre le mari lorsqu’il était détective (le passé) et la femme qui obtient un poste prestigieux lui permettant d’aller au bout de ses objectifs d’équité (de nos jours), tandis qu’à la mi-saison, on peut affirmer qu’ils sont désormais à forces égales. Cette technique donne de la profondeur à Maya et Nick, d’autant plus que dans son cas, on est à même de compatir sur son sort, bien qu’il consente à trahir sa femme.

Inspiré de faits vécus

Undercover est bien entendu une fiction, reste que les faits et gestes de Nick font écho à un sujet qui continue de faire couler beaucoup d’encre : l’emploi d’agents doubles qui ont épousé des activistes politiques et qui sont même allés jusqu’à fonder une famille, tout en travaillant pour la London Metropolitan Police. La besogne terminée : ils se sont tout simplement volatilisés, le plus célèbre d’entre eux étant Mark Kennedy.

Du côté de Maya, il s’agit des causes qu’elle défend qui sont toujours d’actualité, qu’il s’agisse de la peine de mort toujours permise en Louisiane ou de certains dossiers, dont la discrimination qui au fil du temps ont mis dans l’embarras la police ou le gouvernement, lesquels ont essayé d’étouffer l’affaire. Mais en fouillant dans le passé, on se réconcilie en quelque sorte avec l’avenir puisque pour une des rares fois à la télévision anglaise, ce sont presque exclusivement des acteurs noirs qui occupent les premiers rôles. Un peu en retard sur les États-Unis, certes, mais bienvenu.

Le premier épisode d’Undercover a réuni 5,2 millions de téléspectateurs en direct, s’accaparant ainsi 24,1% des part de marché de la soirée et 6,33 M en incluant les enregistrements sur une période de 7 jours. De bons chiffres, certes, mais reste que The Night Manager en avait attiré un million de plus pour sa première dans la même case horaire. La semaine suivante, la série a perdu quelques plumes : 4,2 millions en auditoire pour 18,7% en parts de marché, mais remontait encore considérablement avec les enregistrements (5,45 M). Bien qu’elle se soit classée troisième derrière Home Fires et The Durrells à ITV durant la même soirée,  la fiction mérite assurément notre attention.

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