Rush Hour (2016): du « grand » CBS

Rush Hour est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la fin mars sur les ondes de CBS aux États-Unis et CityTV au Canada. L’action débute à Hong Kong alors qu’une organisation criminelle, la Kwan Dao effectue un vol important de statues antiques qu’elle a tôt fait d’embarquer dans un bateau clandestin en direction de Los Angeles. Dès lors, les deux forces policières joignent leurs talents : Jonathan Lee (Jon Foo) pour la Chine et James Carter (Justin Hires) pour les États-Unis. Par contre, les entraves viennent de leurs personnalités aux antipodes, mais comme le veut le dicton, les contraires s’attirent et le duo continuera de collaborer sur divers crimes au cours de la saison. Adaptation en série de la trilogie éponyme de la fin des années 90 mettant en vedette Jackie Chan et Chris Tucker, Rush Hour est ce qu’on pourrait qualifier de « vieille télé ». Clichés à la pelle, enquêtes bâclées au profit de séquences d’action aussi injustifiées qu’exagérées, CBS s’obstine à nous présenter constamment le même genre de séries ne contenant que d’infimes variantes. De toute façon, à ce stade, on n’est plus surpris : la chaîne s’est toujours maintenue à un niveau très bas ces dernières années en termes d’innovation.

Good cop / bad cop

Si le détective Lee a tenu à ce point à traverser l’océan pour mener l’enquête, c’est que sa propre sœur Kim (Jessica Van), anciennement policière aussi a rejoint l’ennemi et qu’il veut tout faire pour la sortir, malgré elle s’il le faut, de cette organisation. De son côté, James qui après plusieurs années de services ne s’est toujours pas habitué à suivre un certain protocole ne se retrouve plus dans les bonnes grâces de sa supérieure, la capitaine Lindsay Cole (Wendie Malick). Sa dernière chance est probablement de résoudre cette histoire de statues volées et c’est pourquoi c’est lui qui est désigné pour faire équipe avec Lee. Au final, l’enquête sera résolue avec efficacité par le duo si bien que la collaboration continue au cours des épisodes suivants : qu’il s’agisse d’une invasion à domicile en lien avec des revendeurs de drogue pour le deuxième ou encore la recherche d’un tagueur qui a été témoin d’un meurtre impliquant un criminel notoire dans le troisième.

Pour ceux qui auraient la mémoire sérielle un peu courte, un mois plus tôt l’an passé CBS nous arrivait avec Battle Creek, une comédie policière se déroulant au Michigan et qui mettait en vedette un détective brouillon, mais instinctif, très estimé de ses collègues qui devait composer avec l’arrivée d’une nouvelle recrue débarquée tout droit du FBI, sérieux, beaux comme un dieu et obéissant aux règles à la virgule près.

Rush Hour n’a rien de bien différent et emprunte les mêmes clichés concernant ses deux policiers qui « se-haïssent-travaillent-ensemble,-mais-différemment-puis-finissent-toujours-par-trouver-un-terrain-d’entente-et-à-coffrer-les-coupables ».  Du côté de James, nonchalant et habillé comme s’il allait faire son lavage, il a surtout horreur de la discipline d’autant plus que quand il n’en fait à sa tête, tout lui réussit, mais non sans quelques accrochages de départ. Sa patronne a beau lui asséner des remontrances, elle finit toujours par l’endosser de toute façon puisqu’il livre la marchandise. À l’opposé, en bon asiatique Jonathan Lee arbore une tenue soignée, est nécessairement discret, plus respectueux des règles et bien entendu privilégie les arts martiaux aux fusils lors des affrontements.  La formule des contrastes a été exploitée jusqu’à la lie, d’autant plus qu’ici on n’ajoute aucune plus-value au modèle préexistant si ce n’est que la série est une adaptation de films. Au contraire, ça lui nuit puisque Jackie Chan et Chris Tucker étaient des acteurs beaucoup plus charismatiques que le duo qui nous est présenté ici.

Enfin, Rush Hour a beau être une des seules séries américaines ayant un Asiatique campant un rôle principal, cette initiative est réduite à néant puisque ce n’est pas un personnage que l’on voit évoluer à l’écran, mais un cliché ambulant. D’ailleurs, dès le premier épisode on s’attendait à ce que quelqu’un fasse référence à Bruce Lee, ce qui est chose faite au début du deuxième; preuve que les modèles asiatiques en fiction se comptent sur les doigts de la main.

Vraiment rien d’autre à offrir?

C’est le printemps qui approche et on a l’impression que les scénaristes sont à court d’idées et Rush Hour en est le parfait exemple. On ne se badre même plus de nous offrir des enquêtes approfondies, mais de tout simplement d’orienter (à peu près n’importe comment) la trame narrative de façon à ce que le spectateur ait droit à une scène d’affrontement toutes les cinq minutes. Ainsi, tout au long des trois premiers épisodes, on a droit à une myriade de coups de feu échangés et les tireurs ont beau être à un mètre à peine de leurs cibles, ils les manquent inévitablement de façon à faire durer l’adrénaline.  Les armes sont littéralement des jouets et leur emploi est banalisé, voir glorifié; de quoi faire jubiler la NRA. Quant au détective Lee, c’est avec des cabrioles et plusieurs saltos arrières qu’il est capable de neutraliser jusqu’à vingt hommes qui tentent de l’attraper. Dans un film de 90 minutes où le public est en quête de ce genre de prouesses, passe encore, mais dans une série s’étendant sur 13 semaines, on a vite eu notre dose et ça finit par devenir franchement exagéré, un peu comme The Player cet automne à NBC qui a été rapidement annulée.

Elementary, Limitless, Blue Bloods, Hawaii 5-0 et c’est sans compter les franchises de CSI, NCIS et Criminal Minds : rien qu’à l’automne 2015, CBS nous offrait dix séries policières ou d’enquêtes entre 20 et 23 h du lundi au vendredi, ce qui équivaut à plus de 55% de sa grille en heure de grande écoute. Quant aux fictions restantes comme Supergirl par exemple, on reste dans le même schéma, c’est-à-dire du procédural avec chaque semaine sa mission. La fatigue commence indubitablement à se faire sentir chez les téléspectateurs puisque le premier épisode n’a attiré que 5,06 millions de téléspectateurs, 4,81 pour le second et 4,26 pour le troisième avec un taux chez les 18-49 ans légèrement sous la barre du 1,0. À titre de comparaison, Battle Creek avait démarré avec un auditoire d’environ 9 millions et s’était terminé à 4,71 pour un taux similaire à celui de Rush Hour et a été annulée par la chaîne après une seule saison. Il serait donc surprenant que la nouveauté de CBS ait droit à un second opus, voire même qu’elle se rende à terme du premier.

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