Houdini and Doyle (2016) : malheureusement, tout s’explique

Houdini & Doyle est une nouvelle coproduction canado-britannique de dix épisodes diffusée depuis la mi-mars sur les ondes d’ITV Encore en Angleterre et le sera dès le début mai sur Global au Canada et Fox aux États-Unis. L’action se déroule à Londres en 1900 alors que le célèbre écrivain Sir Arthur Conan Doyle (Stephen Mangan) et l’illusionniste Harry Houdini (Michael Weston) s’unissent en compagnie de la policière Adelaide Stratton (Rebecca Liddiard) dans le but de résoudre des crimes qui au départ semblent d’origine surnaturelle, mais à bien creuser et comme les tours de magie, il y a toujours un truc. On ne sait trop si c’est en raison de l’amour inconditionnel des Nord-Américains pour les séries policières formatées, mais Houdini & Doyle a beau reposer sur deux figures énigmatiques du début du siècle, leur amitié de même que leurs personnalités respectives sont sous-exploitées au profit des enquêtes qui malgré des points de départ intéressants, nous déçoivent chaque fois.

 

Des enquêtes qui tombent à plat

Bien qu’ils éprouvent de l’estime l’un pour l’autre, Houdini et Doyle n’évoluent pas dans le même milieu, mais ont le même objectif : découvrir la vérité. Cependant, chacun a sa propre manière de procéder et lorsqu’une mère supérieure est retrouvée morte dans un couvent, ils sont tous deux certains de pouvoir résoudre le meurtre et se lancent le défi. Bien entendu, le commissaire Merring (Tim McInnery) ne peut les autoriser à aller seul sur les lieux du crime et leur impose d’enquêter en compagnie de la jeune et belle Adelaide. Leur première mission prend vite un tour inattendu lorsque sœur Winnie (Adelayo Adedayo) affirme avoir été témoin du crime et elle est catégorique : la meurtrière est un fantôme. Ces énigmes pour le moins inusitées constituent le leitmotiv de la série puisque dans le second épisode, un jeune garçon de 12 ans (Samuel Joslin) tire sur Lydia (Laura Fraser), une éminente suffragette sous prétexte que c’est elle qui l’a tué… dans une autre vie. Dans l’épisode suivant, le trio enquête sur Elias Downey (Nathan Stewart-Jarrett) qui attire les foules en raison de ses supposés dons de guérisseur après qu’un sceptique soit décédé lors d’une démonstration publique.

Houdini le magicien, Doyle l’auteur des Sherlock Holmes : bien que la télévision n’ait absolument pas besoin d’une autre série policière, ses protagonistes et l’angle d’approche des enquêtes avec sa touche de surnaturel avait en effet quelque chose d’accrocheur. Houdini est le spécialiste de l’illusion et il est bien placé pour comprendre que derrière un tour de magie se cache toujours une explication rationnelle. À l’inverse, Doyle est beaucoup plus réceptif aux situations exceptionnelles auxquelles il fait face et écrivain dans l’âme, il laisse aller son imagination au maximum pour croire à ce qui lui est raconté.

Croisement entre Murdoch Mysteries et The X-Files, Houdini & Doyle se plante malheureusement par rapport à ses inspirations. À l’inverse de la série de la CBC dans laquelle on met l’accent sur les nouvelles techniques policières de la fin du XIXe siècle, on ne tire pas assez avantage de l’époque dans laquelle les protagonistes évoluent avec la nouvelle coproduction. Et mis à part une mise en contexte concernant le droit des femmes dans le second épisode, les aventures vécues par ceux-ci auraient tout aussi bien pu se dérouler dans le temps présent, d’autant plus que les dialogues ont une résonnance assez contemporaine, tout comme le fait que ce soit une femme policière qui soit chargée de les seconder.

De son côté, on ne savait jamais à quoi s’en tenir avec la série « cultissime » de Fox puisque par moments, les phénomènes surnaturels pouvaient s‘avérer bidon alors que dans d’autres circonstances, ils étaient tout simplement inexplicables. Le problème avec Houdini & Doyle est qu’il doit toujours avoir une explication logique dans la structure des épisodes et c’est là où le téléspectateur risque de décrocher tellement c’est tiré par les cheveux. Dans le premier épisode, l’apparition de fantômes serait due à une illusion d’optique : c’est qu’un métro se trouvant sous l’établissement produit des vibrations lorsqu’il passe, faisant bouger les flammes du foyer; d’où l’hallucination… Dans le second, le jeune garçon, trop solitaire, s’est persuadé en lisant un journal intime être l’homme assassiné alors que dans le troisième, l’homme n’était qu’un charlatan et ses sujets qui ont guéri, qu’il s’agisse d’aveugles, d’handicapés, etc. ne le doivent qu’à la pensée positive!

Des protagonistes décevants

Lorsqu’on amorce le premier épisode de Houdini & Doyle, on se demande à juste titre s’il s’agit vraiment du début de la série en raison d’un manque d’introduction approprié à une nouvelle série. C’est que l’auteur et l’illusionniste se connaissent déjà et l’enquête commence 5 minutes à peine après les premières images. C’est en fait symptomatique de ce qui est à venir, c’est-à-dire qu’on se concentre à majorité sur les meurtres et que par la bande, on apprend quelques détails sur eux, sans trop insister. Pourtant, c’est leurs vies tumultueuses, remplies d’aventures ainsi que leurs drames personnels qui les ont propulsés au panthéon des célébrités de l’époque et on ne prend même pas la peine d’exploiter ces aspects. Par chance, pour quiconque s’intéressant réellement à eux, il y a d’abord Houdini de History Channel qui malgré quelques défauts, nous transmettait au moins l’essentiel de l’homme : ses talents d’illusionnistes. Du côté de Sir Arthur Conan Doyle, les plus curieux pourront se référer à Arthur & George d’ITV qui sans complètement aborder l’angle biographique, nous transmettait au moins l’univers des livres de l’auteur en lien avec un fait divers s’étant réellement produit. À cet égard, la coproduction rate une belle opportunité de se différencier de ses contemporaines policières et au final, les personnages se résument à : un sceptique, un crédule et… une femme.

Bien qu’il s’agisse d’une coproduction, ce sont les Anglais qui peuvent actuellement voir la série avant les autres et le fait que la production ait décidé de diffuser les épisodes originaux sur ITV Encore nous en dit long sur sa qualité. Comme son nom l’indique, la chaîne se spécialise dans les reprises et ne possède que 0,01 % des parts de marché de l’univers télévisuel du pays. Pas une grande vitrine pour une nouveauté donc, mais il sera intéressant de suivre sa popularité auprès du public nord-américain ce printemps, beaucoup plus adepte de ces histoires procédurales.

 

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