The Ranch / Crowded (2016) : conflits générationnels

The Ranch est une nouvelle série de Netflix de 20 épisodes et la moitié d’entre eux sont disponibles sur sa plateforme depuis le début avril. L’histoire se déroule dans un ranch du Colorado chez la famille Bennett alors que le plus jeune fils, Colt (Ashton Kutcher), retourne au bercail après avoir eu une carrière de football peu fructueuse au Canada. Toujours considéré comme étant la brebis galeuse du groupe, son père Beau (Sam Elliott), lui bat froid tandis que son fils aîné Jameson (Danny Masterson) s’amuse à provoquer des étincelles entre les deux hommes. De son côté, Crowded est une nouvelle comédie de 13 épisodes diffusée depuis la mi-mars sur les ondes de NBC aux États-Unis. On se trouve ici au sein de la famille Moore alors que Mike (Patrick Warbuton) et Martina (Carrie Preston) viennent tout juste d’envoyer leurs deux filles, Shea (Miranda Cosgrove) et Stella (Mia Serafino) à l’université, mais à peine ont-ils le temps de profiter de cette « liberté » retrouvée que celles-ci décident de réintégrer le nid familial. Dès lors, la cohabitation s’amorce difficile. Dans les deux cas, ces sitcoms mettent en scène de jeunes adultes qui faute de mieux retournent vivre chez leurs parents, mais avec des gags épuisés jusqu’à la lie accompagnés de rires en boîte ainsi qu’une facture visuelle très « old school », on ne donne pas cher de leur futur.

The Ranch : bière, whisky et engueulades

Colt et Beau n’ont jamais eu une bonne relation. En fait, le père n’a jamais cru en les chances de son fils de devenir footballeur professionnel; ce qui a sûrement affecté ce dernier lorsqu’il était sur le terrain. À son retour, l’ambiance est loin d’être meilleure : Beau, taciturne et de mauvaise foi tient autant que possible Colt à l’écart des  travaux à effectuer sur le ranch, privilégiant Jameson, sans pour autant lui manifester plus d’affection. En parallèle, Colt renoue avec de vieilles connaissances, dont Abby (Elisha Cuthbert), son premier amour, qui est désormais fiancée à un autre.

La structure de The Ranch est assez simple, chaque fois qu’on entame un épisode,  on a droit à une querelle entre Beau et Colt pour finalement les voir se réconcilier à la toute fin. La maison familiale, le porche et le bar où travaille leur mère Maggie (Debra Winger) sont les principaux décors, tandis que Budweiser et Jameson sont assurément de gros commanditaires de la série puisque les protagonistes sont toujours en train de boire un coup. En bref, après seulement quelques épisodes on a l’impression d’avoir fait le tour. Plus aberrant encore est que Colt et Jameson sont dans la mi-trentaine, mais on les traite dans le scénario comme s’ils s’apprêtaient à entrer dans l’âge adulte, ce qui est un peu pathétique. Peut-être que du côté de Netflix on était si content de pouvoir réunir Kutcher et Masterson qu’on a oublié qu’ils avaient vieillis depuis leur collaboration glorieuse dans 70s Show et d’ailleurs, le personnage de Jameson est calqué sur celui de Steven dans l’ancienne série de Fox.

Enfin, on a publié récemment que Netflix allait sérieusement s’attaquer au contournement géographique perpétré par ses abonnés. C’est que la qualité et le nombre de fictions dans le catalogue du service de vidéo sur demande n’est pas le même d’un pays à l’autre, si bien que des utilisateurs cachent leur localisation pour y avoir accès. À l’avenir, Netflix a dit vouloir enrayer cette pratique qui brime les droits d’auteur en rendant à l’avenir ses fictions disponibles au monde entier, sans restriction géographique. Mais est-ce vraiment des sitcoms comme The Ranch que l’on veut offrir au reste du monde? Cet humour de rednecks qui se regarde le nombril cumule la plupart des clichés associés au Midwest américain et il importe de mentionner la pitoyable version française. La sitcom en soi enregistrée devant public est un format typiquement américain, ou à plus large échelle destinée à un public anglo-saxon. La langue, les jeux de mots et les références n’ont pas de quoi fédérer les différents pays où Netflix s’est implantée, si bien qu’à moins d’être bilingue et de regarder les épisodes en version originale, il est préférable de passer son tour.

Crowded : pas tant que ça

Non seulement Mike et Martina, en bons parents qu’ils sont font contre mauvaise fortune bon cœur lorsque leurs filles reviennent vivre chez eux, mais il faut compter en plus le père de Mike, Bob (Stacy Keach) et sa nouvelle épouse Alice (Carlease Burke) qui devaient partir s’installer en Floride, mais qui décident de faire marche arrière. Ils ne vivent pas avec eux, mais effectuent de fréquentes visites qui deviennent lassantes à la longue. Dans les trois premiers épisodes, cette cohabitation donne lieu à de nombreux échanges, notamment concernant la sexualité à l’ère du numérique et les divergences intergénérationnelles.

Finalement, « crowded » est peut-être excessif comme mot puisqu’ils ne sont que quatre dans une maison à vivre côte à côte… On a déjà vu pire. Donc, à cette prémisse qui bat de l’aile, viennent aussi s’ajouter des personnages mal définis, souvent unidimensionnels. En gros, Mike et Martina veulent être seuls pour avoir des relations sexuelles quand bon leur semble et comme de fait, leur progéniture vient toujours les déranger alors qu’ils sont sur le point de passer à l’acte. Du côté des jeunes filles, des réseaux comme MTV ou The CW, on mise beaucoup sur le concept « d’adulescent » dans lequel on exploite des jeunes au début de la vingtaine qui cherchent à se débrouiller par eux-mêmes alors qu’ils entrent à pieds joint dans le monde adulte. Avec Crowded, c’est l’inverse : Shea et Stella se situent dans cette tranche d’âge, mais à les entendre parler et les voir agir, on dirait qu’elles ont 15 ans. À la fin du premier épisode, à la recherche d’affection elles vont s’installer dans le lit de leurs parents et dans le second, Stella donne des conseils à sa jeune sœur concernant les rancards (Shea étant d’une naïveté qui frise le ridicule). Quant à Stella c’est encore pire : étudiante en théâtre, elle est évidemment rebelle et dégourdie : à un moment elle couche avec une fille et le lendemain, devant ses parents abasourdis, elle s’exclame : « It really is no big deal. Sexuality is very fluid now. People don’t adhere to specific traditional labels. » On a dû entendre ce genre de phrase concernant les jeunes une bonne centaine de fois au cours des dernières années. Pour d’autres clichés de ce genre, il n’y a qu’à poursuivre la série.

Justement, ils sont de moins en moins à le faire. Les deux premiers épisodes ont été présentés un mardi soir : le premier a attiré en direct 6,52 millions de téléspectateurs (taux de 1,7 chez les 18-49 ans) et le second, 5,06 (taux de 1,4). Puis déplacé dans sa case régulière du dimanche, on note une baisse significative à 3,75 (taux de 1,0). L’avenir des Moore est loin d’être au beau fixe. Chez Netflix, on ne sait trop à quel moment les dix autres épisodes se retrouveront sur son site, mais disons que l’engouement est déjà passé.

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