Slasher (2016) :aussi originale que son titre

Slasher est une nouvelle coproduction canado-américaine de 8 épisodes diffusée depuis le début mars aux États-Unis sur la chaîne câblée Chiller tandis que Super Channel au Canada attendra au mois d’avril pour offrir la série.  Le drame tourne autour de Sarah Bennet (Katie McGrath) qui retourne dans sa ville natale, Waterbury, près de 30 ans après qu’un homme le soir d’Halloween 1988 déguisé en sorte de bourreau et muni d’une cagoule noire ait sauvagement assassiné ses parents. Décider à faire la paix avec son passé elle et son mari Dylan (Brandon Jay McLaren) reviennent au bercail, mais voilà qu’après s’être installée dans la maison familiale, une vague de meurtres en série déferle sur la petite communauté. La police se révèle impuissante, d’autant plus que le meurtrier des parents de Sarah, Tom Winston (Patrick Garrow), est derrière les barreaux. Slasher se veut un mélange de plusieurs genres, mais comme son titre peu original l’indique, reste assez cantonné dans les clichés et ne nous offre pas beaucoup de sensations fortes. En tenant compte de toutes les improbabilités et de la longueur de la série, il est peu probable que l’on ait entre les mains un objet d’anthologie, quelles que soient les ambitions de son créateur, Aaron Martin.

Se mettre délibérément dans le trouble

C’est donc en retournant vivre dans la maison ou son père s’est fait transpercer le sternum par un couteau de boucher et que sa même s’est fait éventrer (elle était enceinte) que Sarah juge bon de tourner la page. Dans un premier temps, elle se rend à la prison ou est enfermé Tom, mais celui-ci reste muet sur les motifs qui l’on conduit à ce double homicide. Pendant ce temps, Dylan se trouve un emploi de journaliste pour un quotidien local et il n’a pas de quoi chômer avec les meurtres qui surviennent. Il s’agit d’abord de leur voisine Verna McBride (Mary Walsh) retrouvée dans son lit démembrée, puis d’une connaissance, Justin Faysal (Mark Ghanimé) qui a ingéré à son insu du poison à rats et au troisième épisode, c’est Brenda (Wendy Crewson), la grand-mère de Sarah qui est retrouvée au fond de l’eau, les pieds attachés à un bloc de ciment. La police avançant à pas de tortue, la protagoniste décide de mener sa propre enquête et retourne voir Tom afin qu’il l’aide à comprendre la mentalité du nouveau tueur en série. De ce qu’ils peuvent en conclure, les meurtres sont associés à des pêchés capitaux, lesquels étant associé à un geste répréhensible commis par chacune des victimes.

S’il est si difficile d’adhérer pleinement à la prémisse de Slasher, c’est que dès le point de départ de l’intrigue, on nous présente des mises en situation tirées par les cheveux. Si on passe par-dessus le fait que Sarah soit assez sereine envers elle-même pour revenir vivre dans la maison familiale, on lance un long soupir lorsqu’on voit sa photo à la une du quotidien ou travaillera Dylan, avec cette manchette ridicule :« Executionner’s youngest victim returns ». Puis, c’est toute sa relation avec Tom qui fait peu de sens. La première fois qu’elle le rencontre, sa fébrilité et sa nervosité sont de bon ton, mais le fait qu’il soit peu enclin à revenir sur la nuit du meurtre aurait dû décourager à jamais la jeune femme de rencontrer un tel être et pourtant, après le premier meurtre, elle retourne le voir comme si de rien n’était et après quelques scènes similaires au cours des épisodes suivants, ils ont presque l’air de deux amis se comportant en détectives amateurs et c’est tout juste si elle ne le remercie pas de ces conseils…

En voilà au moins une qui s’intéresse au phénomène, à l’inverse de la police locale et de son chef, l’incompétent Iain Vaughn (Dean McDermott), qui malgré les meurtres sordides et le témoignage de plusieurs témoins ayant vu un homme arborant le même déguisement qu’en 1988, se refuse pour le moment à parler de phénomène étrange, tout en tentant de convaincre les journalistes qu’il ne s’agit que de crimes isolés. Reste quelques petits détails ici et là qu’on s’explique mal, comme le fait que Sarah soit une aficionado de films d’horreur, particulièrement les slashers et que son premier réflexe après que le meurtrier se mette à la poursuivre dans sa propre maison, soit qu’elle se cache dans une penderie… Et lorsqu’elle tente de (finalement) fuir la ville avec sa grand-mère Brenda, quelqu’un leur fait faire une sortie de route et ces deux femmes, au lieu de rester près de la civilisation pour aller chercher de l’aide s’enfoncent dans la forêt, se perdent et pire encore, se séparent; on connaît le prévisible dénouement.

« Des inspirations diverses »

En entrevue, Aaron Martin a affirmé vouloir raconter une histoire d’épouvante moderne en s’inspirant de ce qui s’est fait de mieux dans l’industrie, soit, une enquête bien fignolée avec des indices à la fois subtils et irréfutables comme dans les romans d’Agatha Christie, une résolution aussi solide que dans Broadchurch et finalement, tout l’univers des films « slashers » pour les affamés d’hémoglobines à l’écran. Le créateur a beau avoir les meilleures intentions du monde, Slasher souffre dans un premier temps de sa comparaison avec la récente adaptation de And Then There Were None dans laquelle les protagonistes étaient tués pour leurs meurtres passés. Ici aussi, les victimes sont punies pour des crimes qu’ils ont commis, mais à l’inverse de la série de BBC qui réussissait à nous transmettre cette tension grâce notamment au huis clos dans lequel étaient confinés les protagonistes,  ceux de la coproduction canado-américaine évoluent en toute liberté et on ne met pas assez l’accent sur leur machiavélisme, si bien que leur mort nous importe peu. Quant à la profondeur de l’intrigue, elle est fatalement condamnée à laisser sa place aux codes du slasher ou la morbidité des meurtres l’emporte sur la profondeur des personnages et la subtilité des indices.

Avec la multiplicité des séries, le film Scream a déjà eu droit à son adaptation sérielle à l’été 2015 du côté de MTV tandis qu’à l’automne de la même année, Fox y allait dans le même genre avec Scream Queens. Contrairement à Slasher, elles ne se prenaient pas au sérieux, mais l’inconvénient qu’elles partagent toutes est leur durée : 10 épisodes pour la série de MTV, 13 pour celle de Fox et 8 pour celle de Chiller/ Super Channel. Pourtant, le scénario reste le même que dans les films du genre, soit, un tueur en série qui déguisé commet d’atroces crimes et dont l’identité est révélée à la toute fin. 8 heures ou plus, c’est très très long pour découvrir le tueur si bien qu’à part les mordus du genre, on doute qu’une large audience soit assez patiente pour se rendre jusqu’à la fin.

Justement, les deux premiers épisodes de Slasher présentés le même soir on attiré respectivement 120 000 et 110 000 téléspectateurs en direct avec un taux de 0,4 sur les 18-49 ans. Puis, la semaine suivante, la série avait égaré presque la moitié de son auditoire et il n’en restait plus que 67 000; un chiffre qui est demeuré similaire pour l’épisode suivant. Aaron Martin avait dans l’idée de créer plusieurs saisons de Slasher avec les mêmes acteurs, mais dans des rôles différents (tout comme American Crime); pour le moment, on doute de la pérennité du projet.

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