Doctor Thorne (2016): la misère des riches

Doctor Thorne est une nouvelle minisérie de 3 épisodes qui a été diffusée sur les ondes d’ITV en Angleterre du 6 au 20 mars, en plus d’être toujours disponible sur le site de la chaîne. L’action se déroule au milieu du XIXe siècle dans le village fictif de Barsetshire où s’entremêlent les affaires politiques, matrimoniales, et successorales tournant autour de trois principales familles : les Thorne, les Greshams et les Scatcherds. Adaptation du roman éponyme d’Anthony Trollope avec comme producteur exécutif et scénariste Julian Fellowes qui a récemment fait ses adieux à Dowton Abbey, Doctor Thorne aborde habilement une certaine réalité de l’ère victorienne, tout en marquant son penchant pour le conte. Bien que le déroulement de l’intrigue principale soit prévisible et qu’on aurait préféré un peu plus d’éléments dramatiques, on ne s’ennuie pas en regardant la série et il y aurait peut-être matière à inspiration du côté des rendez-vous dominicaux d’ITV après avoir perdu son principal colosse.

Un conte victorien

Doctor Thorne s’ouvre sur une dispute alors que le jeune Roger Scatchers (Ian McShane) pousse Mr Thorne (Tim Wallers) et le tue involontairement après avoir appris que ce dernier a « déshonoré » sa sœur. Plusieurs années plus tard, les intrigues tournent autour de son frère Thomas (Tom Hollander), un réputé apothicaire dont la nièce, Mary (Stephanie Martini) ne cesse de faire battre les cœurs, en particulier celui de Frank Gresham (Harry Richardson). Celui-ci voudrait bien la demander en mariage, mais il se heurte au refus de sa mère Lady Arabella (Rebecca Front) et de sa tante Lady de Courcy (Phoebe Nicholls) qui ne veulent rien entendre de cette union avec une jeune femme charmante, certes, mais sans le sou. C’est que les Gresham sont ruinés et que les parents de Frank font tout pour qu’il épouse Miss Dunstable (Allison Brie), une jeune et richissime Américaine qui n’est pas dupe de toutes ces manigances. Entre-temps, Roger Scatchers qui a été fait baronet est sur son lit de mort, conséquence de son penchant avéré pour l’alcool. Avant de mourir, il confie au Dr Thorne que sa sœur, avant d’aller vivre en Australie a donné naissance à un enfant qu’il n’a jamais connu et que c’est celui-ci qui hériterait de toute sa fortune si son propre fils Louis Philippe (Edward Franklin), qui a le même amour du whisky, venait à mourir sans héritier. Or, il s’avère que cet enfant n’est nulle autre que Mary, laquelle n’en sait rien, bien entendu.

Dès les premiers plans de Doctor Thorne, on est rapidement ébloui par la mise en scène qui nous est proposée. Les couleurs lumineuses jaillissent à l’écran, qu’il s’agisse de paysages, des tenues de ces demoiselles ou encore des multiples fleurs qui viennent cacher presque entièrement la chevelure de celles-ci. À ce mode de vie idyllique qui nous est présenté dans la demeure des Gresham par exemple, nous avons en périphérie des petits villages coquets à souhait et d’un hygiénisme anormalement hors pair lorsqu’on pense aux conditions de vie peu enviables de la classe roturière de la moitié du XIXe siècle. Si ici le réalisme n’est pas vraiment au rendez-vous, au point de vue de la mise en scène, c’est parfaitement justifié. Par exemple, chaque fois que l’on voit Frank et Mary en tête à tête, c’est toujours au sein dans cette ambiance chaleureuse alors qu’à l’inverse, lorsqu’il est question de Sir Roger Scatcherds ou de son fils Louis Philippe, on est toujours à l’intérieur de leur château et il fait constamment sombre; une simple lumière pénétrant à travers les épaisses tentures rouges, ce qui est à l’image de l’âme de ces deux protagonistes.

Dès lors, on tombe davantage dans l’image du conte : Mary est en quelque sorte une Cendrillon, jugée peu digne d’épouser son prince (Frank), lequel n’en a cure. Il va littéralement lui rendre visite sur son cheval blanc et leur amour est pur puisque jamais ils ne se laissent tenter par autrui. À l’opposé, nous avons Louis Philippe, ce prince noir, lui aussi amoureux de Mary et tellement jaloux de Frank qu’il cherchera à ruiner sa famille davantage.

Évidemment, on comprend rapidement que l’univers qui nous est présenté est loin de ressembler à celui de Downton Abbey. Bien que fiction, elle reflétait néanmoins les habitudes de vie des grands seigneurs en campagne et leurs relations avec les domestiques. Avec Doctor Thorne, si on se rapproche davantage du romanesque, reste qu’on aborde plusieurs points intéressants de la société victorienne, soit la politique, l’industrialisation de la société et l’ascension sociale des bourgeois qu’elle engendre, aux dépens en partie d’une classe noble enracinée dans ses propriétés foncières, mais qui a de plus en plus de difficultés à « tenir son rang ». Enfin, c’est toute la période romantique qui s’achève ici, où raisons et sentiments forment le leitmotiv de la série.

Le « Period Drama »

C’est à la fin de 2015 que les téléspectateurs ont dû dire adieu définitivement à tous les membres de la famille Crawley de Downton Abbey; une série qui a rayonné partout dans le monde et qui en six saisons nous a rarement déçus. L’intérêt des Anglais pour les drames d’époque ne se dément pas. Outre les fictions à saveur policière ou fantastique (The Frankenstein Chronicles, Arthur & George, Jekyll and Hyde), reste ces drames s’adressant à une clientèle en général plus féminine et qui mettent davantage l’accent sur les sentiments comme The Paradise, Jericho ou Poldark.  La nouveauté d’ITV entre dans cette même lignée et dans ce cas-ci, elle a pour avantage sa brièveté. C’est que dès le début, on se doute où l’histoire veut nous amener et on aurait peut-être aimé davantage de revirements dramatiques, mais en même temps, la série ne durait que trois épisodes et on éprouve malgré tout un sentiment de satiété lors de la finale parce qu’on n’a pas étiré l’élastique inutilement. Doctor Thorne est le troisième de six romans de la série The Chronicles of Baretshire écrits par Anthony Trollope et ITV aurait tout intérêt à poursuivre l’aventure en nous faisant connaître d’autres personnages et intrigues, mais tout en restant dans cet univers à la fois familier et apprécié du public. Du coup, la chaîne n’aurait pas besoin de trop se creuser les méninges pour remplir sa grille, d’autant plus que Trollope a écrit une quarantaine de romans.

Évidemment, reste la question des cotes d’écoute : 4,64 millions de téléspectateurs ont suivi en direct le premier épisode et la semaine suivante, 3,52 millions étaient toujours au rendez-vous; un chiffre similaire pour la finale. Durant cette période,  Doctor Thorne s’est toujours située au 14e rang au sein des émissions les plus populaires d’ITV. Y-a-t-il un avenir pour poursuivre dans le même univers? Jericho en janvier a débuté avec des chiffres légèrement plus bas et là non plus, on ne sait si la chaîne lui accordera une seconde saison. À suivre.

 

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