Damien (2016): un diable qui s’ignore

Damien est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis le début mars sur les ondes d’A&E aux États-Unis et au Canada. Le titre fait référence au personnage principal (Bradley James), un photographe qui se trouve en mission à Damas en Syrie pour prendre des clichés de la population victime de la guerre. Au milieu de tout ce brouhaha, une vieille femme approche Damien et en le touchant, lui dit « I love you. It’s all for you » et tout à coup, une foule de souvenirs assez macabres rejaillissent ; c’est qu’une espèce de force démoniaque plane au-dessus de sa tête et au fil des épisodes, il renoue avec son passé et il découvre qu’il n’est nul autre que l’Antéchrist annoncé dans le Livre de la révélation. Sera-t-il en mesure de lutter contre ses instincts ou alors embrassera-t-il sa destinée? Séquel du film de Richard Donner The Omen (1976), Damien, mis à part quelques moments d’effrois, ne parvient pas à instaurer un climat propice à la prémisse proposée. Le problème est qu’on ne semble pas savoir comment passer de la théorie à l’action et c’est en partie dû au personnage principal, beaucoup trop passif pour nous offrir les rebondissements espérés.

 

Un point de vue ambigu

Après avoir été touché par la vieille dame, Damien rencontre par hasard Kelly Baptiste (Tiffany Hines), une ancienne petite amie qui le connaît mieux que quiconque et lui fait part de toutes ces visions qu’il a eues et de retour aux États-Unis, ils se mettent à enquêter sur son passé. Dans un premier temps, un spécialiste en théologie lui dit tout bonnement qu’il est l’Antéchrist et comme il vient tout juste d’avoir 30 ans, ses pouvoirs maléfiques vont commencer à se déployer. Puis Damien croise à nouveau la vieille dame qui lui arrache quelques cheveux, révélant ainsi sur son crâne les chiffres 666; la marque du diable. Enfin, c’est Ann Rutledge (Barbara Hershey) qui l’a connu dans son enfance qui lui révèle le triste sort qu’on connut ses parents et que l’on peut voir dans le film original (sa mère est morte suite à un accident causé par lui, de même que son père après avoir découvert la vérité sur lui). Pourtant, Ann ne le craint pas, au contraire, elle l’idolâtre et souhaite le guider dans son destin. Entre-temps, les ennemis de Damien cherchent à le tuer, mais ce sont toujours eux qui périssent dans d’atroces conditions, y compris Kelly.

Le problème avec la nouveauté d’A&E est qu’on retourne à la case départ, la même que dans le synopsis de The Omen. Damien a tout oublié de son passé et comme dans le film, des morts suspectes surviennent dans son entourage et l’enquête recommence, y compris par le principal intéressé. Si le protagoniste a été élevé par des gens qui savaient tout de lui et qui souhaitaient qu’il épouse son destin, pourquoi ne l’a-t-on pas mis au courant plus tôt? Ici, on tente de nous offrir plusieurs explications, mais peu crédibles cependant.

 

Au fil des épisodes, le téléspectateur a de plus en plus de difficulté à saisir le personnage principal en raison de son attitude passive. C’est involontairement qu’il recommence à causer toutes ces morts, mais il ne tente pas non plus d’échapper à sa destinée, coûte que coûte. Cette ambigüité dans le scénario fait qu’au final, on ne sait pas pour qui prendre parti : les gens qui tentent de l’assassiner ou le principal intéressé qui ne sait même pas ce qu’il veut? Entre-temps, on allonge l’intrigue avec une enquête menée par la police et quelques-uns de ses proches alors qu’on connaît déjà les tenants et aboutissants.

La force dans The Omen était que le spectateur en venait à désirer la mort d’un bambin au même titre qu’il souhaitait que Rosemary fasse une fausse-couche dans Rosemary’s Baby (1967) de Roman Polanski.  Dans les deux cas, il s’agissait d’un diable en devenir, ce qui laissait la part belle à l’imagination puisque la menace d’un ordre satanique est plus effrayante que si elle se concrétise. Deux séries ont dernièrement essayé d’exploiter ce filon, mais sans grand succès. La première, Midwinter of the Spirits d’ITV n’innovait en rien en reproduisait ce même schéma, soit, arrêter le diable avant qu’il ne prenne possession de ses pleins pouvoirs. La deuxième est Lucifer de Fox dans laquelle le diable a décidé de quitter l’enfer pour aller s’installer à Los Angeles et y ouvrir un bar. Loin de pousser le concept un peu plus loin, le protagoniste finit pas assister la police dans des affaires de meurtre. Donc, le diable (adulte) sur terre, ça donnerait quoi concrètement? Il semble qu’aucune production n’ait réussi à répondre à cette question sans tomber dans le ridicule et dans le cas de Damien n’a pas l’impression de savoir ou les scénaristes s’en vont.

Du préquel au séquel

À l’hiver 2013, A&E s’est taillée une place dans l’univers sériel lorsqu’elle nous est arrivée avec Bates Motel; un préquel de Psycho (1960) d’Hitchcock qui nous ramenait dans l’adolescence de Norman Bates avant qu’il ne devienne psychopathe. Certaines décisions de la production, comme le fait que l’action se déroule dans le présent alors que ç’aurait dû avoir lieu dans les années 40-50, nous laissaient plus que dubitatifs, mais on a néanmoins réussi à exploiter l’essentiel à merveille: c’est-à-dire la lente descente aux enfers du protagoniste, la symbiose malsaine avec sa mère et une atmosphère à couper au couteau… littéralement. Avec Damien (présentée tout de suite après les lundis soir), on essaie d’emprunter le chemin inverse, mais sans succès. En plus d’avoir un personnage principal assez faible, on n’arrive pas à reconstruire la même ambiance terrifiante que l’on retrouvait dans l’original. Certes, on a droit à des morts sanglantes en tout genre et ces moments de tensions sont assez graphiques par moments, mais des séries comme The Strain ou Penny Dreadful sont beaucoup plus efficaces dans l’exercice. Qui plus est, dans le cas qui nous intéresse, ces scènes horrifiques sont noyées dans des explications à n’en plus finir si qui viennent tuer le momentum chaque fois.

Le premier épisode de Damien a attiré 753 000 téléspectateurs en direct avec un maigre taux de 0,3 chez les 18-49 ans. La semaine suivante, ils n’étaient plus que 535 000 au rendez-vous avec un taux de 0,21, puis 515 000 (taux de 0,2) pour le troisième épisode. Considérant que The Rerturned  l’an dernier sur la même chaîne n’a pas été renouvelée après avoir fédéré en moyenne 1 million par épisode, il y a peu de chances que ce soit le cas pour celle-ci.

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