Of Kings and Prophets (2016): l’annus horribilis d’ABC

Of Kings and Prophets est une nouvelle série qui a été diffusée dès le début mars sur les ondes d’ABC aux États-Unis et CTV au Canada. En effet, devant au départ compter au moins 13 épisodes, elle a finalement été annulée après deux seulement. L’histoire (qui sera peut-être diffusée dans son entièreté à l’été ou disponible sur demande)  nous ramène 1 000 ans av. J.-C. alors que Saul (Ray Winstone), le roi des Israélites est empêtré dans une guerre à n’en plus finir contre les Philistins. Cherchant désespérément des alliances autant militaires que conjugales pour renforcer son pouvoir, la vraie menace provient des conseils « spirituels » de son très respecté prophète Samuel (Mohammad Bakri) qui vont à contre-courant des intérêts de sa famille. Et en coulisse, voilà qu’un simple berger, David (Olly Rix), pourrait venir bouleverser l’ordre établi. Deuxième série de la saison 2015-16 pour ABC à être annulée hâtivement, il faudra d’abord et avant tout que la chaîne arrête de compétitionner, en vain, les productions du câble. La seule bonne nouvelle dans tout ça est que les adaptations à saveur religieuses sont, on l’espère, définitivement mises au rancart.

« Du sexe et de la violence »

Afin de contrer l’invasion des troupes philistines, le roi Saul n’a d’autre choix que de rechercher des alliances, c’est pourquoi le mariage de sa fille aînée Merav (Jeanine Mason) avec Mattiyahu (Matt Whelan), le fils du roi de Judah (David Butler) à la tête d’une tribu israélienne revêt toute son importance. Alors qu’un combat est imminent,  Samuel vient y ajouter son grain de sel et demande au nom de Dieu qu’on combatte d’abord les Amalekites, ce à quoi Saul ne peut se résigner. Mais il apprend bien vite que quiconque est contre le prophète s’aliène pour ainsi dire la population si bien que rapidement, son trône vacille. Entre temps, David doit se rendre au palais pour régler ses dettes après qu’un lion ait tué tout son troupeau. Au lieu des coups de fouet prévus, la reine Ahinoam passe un accord avec le berger : la mort de la dangereuse bête en échange de l’argent qu’il doit. Très habile avec son lance-pierre, il ne fait qu’une bouchée du mammifère et dès lors, les portes du pouvoir s’ouvrent à lui et il devient harpiste à la cour. Seule sa musique pouvant apaiser Saul, il gagne rapidement sa confiance et il ne demeure pas indifférent aux charmes de sa plus jeune fille Michal (Maisie Richardson-Sellers). À la suite d’un différend avec le roi, il quitte le palais, mais est rapidement repéré par Samuel qui voit en lui le prochain roi qu’il s’empresse d’oindre.

Voilà, on n’en saura probablement pas davantage concernant  Of Kings and Prophets. C’est qu’il y a un monde entre l’adaptation du Livre de Samuel sur lequel l’histoire est basée et le résultat final qui est arrivé sur nos écrans et on peut sans aucun doute porter le blâme sur les intentions de la production. La Bible et ses multiples récits ont traversé les âges en raison de leur message universel de sagesse et de paix; non pour les aventures rocambolesques vécues par les protagonistes. Le fonctionnement de la télévision américaine, celle des networks particulièrement repose sur les profits et il n’y a rien de pire qu’une histoire moralisatrice pour faire fuir les téléspectateurs. Pour contrecarrer cet exode, les scénaristes Adam Cooper et Bill Collage ont dit en entrevue vouloir miser sur le sexe et la violence qui apparemment abondent dans l’Ancien Testament. ABC étant une chaîne généraliste, la tentative était vouée à l’échec dès le départ. En effet, comment serait-ce possible de pousser les limites alors que l’écran passe au noir lorsque par exemple on prononce un simple « bullshit! » dans American Crime? Pensons aussi à Mistresses qui à l’été 2013 nous offrait des scènes à saveurs sexuelles d’une pudibonderie éhontée avec des protagonistes à peine déshabillés. Reste la violence qui elle, devient plus graphique avec les années (pensons à Gotham à Fox par exemple présentée à 20 h un soir de semaine), mais après deux épisodes, on en a peu vu et de toute façon, avec les codes de censure implicites définissant les networks, ABC croyait-elle vraiment être capable de rivaliser avec une production comme Game of Thrones? Définir sa série par le subversif sans bonne histoire de départ est vain et c’est en ce sens qu’on peut, en partie, s’expliquer l’annulation de la série.

Fini le « spirituel » : Amen.

À l’hiver 2013, tous les regards étaient tournés vers History Channel aux États-Unis alors qu’à la surprise de tous, sa série limitée The Bible portant sur la vie de Jésus rassemblait en moyenne 10 millions de téléspectateurs par épisodes. C’est CBS qui en premier voit là une façon de récolter un important auditoire et présente au printemps 2015 The Dovekeepers, une minisérie de deux épisodes portant sur des juifs expulsés de Jérusalem en l’an 70 avant Jésus-Christ et inspirée du roman historique d’Alice Hoffman. 9 millions de téléspectateurs sont au rendez-vous pour le premier épisode et 6,4 seulement pour le deuxième. Dans la même période, c’est au tour de NBC de vouloir prolonger ce succès et la chaîne nous arrive avec A.D. The Bible Continues. Reprenant le même casting que la production de History, on s’intéresse à la vie des protagonistes passé la crucifixion. Si le premier épisode attire 9,7 millions d’âmes, la finale qui n’en rassemble plus que 3,6 scelle définitivement le sort de la série. Et voilà qu’en retard sur tout le monde, c’est au tour d’ABC avec Of Kings and Prophets.  Les résultats sont sans appel : 3,33 millions en auditoire avec un taux de 0,8 chez les 18-49 ans  pour le pilote et 2,42 la semaine suivante (taux de 0,5). À sa défense, on a vu bien pire chez les grands networks et cette annulation est tout de même triste au point de vue humain puisque ABC croyait vraiment en son produit : prévue initialement pour 2015, on a modifié la plupart des arcs narratifs et même changé des membres du casting… tout ça pour deux diffusions.

American Crime, Galavant, Blood & Oil, Quantico, The Real O’Neals, Wicked City; toutes ces nouveautés plus ou moins récentes ont été (ou sont) boudées par un large public. Peu importe leur qualité, ces échecs d’écoute ont eu raison de la vision de Paul Lee, le président d’ABC Entertainment Group qui était en poste depuis 2010 et qui a démissionné en février 2016. C’est qu’à l’automne 2015, l’audience générale d’ABC a chuté de 13 % et de 14 % chez les 18-49 ans; la chaîne se trouvant désormais en queue de peloton parmi les networks. C’est désormais Channing Dungey qui a pris le relais de la direction, mais qui sait combien de temps durera encore ce chemin de croix?

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