Stag (2016) : les 8 petits cons

Stag est une nouvelle série de trois épisodes qui a été diffusée du 27 février au 12 mars sur les ondes de BBC Two, mais qui est encore disponible pour rattrapage sur iPlayer. Traduit en français, « stag » veut dire deux choses : accolé au mot « party », on parle d’un enterrement de vie de garçon et c’est justement ce qui se passe alors que le personnage principal, Ian (Jim Howick), se rend dans les Highlands en Écosse pour faire la connaissance de Johnners (Stephen Campbell Moore), le nouveau fiancé de sa sœur et fêter en grand avec six de ses amis: Ledge (JJ Feild), Cosmo (Rufus Jones), Mex (Amit Shah), Wendy (Reece Shearsmith), Neils (Pilou Asbaek) et Aitken (Tim Key). Mais stag veut aussi dire cerf et c’est justement le plan du groupe pour la fin de semaine : s’isoler dans les bois pour chasser. Le problème est que ce sont eux qui rapidement deviennent les cibles… Création de Jim Field et de Geroge Kay qui nous ont délecté avec The Wrong Mans, on retrouve avec Stag le même genre d’hommes qui soudainement se retrouvent embourbés dans une aventure infernale. Malgré un départ plus ou moins convaincant, les deux épisodes suivants forment un vrai crescendo qui nous glace le sang autant qu’il se répand à l’écran et en fin de compte, on a droit à un des meilleurs thrillers de l’hiver côté séries.

Une obligation de donner la chance au coureur

Dès le départ, on se doit de partager le point de vue d’Ian lorsqu’il fait la connaissance de cette bande: déplaisants, intimidants; c’est de loin un des pires comités d’accueil qu’on ait pu voir à la télévision. Lorsque vient le temps de partir à la chasse, ils le laissent seul, sans un mot… et avec l’addition. C’est tout juste s’il a le temps de les rejoindre lorsque leur convoi est sur son départ. Si Ian décide de les suivre malgré leur antipathie, c’est que sa sœur qu’il a eu au téléphone quelques heures plus tôt lui a fait promettre de veiller à ce que Johnners revienne indemne de cette aventure, bien consciente des conséquences d’un enterrement de vie de garçon trop arrosé. Une fois au campement, l’harmonie n’est toujours pas au beau fixe, pas seulement avec Ian, mais aussi au sein du groupe. Puis, venant de nulle part, un harpon transperce le corps d’Aitken et c’est la débandade. Complètement isolés du monde civilisé, ils cherchent par tous les moyens de s’échapper, mais telles des bêtes traquées, ils n’ont rien pour se défendre, d’autant plus que leurs cellules sont quelquefois abruties par l’alcool. Mais qui leur en veut à ce point? S’agit-il d’un complot à l’intérieur du groupe ou d’un fou à lier dont la région semble regorger?

Il est difficile au départ d’adhérer à Stag parce qu’on ne croit pas à l’histoire qui nous est présentée. Les protagonistes sont si acerbes entre eux que l’idée même d’un enterrement de vie de garçon fait peu de sens. Si personne ne s’amuse, à quoi bon? Puis, survient le premier meurtre devant tout le groupe : quelques plans plus tard on est le lendemain matin (comment ont-ils pu dormir??) alors qu’ils essaient de retourner à la civilisation, mais leur nonchalance dans de telles circonstances ne nous convianc pas du tout. Le même petit jeu se répète pour les deux prochains meurtres et on essaie d’exploiter cette situation macabre avec un humour noir qui peine à faire décoller.

C’est au deuxième épisode que les choses commencent à se mettre en place. Les personnages gagnent en profondeur, on comprend mieux pourquoi ils sont soudés et enfin ils commencent à mesurer l’ampleur de la situation. Dès lors, on a droit à un parfait croisement entre Mad Dogs et And Then There Were None.  En effet, une amitié à géométrie très variable caractérise la bande et les scènes d’un humour très noir, mélangées à des mises en situation qui nous laissent sans voix nous rappellent la série d’Amazon, tandis que la similarité avec la série de BBC One est l’isolement, le ton macabre et l’obsession de comprendre la raison de ces meurtres en série. Mieux encore, lorsque Stag se termine, le téléspectateur a l’impression que de s’être fait mener en bateau pour n’avoir pas su voir les indices qui en fin de compte se sont révélés d’une cohérence et d’une habileté scénaristique hors pair. Et s’il nous est difficile d’identifier le ou les personnages impliqués dans cette boucherie, c’est que selon Jim Field, la production a tout fait pour cacher aux acteurs la résolution finale de l’intrigue si bien que la grande majorité d’entre eux ignoraient au même titre que nous ce qui se tramait!

 Qui va à la chasse…

Si on a l’impression que Stag frôle l’horreur par moments, c’est en partie en raison d’une violence assez graphique, mais pas du tout gratuite puisqu’elle est entièrement justifiée par le scénario que la mise en scène vient corroborer. Il y a d’abord la trame sonore qui dans ses tons graves s’allie parfaitement avec les éclairs et la pluie qui ne cessent d’asséner les protagonistes. La nuit, ce sont les couleurs de noir et de vert foncé qui dominent alors qu’en plein jour, malgré le soleil, on a droit à des teintes drabes, à l’image d’une technique courante au temps des films muets.

stag

C’est ensuite en concordance avec le thème de la bestialité que Stag nous offre ses meilleurs moments et comme par hasard, du début à la fin de la série, Johnners porte fièrement ce ridicule costume de cerf en peluche rose. Comme mentionné plus haut, ces hommes sont littéralement des bêtes sans défense et outre le fusil de chasse, ce sont des armes assez élémentaires qui sont utilisées pour « faire  la peau » de chacun d’eux, ou du moins le tenter.  Aussi, à quelques reprises pour survivre, Ian et les autres n’ont d’autres choix que de s’adonner à la chasse et les gros plans de ces bêtes qu’il faut dépecer et ensuite cuire sont nombreux, à l’image de ce qui les attend; l’œuvre d’un chasseur peu scrupuleux. La (jouissive) finale va aussi dans ce sens; reste à savoir si c’est la proie ou le chasseur qui sera le plus malin.

Le premier épisode de Stag a rassemblé 1,68 million de téléspectateurs et s’est ainsi classé au 12e rang de la chaîne dans la semaine du 22 février tandis que la semaine suivante, elle briguait désormais le 16e rang avec 1,29 million de fidèles toujours au rendez-vous. Diffusée les samedis soirs, c’est nettement moins que The Wrong Mans qui en 2013 en avait rassemblé 4,5 millions pour sa première, un vendredi soir.  Reste que le duo Field-Kay est à surveiller, parce qu’il n’a manifestement pas finit de nous surprendre.

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