Outsiders (2016): mauvaise cible

Outsiders est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la fin janvier sur les ondes de WGN America aux États-Unis. L’action se déroule dans la ville fictive de Blackburg au Kentucky et le titre réfère au clan des Farrell qui forme une véritable petite communauté vivant isolée depuis plusieurs générations dans les Appalaches. Le problème est que leur terre est riche en charbon et qu’une entreprise d’électricité a récemment reçu le feu vert de la ville pour aller entamer l’extraction du minerai. Le clan, qui doit gérer plusieurs tensions à l’interne fait cependant front commun dans cette cause et n’a pas l’intention de se laisser délocaliser, tandis que les citoyens demeurent divisés sur la question. Troisième série originale de WGN, Outsider a un certain attrait, notamment pour le déroulement de ses intrigues qui ne font pas dans la dentelle, mais qui au moins livrent la marchandise… à condition de faire fi de plusieurs incongruités. Sinon, la métaphore que l’on voulait associer à ce groupe a peut-être dépassé les intentions de la production, et pas dans le bon sens.

La guerre est déclarée

Jusqu’ici, il existait une certaine complicité tacite entre Blackburg et les Farrell : chacun se mêle de ses affaires et tout ira bien. Le problème est que le chômage a atteint des sommets au sein de la communauté et que la compagnie minière a assez d’argent et d’appuis politiques pour aller de l’avant avec son projet d’extraction et de délocalisation. Chez les Farrell, on ne veut pas se laisser marcher sur les pieds, mais Lady Ray (Phyllis Sommerville), la leader de la communauté appelé « Bren’in », est presque sur son lit de mort et a de moins en moins d’énergie pour se battre. Normalement, elle aurait du tout de go désigné son fils, Big Foster (David Morse) pour lui succéder, mais peu fiable et très souvent en état d’ivresse, elle hésite d’autant plus qu’un de ses neveux, Asa (Joe Anderson) est de retour au bercail. Lady Ray a l’intime conviction qu’il devrait lui succéder, mais celui-ci est ostracisé pour avoir quitté le clan durant plus de dix ans. En effet, lorsqu’on quitte les Farrell, c’est le déshonneur et le rachat pour cet affront est très long. Asa reprendra du galon par contre après avoir remporté un duel contre le fils de Big Foster… Little Foster (Ryan Hurst). En plus, des flammèches sont à prévoir puisqu’Asa est amoureux de sa fiancée G’Win (Gillian Alexy).

Encore novice en fictions originales, on a l’impression que WGN cherche encore sa griffe si bien qu’on n’avait pas d’attentes avant d’entreprendre Oustiders, d’autant plus que la bande-annonce misant sur le chaos nous laissait plus que dubitatifs. Pourtant, dans sa généralité, l’intrigue fonctionne assez bien. Les personnages, sans être trop typés sont bien définis et jusque dans une certaine mesure, on croit à cette communauté vivant isolément de la « civilisation ».

 

Par contre, certains éléments du scénario nous font lever plus d’une fois les yeux au ciel. Les Farrell ne veulent rien savoir de la modernité, sont autosuffisants, privilégient le troc et avec un pareil mode de vie, on aurait tendance à croire qu’ils vivent en symbiose avec la nature, mais pourtant ils se déplacent dans ces horribles VTT (la scène du supermarché dans le pilote est ridicule), ce qui leur donnent plutôt l’air de motards des Hells. Au moins, ce véhicule est utilisé de façon judicieuse lors du second épisode lorsqu’Asa et Little Foster doivent s’affronter en duel. Ils ont chacun une lance et assis sur leurs motorisés, le gagnant est celui qui aura fait tomber l’autre au sol. Clin d’œil à la chevalerie? Assurément.

En même temps, avec ces complots et une certaine cruauté chez certains, on se croirait dans une reconstitution de Game of Thrones, mais en miniature…et franchement, il nous faudrait plus d’un point de vue puisqu’après trois épisodes, on entend trop peu celui des citoyens de Blackburg, ce qui rend la fiction trop centrée sur un seul sujet et donc inégale. Tout ce que l’on sait jusqu’à présent, c’est que la compagnie a bien l’intention d’aller de l’avant avec son projet, mais aucun plan n’a été mis en scène : on s’attend simplement à ce que les policiers (ils sont 4) disent au clan de partir et que celui-ci s’exécute sans broncher, et ce, sans avoir un plan B quant à leur relocalisation. Pas étonnant que leur projet batte de l’aile…

Le faux reflet d’une vraie réalité

Au départ, on trouve qu’il y a une certaine cohérence dans le propos d’Outsiders. Des multinationales qui s’implantent dans n’importe quel village à coups de grandes promesses comme la création d’emploi et qui risquent de partir une fois leur satiété satisfaite tout en donnant le gros des responsabilités au gouvernement, c’est du déjà vu. Le clan Farrell est cet exemple d’une communauté qui se tient les coudes et qui ne s’en laisse pas imposer, peu importe l’ennemi. En même temps, ce clan pourrait aussi incarner l’esprit de conservatisme à son paroxysme; repli sur soi, peur de l’autre et réfractaire à tout changement au nom du progrès (quoique, en 2016, exploiter du charbon pour de l’électricité…). Justement, on a affaire ici à une communauté homogène (voir incestueuse), blanche et où les femmes ne prennent part à aucune intrigue, à moins bien entendu qu’il s’agisse de séduction.

En fait, le problème avec Outsiders n’est pas ce qu’elle veut exprimer à travers une métaphore, mais bien ce qu’elle n’ose pas aborder. Société matriarcale, croyance en des êtres célestes, tatouages, plumes, vivant en marge de la société… difficile de ne pas penser à la culture amérindienne. Mis à part The Red Road (2014-15) qui traitait de divers enjeux en ce sens avant d’être annulée au bout de deux saisons, les Premières Nations sont royalement ignorées à la télévision américaine, particulièrement en fiction. Alors que les noirs ou les Hispaniques ont désormais leurs propres séries (Black-ish, Empire, Devious Maids, Telenovela, etc.), il aurait été brave de la part de WGN de représenter la réalité des autochtones, d’autant plus que tout dans les intrigues se rapporte à leur situation!

Outsiders a connu un bon départ avec 1,05 million de téléspectateurs en direct pour un taux de 0,33 chez les 18-49 ans. En deuxième semaine, ils étaient encore 840 000, mais ce qu’il y a d’encourageant est que la dégringolade des chiffres s’est arrêtée là et qu’en cinquième semaine, le taux chez les jeunes par rapport au pilote n’a presque pas bougé. Dès lors, tout est possible pour cette nouveauté.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s