Recovery Road (2016): petit orage et gros arc-en-ciel

Recovery Road est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la fin janvier sur les ondes de Freeform aux États-Unis et ABC Spark au Canada. L’action tourne autour de Maddie Graham (Jessica Sula), une jeune adolescente qui aime un peu trop la fête au point de continuer à boire de la vodka au lycée. Lorsque Cynthia McDermott (Alexis Carra), la directrice de l’établissement s’en aperçoit, elle lui donne un ultimatum : ou bien c’est l’expulsion, ou bien c’est un séjour en clinique de désintoxication le soir alors qu’on lui donne l’opportunité de poursuivre ses cours réguliers le jour. C’est donc à reculons que la jeune fille accepte le traitement, mais ce voyage introspectif et les rencontres qu’elle y fera lui seront à coup sûr bénéfiques. Adaptation d’un roman éponyme signé Blake Nelson, Recovery Road touche à un sujet rarement abordé en télévision, surtout lorsqu’elle s’adresse aux jeunes, mais passe par des mises en situation un peu trop extrêmes pour exprimer son propos.

 

Des excès d’excès

Maddie accepte donc d’aller en cure de désintoxication et bien qu’au départ elle affirme que cela ne la concerne pas, le sevrage est si difficile qu’elle doit reconnaître qu’elle a un problème, mais surtout pas publiquement : puisque durant sa thérapie, elle doit vivre en permanence à la Springtime Meadows et se séparer de son précieux iPhone, elle trouve toutes sortes d’excuses pour se dérober lorsque ses amies de lycée, ainsi que son petit copain Zach (Keith Powers) l’invitent à sortir après les cours. Elle espère peut-être qu’ils goberont tous ses mensonges pendant 90 jours… Le vrai drame pour elle vient du fait que sa mère a trouvé dans sa voiture l’enveloppe d’un préservatif ouverte… alors qu’elle se croyait vierge. Sinon, au centre, les personnages qui gravitent dans son univers sont Trish (Kyla Pratt), une jeune mère à qui on a retiré la garde de la fille en raison de son dépendance au crystal meth, le ténébreux Wes (Sebastian De Souza) et Rebecca (Lindsay Pearce), amie d’enfance (et de consommation) de Maddie, mais en froid avec elle depuis qu’elle s’est fait épinglée sans que son acolyte ne lève le petit doigt pour lui venir en aide. Dans chaque épisode, on revient sur le passé d’un personnage en particulier tout en suivant la lente rémission de Maddie.

Certes, Freeform (anciennement ABC Family) s’adresse à un public jeune, ce à quoi prétend la série, mais il s’agit aussi d’une chaîne de l’empire Disney qui n’est pas nécessairement reconnue pour ses nuances. Ainsi, tout est à l’extrême dans Recovery Road : au début du pilote, elle est tellement saoule qu’elle s’endort sur le gazon devant sa maison (presque un copier-coller d’une scène de Desperate Housewives) et évidemment, en vrai « addict », l’alcool ne suffit pas : ce sont les pilules, le crack, le meth et autres afin que l’on comprenne bien qu’elle a un problème. Même chose lorsqu’elle participe à une intervention avec son thérapeute Craig (David Witts) chez l’ex-copine de Wes : des bouteilles et des aiguilles trainent partout et il y a des traces de sang dans la salle de bain. Et tant qu’à y aller dans des mises en situation extrêmes, nous avons dans le premier épisode Doug (Jerod Meagher) qui vient tout juste de compléter le programme : un ou deux jours plus tard il rechute et de tous les endroits où il pourrait aller cuver son vin, il a la brillante idée de se rendre au Springtime, en plus de violenter une résidente… pour finalement se faire arrêter par la police.

Sinon, le côté Disney (télévision proprette) ressort un peu trop par moments : on semble mettre davantage l’accent sur la gêne qu’éprouve Maddie à l’idée de dire la vérité à ses amis plutôt que de s’intéresser à son passé ou son traitement. D’ailleurs, la prémisse elle-même est invraisemblable puisqu’il est peu probable qu’on laisse des « patients » aller à l’école de jour comme si de rien n’était pour les surveiller ensuite. De plus, bien que les relations émotionnelles (=amoureuses) soient proscrites durant le traitement, on n’a pu s’empêcher de commencer à élaborer un romance entre Maddie et Wes.

Reste ce petit ton « affaires publiques » qui nous fait lever les yeux vers le ciel plus d’une fois : on y va d’un long monologue sur les 5 étapes du deuil et dans les buts que Maddie s’est fixés, on retrouve en troisième place « discover the meaning of life ». Et pour les amoureux de l’écran, il est conseillé de se boucher les yeux à la finale du premier épisode tellement la métaphore manque d’originalité : les jeunes offrent un vélo à Maddie et on la voit pédaler seule après qu’ils aient passé un peu de temps à l’aider (= voler de ses propres ailes).

Quand même

Au moins, Recovery Road a le mérite de sortir des sentiers battus : souvent dans notre télévision, nous avons des fictions qui exploitent les excès (Vinyl en dernière date) ou la sobriété (Mom), mais rarement le processus entre les deux. Il faut aussi une certaine dose de courage de la part de Freeform pour proposer un tel thème à une partie de son auditoire qui est davantage en mode « expérimentation » (alcool, marijuana, cigarettes, etc.). En la regardant dans son ensemble, la série permettra peut-être de sensibiliser des jeunes de moins de 15 ans, mais on doute qu’une tranche plus élevée s’y retrouve. En ce sens, une série comme American Crime (la première saison) fait un bien meilleur travail.

À sa diffusion, le pilote de Recovery Road a attiré 460 000 téléspectateurs en direct avec un très faible taux de 0,16 chez les 18-49 ans. Le point positif est que l’audience a été constante pour les deux épisodes suivants (410 000 et 450 000) de même que le taux (0,18). Il faut dire que les trois premiers épisodes étaient disponibles en ligne depuis la mi-décembre, mais ça n’a nullement influencé l’audience en direct puisqu’en quatrième semaine, 480 000 suivaient toujours la série.

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