Stan Lee’s Lucky Man (2016) : un hasard contrôlé

Stan Lee’s Lucky Man est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la fin janvier sur les ondes de Sky 1 en Angleterre. L’action tourne autour du détective Harry Clayton (James Nesbitt) qui est aussi un joueur compulsif. Brûlant la chandelle par les deux bouts, son destin change du tout au tout lorsqu’il fait la rencontre d’Eve (Sienna Guillory), une jeune femme avec qui il a une aventure d’un soir et qui lui donne à son insu un bracelet aux pouvoirs phénoménaux et susceptibles de modifier, en bien ou en mal sa destinée et celle d’autrui. Ce n’était qu’une question de temps avant que l’épidémie concernant l’adaptation de super héros de bandes dessinées au petit écran traverse l’Atlantique et force est d’admettre que cette création anglaise non seulement se démarque des consœurs de l’Amérique, mais réussit aussi à titiller notre curiosité, notamment avec cette trame narrative portant sur la dépendance au jeu. Dommage par contre qu’au cours des épisodes suivants on ait privilégié le genre policier sur le fantastique; ce qui en fera décrocher plus d’un.

 

Un joker?

Lorsque la série débute, Harry traverse une période pour le moins difficile : incapable de s’arrêter de jouer, il a perdu sa maison et même son épouse Anna (Eve Best) qu’il croise de temps à autre puisqu’elle est avocate. De plus, il doit une énorme somme d’argent à Freddie Lau (Kenneth Tsang), le propriétaire d’un casino qui commence à s’impatienter. Par chance (?), celui-ci est retrouvé assassiné le lendemain et certains policiers vont même jusqu’à suspecter Harry d’être le coupable, à l’exception de sa collègue Suri (Amara Karan). Entre-temps, le détective retourne au casino et dès que s’installe à ses côtés Ève (qu’il ne connaissait pas avant), il se met à gagner des sommes faramineuses. Le lendemain de leur nuit ensemble, il a un bracelet au poignet qui lui porte chance dans toutes circonstances : tantôt son auto tombe en panne et ainsi il évite un accident de la route, tantôt, c’est au jeu qu’il gagne gros. La moins bonne nouvelle est que chaque fois qu’il fait usage des pouvoirs de son bracelet, une malchance assène l’un de ses proches, et ce, à divers degrés, qu’il s’agisse d’un banal accident ou même de la mort. Sinon, l’enquête sur Lau continue et au troisième épisode, c’est le meurtre d’un bijoutier qui accapare la police. Au fil du temps, on réalise que tous ces crimes sont interreliés et c’est Lily-Anne Lau (Jing Lusi), la fille et héritière de Freddie qui semble toujours impliquée de près ou de loin dans ces affaires.

Inutile de revenir sur l’exhaustive liste de séries aux États-Unis et même sur Netflix qui fait revivre au petit écran les héros conçus par DC Comics ou Marvel. À force d’ajouter une nouvelle série chaque deux mois sur une nouvelle chaîne, on a l’impression de déjà vu et c’est encore pire lorsqu’on s’aperçoit que certaines d’entre elles ne s’adressent qu’aux initiés. Au moins avec Lucky Man, les enjeux de base sont clairement établis et l’aspect surnaturel s’intègre très bien à la série sans que l’on ait pour autant l’impression de regarder une science-fiction. En effet, les intrigues se déroulent dans le quotidien et Harry, dans la cinquantaine, est un homme très terre-à-terre qui ne se transforme pas en monsieur muscle volant au secours de la veuve et de l’orphelin. Malgré tous ses problèmes, il reste un détective hors pair et son bracelet ne s’active que lorsqu’il est dans l’eau chaude, mais même lui ne peut en prévoir les conséquences qui en découlent, bonnes et mauvaises.

C’est justement là la force de la série : ce qui lui arrive est incroyable, mais jusqu’à quel point peut-il se permettre de pousser sa chance sachant que quelqu’un dans son entourage en paiera certainement le prix? En décidant de sauver une vie, ne risque-t-il pas d’en briser une autre? La faiblesse, c’est que cette partie de l’histoire ne constitue qu’environ 25 % des épisodes alors que le 75 % restant est dédié aux enquêtes… traditionnelles et procédurales. Et à lire le résumé des épisodes #4 et #5, tout semble indiquer que la production a préféré rester dans cette voie. C’est d’autant plus frustrant qu’au cours des trois premiers, Eve, la seule à connaître les pouvoirs du bracelet, rencontre toujours Harry alors que les deux sont pressés et à peine a-t-elle divulgué une information supplémentaire de façon très vague qu’elle disparaît aussitôt, laissant le protagoniste sur sa faim… et nous aussi.

Jouer pour gagner ou pour perdre?

On aborde rarement le sujet de la dépendance au jeu dans les séries télévisées, surtout lorsque ça touche le personnage principal et l’angle utilisé pour aborder cette intrigue est très original. D’abord, Harry ment comme il respire notamment à sa femme en lui disant qu’il a repris la thérapie, ce qui est faux et elle le sait très bien. Du côté des forces policières, mis à part sa collègue Suri, tout le monde est au courant de ses problèmes et c’est probablement parce que l’on sait qu’il ne manifeste pas réellement le désir de s’en sortir qu’on le traite de façon aussi peu respectueuse, jusqu’à son nouveau patron (Steve Mackintosh) qui cherche carrément à le mettre à la porte.

En même temps, sans faire l’apologie du jeu Lucky Man ne prend pas non plus ce ton moralisateur qui pourrait en irriter plus d’un. Le personnage d’Harry n’est pas défini par sa dépendance, mais par ses cellules grises qu’il utilise à merveille. En même temps, la série nous offre une piste de réflexion à la fois sur le personnage et cette dépendance lorsque Freddie Lau qui compte se faire rembourser lui dit : «People don’t gamble because they want to win. They gamble because secretly, they want to lose. But with you, it’s not even a secret. » Cette perle de sagesse est justement mise en lumière à partir du moment où il se retrouve avec le bracelet au poignet : quelle que soit la nature se son pari, il est certain de gagner. Dès lors, quel est l’intérêt? Un joueur compulsif ne joue pas pour s’enrichir, mais pour vivre une émotion intense qui après la distribution d’une seule carte peu changer du tout au tout. En même temps, les chances de perdre  pour un joueur ordinaire sont beaucoup plus élevées, d’où ce fatalisme qui vient finalement définir Harry, du point de vue personnel du moins puisqu’il espère se réconcilier avec sa femme, mais sans faire un ménage au préalable dans sa vie. Du point de vue professionnel, c’est autre chose : les chances pour qu’il arrête les criminels ne sont pas nécessairement plus élevées, mais le fait qu’il persévère dans cette voie nous prouve aussi qu’il est prêt à jouer gros pour que justice soit faite. Un beau paradoxe en somme qui nous réconcilie avec le personnage principal.

Le premier épisode de Stan Lee’s Lucky Man a attiré 1,63 million de téléspectateurs en direct, ce qui est excellent pour cette petite chaîne, d’autant plus que la série est diffusée les vendredis soirs. Sinon, au quatrième épisode, ils étaient toujours 1,2M à suivre les aventures d’Harry pour une moyenne globale de 1,30, soit, toujours dans le top 5 du palmarès des émissions du câble. À titre de comparaison, le pilote de You, me and the Apocalypse aussi diffusé sur Sky 1 à la fin septembre, en avait attiré 1,28.

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