American Crime Story (2016): les réseaux sociaux avant l’âge

American Crime Story est une nouvelle série anthologique de dix épisodes diffusée sur les ondes de FX aux États-Unis et au Canada. Cette saison, on s’intéresse au procès d’O.J. Simpson (Cuba Gooding Jr.) après qu’il eût été accusé d’avoir tué son ex-femme Nicole Brown et son petit ami Ronald Goldman. Et comme le second titre de la série l’indique (The People vs O.J. Simpson), c’est avant tout une histoire de communications entre les avocats de l’accusé (Robert Shapiro (John Travolta) et Robert Kardashian (David Schwimmer)), la procureure (Marcia Clark (Sarah Paulson) et la population… Noire et blanche des États-Unis. Adaptation du livre de Jeffrey Toobin The Run of His Life : The People vs O. J. Simpson et produite par Ryan Murphy, American Crime Story est addictive à souhait, autant dans sa façon d’aborder ce procès hautement médiatisé que pour la nostalgie et son côté presque historique : un instantané de la société américaine des années 90.

Noir ET célèbre

Quelques minutes après le début du pilote, les corps sont retrouvés et la police a amassé assez de preuves pour que la procureure procède à l’arrestation d’O.J., d’autant plus que du temps où ils étaient mariés, plusieurs incidents de violence conjugale à l’égard de la défunte avaient été signalés. Quant au suspect, une fois qu’on lui a appris la nouvelle, on remarque surtout qu’il est prompt à des accès de colère, suivi de phases dépressives au point où au second épisode il écrit son testament, puis une lettre qui ressemble à un adieu. En vérité, lui et un ami prennent la fuite alors qu’ils devaient se présenter pour un premier interrogatoire. Une fois cette poursuite infernale terminée, tout semble perdu pour l’ancien quart-arrière des Broncos, mais son avocat Robert à trouvé le filon parfait à exploiter : le racisme. D’abord, ce sont certains propos en ce sens venant du chef de police qui s’est retrouvé sur le lieu du crime qui décrédibilise toute l’affaire, puis il y a cette photo du Time où l’on semble avoir noirci encore plus le visage d’O.J. qui provoque la colère des noirs. Au troisième épisode, on comprend que lentement, mais sûrement, une grande partie de l’opinion publique se prend de sympathie envers l’accusé et les choses tournent au vinaigre alors que les médias diffusent toutes sortes d’éléments en lien avec la plaidoirie préparée par Marcia, ce qui donne le temps à la partie adverse de préparer son contre argumentaire.

Si American Crime Story nous fascine à ce point, c’est que peu de fois dans l’histoire des États-Unis on a eu droit à un procès qui s’est métamorphosé à la vitesse de l’éclair en un tribunal populaire, moult années avant que n’importe qui puisse écrire n’importe quoi sur n’importe lequel de nos réseaux sociaux et avoir une certaine résonnance aux oreilles du reste de la population. En effet, le jugement n’est pas dans la salle d’audience, mais bien dans la rue. Pourtant, il est intéressant de voir « qu’officiellement », la production ne prend pas position : on voit un O.J. en larmes dire à ses avocats et ses proches qu’il est innocent, ceux-ci avancent avec ce qu’on leur a dit alors que de l’autre côté, il y a toutes ces preuves accablantes provenant de la scène du crime.

Pour n’importe qui n’étant pas Américain, il est difficile de comprendre toute la portée émotive qui a accompagné ce procès. En effet, on est estomaqué de voir dans le deuxième épisode tout le support dont jouit l’ancien footballeur alors qu’il tente de fuir la justice et ensuite les arguments à la télévision de son futur avocat Johnnie Cochran (Courtney B. Vance) pour justifier ce geste : « (…) we must remember that he is a person not used to being arrested. He’s fragile, confused. Whenever I see a black man being chased by armed officers, my guard goes up.(…) If the LAPD is involved, we should let history be our guiding principle. » C’est carrément faire l’apologie d’un outrage au tribunal et discréditer le système de justice, ce pilier de la démocratie, au seul principe de la couleur d’un homme. C’est encore plus choquant de voir que ce traitement de faveur est encore une fois rehaussé du fait qu’il soit célèbre; un ancien sportif qui plus est. D’ailleurs, pas une fois le principal intéressé ne fait un lien entre sa couleur de peau et son arrestation; de son point de vue, on devrait le laisser tranquille seulement en raison de son statut de célébrité (et l’égo qui va avec) : « I’m not black, I’m O.J. Simpson ».

Il y a 22 ans…

Recréer le procès de ces meurtres sordides a bien entendu quelque chose d’accrocheur, mais si on a envie de poursuivre en entier l’aventure avec American Crime Story, c’est aussi à cause d’une certaine nostalgie liée à cette époque alors qu’on commençait à peine à se servir de l’ADN. La propagande, elle se fait à la radio, à la télévision, sur les tribunes téléphoniques et pour être de concert avec le second titre, on y inclut plusieurs points de vue des « gens du peuple »; chacun ayant son opinion. De plus, on reconnaît bien la griffe de Ryan Murphy qui en plus de produire la série, a aussi réalisé quelques épisodes dans lesquels on y retrouve des figures connues de l’époque tels Larry King ou encore Barbara Walters et c’est sans compter les Kardashian. À cette époque, ce nom ne dit pas grand-chose aux Américains et les journalistes ne cessent de massacrer le nom lorsqu’ils le citent. On voit bien entendu son ex-épouse Kris (Selma Blair) et on ne manque pas de mentionner son nouveau mari Bruce Jenner; un champion olympique… À l’épisode #3, toute la famille est au restaurant et les sœurs sont excitées à l’idée que leurs parents deviennent célèbres. Modeste, leur père leur transmet cette belle leçon de vie : « We are Kardashians. And in this family, being a good person and a loyal friend is more important than… than being famous. Fame is fleeting. It’s hollow. It means nothing at all without a virtuous heart. » Cette scène n’apporte absolument rien à l’intrigue, mais c’est définitivement un clin d’oeil à une génération plus jeune.

Justement, ils sont nombreux à suivre American Crime Story: le pilote a attiré en direct 5,1 millions de téléspectateurs avec un taux de 2,0 chez les 18-49 ans : il s’agit du meilleur lancement à vie pour FX. Au second épisode, 3,9 millions étaient toujours au rendez-vous (taux de 1,5) et 3,3 (1,3) la semaine suivante. En incluant un taux d’enregistrement avoisinant les 40 % à chaque diffusion, un renouvellement est imminent, surtout que l’équipe de Murphy a déjà un sujet pour son second opus : l’ouragan Katrina et ses conséquences. On cherche encore le lien avec le thème sensé être la criminalité, mais bon…

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