Love / Baskets (2016): difficile de poursuivre jusqu’à la fin

Love est une nouvelle comédie de 10 épisodes qui ont tous été mis en ligne le 19 février sur Netflix et qui s’intéresse à Mickey (Gillian Jacobs) et Gus (Paul Rust) : deux célibataires de fraîche date qui n’ont rien en commun, mais que le destin se chargera de réunir. De son côté, Baskets est une nouveauté d’autant d’épisodes diffusée depuis la fin janvier sur les ondes de FX aux États-Unis et au Canada. Après un bref passage à « l’Académie de Clowns Français » à Paris, le personnage principal, Chip Baskets (Zach Galifianakis) est de retour à Bakersfield en Californie et se trouve un emploi « d’amuseur public » dans un rodéo local, mais peu importe les efforts qu’il déploie dans l’arène, son public n’en demande pas tant et il évolue ainsi dans l’indifférence. Ces deux comédies ayant de renommés créateurs (Judd Apatow pour la première et Louis C.K. pour la seconde) s’éloignent considérablement des sentiers battus en nous offrant des univers complètement déjantés, mais en raison d’un humour plutôt absent, quand ce n’est pas carrément le contraire, ni l’une ni l’autre n’a jusqu’ici trouvé le moyen de nous accrocher sur le long terme.

Love : en attendant de passer du temps ensemble…

Presque en même temps, les deux personnages principaux passent du statut de couple à célibataire et leur carrière aussi est au même point : frustrante. Gus vivait depuis longtemps avec Nathalie (Milana Vayntrub), mais c’est la routine, comparable à des pantoufles usées à la corde qui a finalement raison d’eux. Celle-ci est même allée jusqu’à inventer l’avoir trompé pour qu’il la laisse; ce qui se produit. Tuteur sur le plateau de tournage de la série Witchita, sa pupille, Arya (Iris Apatow) est une jeune fille manipulatrice qui a le don de le mener par le bout du nez, tout en négligeant ses études. De son côté, Mickey s’est séparée d’Eric (Kyle Kinane), un cocaïnomane irresponsable qui semble depuis s’être assagi en joignant la « Bliss House », un genre de secte. Responsable de la programmation d’une émission de radio, elle est persuadée que son patron, le Dr Greg Colter (Brett Gelman) lui fait de l’œil. Elle décide donc de coucher avec lui puisqu’en cas de renvoi, elle pourrait ressortir la carte du harcèlement sexuel.

Si pour le moment on ne peut que spéculer sur leurs vies respectives, c’est qu’après trois épisodes, Gus et Mickey ne se sont rencontrés qu’une seule fois au deuxième épisode. Bien entendu, rien n’oblige Love à entrer dans le carcan habituel des comédies romantiques à la Hollywood, bien au contraire, mais Netflix perpétue cette fâcheuse habitude de développer ses séries comme s’ils s’agissaient de long, très longs films. Certes, l’option du binge-watching est l’argument massue pour nous inciter à dévorer l’entièreté de la série, mais on ne fait aucun effort au cours des premières diffusions pour accrocher le téléspectateur.

 

Qui plus est, en Amérique du Nord, le format court de moins de 30 minutes par épisode est presque une règle non écrite, mais ici on dépasse plus d’une fois ce ratio… pour rien au fond. En effet, les longueurs sont légion et on se demande ce que certaines intrigues comme le ménage à trois du côté de Gus et Mickey qui doit renvoyer un employé au nom de son patron viennent apporter à l’histoire. En fait, jusqu’ici, Love n’apporte rien de tangible à l’univers télévisuel. Les épisodes défilent et se digèrent sans trop de problèmes, mais sans être mauvais, aussitôt terminés aussitôt oubliés.

Baskets : la vie est une farce

Si Chip a la chance d’étudier à Paris son art, le fait qu’il ne parle pas un traitre mot de français (!) vient cependant nuire à son apprentissage et peu estimé de la direction, il quitte sans avoir obtenu son diplôme. Mince prix de consolation : Pénélope (Sabina Sciubba, son hautaine épouse part avec lui, elle qui n’a accepté de le marier que pour obtenir éventuellement une green card. Un jour suivant un accident de la route, il fait la rencontre Martha (Martha Kelly), une agente d’assurance pour le moins morose, mais la seule à s’intéresser réellement à ce qu’il fait. En effet, être payé 4 $ de l’heure pour s’exécuter devant un public qui, bière à la main attend impatiemment les luttes de taureaux n’est pas le plan de carrière idéal.

Si l’on excepte le clown de service que l’on invite dans les anniversaires d’enfants dans des séries ici et là, ce métier, sauf erreur, ne s’est jamais retrouvé au centre d’une série. Et pour cause: passé à la culture populaire, que ce soit en tant que mascotte ou récupéré dans certain films d’horreur, ce métier a depuis longtemps perdu ses lettres de noblesse. Dans Baskets, Chip personnifie à lui seul le désespoir d’une profession ingrate. Métaphore de l’artiste incompris, c’est un peu une critique de la culture des États-Unis à laquelle on assiste. Bakersfield, c’est l’Amérique profonde des cowboys qui cherchent davantage à se divertir à peu de frais et d’innovations, plutôt que de réfléchir ou de s’émouvoir. Lorsque le professeur de l’Académie traite Chip de Ronald McDonald, c’est davantage ce genre de culture qu’il méprise que l’homme qu’il a en face de lui. Sinon, tout dans son entourage vient amplifier ce sentiment d’ennui chronique qui émane de la série, qu’il s’agisse de son collègue le remerciant du fond du cœur de l’avoir aidé à trouver sa « voie » (il quitte son métier de clown pour devenir serveur dans un restaurant de fast-food), de Martha au ton monocorde qui doit vendre des abonnements au Costco si elle veut garder son (dépriment) emploi ou de la mère de Chip (interprété par Louie Anderson) dont la maison est en soi une ode au kitsch. En fait, la série réussit si bien son pari qu’à l’image de son personnage principal, elle parvient à déprimer aussi le téléspectateur, au point où poursuivre la série constitue un effort de plus en plus insurmontable…

Le pilote de Baskets a attiré 1,04 million en auditoire avec un taux de 0,46 chez les 18-49 ans; un bien meilleur départ que ses récentes comédies qui n’avaient pas suscité le même engouement : 867 000 pour Sex&Drugs&Rock&Roll (taux de ,035) et 878 000 pour The Comedians (taux de 0,37). À la mi-saison, ils étaient toujours 650 000 devant leur écran en direct avec un taux de 0,65 et visiblement satisfaite, FX en a profité pour commander une seconde saison. Même chose du côté de Love: avant même la mise en ligne de la première saison, on a renouvelé la série, cette fois-ci pour 12 épisodes supplémentaires.

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