Trepalium (2016) : une âme pour un travail

Trepalium est une nouvelle série de six épisodes diffusés sur Arte depuis la mi-février. L’histoire se déroule dans un futur proche alors que la population d’une ville quelque part en France est divisée en deux par un mur érigé il y a déjà dix ans : d’un côté, les chômeurs qui dans la « Zone » forment 80 % de la population et de l’autre, les 20 % qui dans la « Ville » ont un emploi. Afin de garder la confiance de la Banque Internationale, la première ministre Nadia Passeron (Ronit Elkabetz) se voit contrainte de traverser la « frontière » pour annoncer la création de 10 000 emplois solidaires. L’une d’entre elles à avoir été sélectionné est Izia Katell (Léonie Simaga) qui se retrouve au service des Garcia et à la suite d’une disparition, son existence changera du tout au tout. Présentée hors compétition au Festival de la fiction TV de La Rochelle, Trepalium est une série fascinante qui dans sa façon de voir l’avenir nous donne froid dans le dos. En plus de nous questionner sur les choix de société que l’on privilégie au détriment de plusieurs, on est vite happé par une mise en scène efficace qui vient amplifier le propos.

Ce qui nous attend?

Depuis plusieurs mois, des citoyens de la Zone qui en ont assez d’être traités comme des pestiférés ont retenu en otage pendant plusieurs mois Monroe Moretti (Grégoire Monsaingeon), le ministre du Travail. C’est donc sous haute pression suite à son relâchement qu’un programme d’emploi a été créé. Pour Izia, il est primordial d’en décrocher un : mère monoparentale, elle souhaite partir avec son fils dans le sud où les conditions de vie sont plus supportables. Une fois arrivée chez les Garcia, elle est accueillie froidement par Thaïs (interprété par la même actrice). Cette dernière, peu épanouie dans son travail, se laisse convaincre par son amant Hans (Tewfik Jallab) d’aller voler des documents au bureau de son puissant beau-père. Si elle échoue dans cette mission, elle est vite repérée par les services secrets et pour éviter qu’elle ne parle, Hans et une complice la neutralisent et la font passer dans la Zone. À court terme, c’est un problème pour son mari Ruben (Pierre Delalonchamp). Ingénieur à l’entreprise Aquaville, spécialisée en dépollution, la mort d’un de ses supérieurs le pousse à appliquer pour le poste vacant, mais pour cela, il doit se faire connaître et donner l’image d’une famille exemplaire lors d’une soirée alors que Thaïs manque à l’appel. Qu’à cela ne tienne : Izia lui ressemble comme deux gouttes d’eau et accepte de se faire passer pour elle. Au fil des jours, Thaïs ne répondant toujours pas à l’appel, Izia remplace même au travail la principale intéressée tandis que Ruben apprend à ses dépens les sacrifices qu’il faut faire pour monter au sommet.

D’un côté, nous avons des séries de science-fiction « fictives » dans lesquelles on nous présente un univers complètement déjanté avec des voyages interplanétaires et une technologie qui épate la galerie. L’autre mouvement associé à ce genre est davantage réaliste et trop peu exploité à la télévision. Pensons à The Man In The High Castle d’Amazon qui nous présente les conséquences probables d’une victoire des Allemands à la Deuxième Guerre mondiale et dans un futur plus récent, Real Humans, cette série suédoise de STV1 dans laquelle les robots, plus vrais que nature se sont (un peu trop) insérés dans la vie des humains. La question du chômage y figurait comme toile de fond, mais pas aussi bien élaborée que dans la nouveauté d’Arte c’est carrément le cœur du sujet.

Si Trepalium est si captivante, c’est qu’elle dépeint à son paroxysme une existence déjà problématique à nos heures. Notre économie désormais mondiale est dans une compétitivité sans égale et obsédée à réduire les déficits accumulés, tout en faisant plus, mais avec moins d’employés. Et lorsque vient le temps de la retraite, les postes sont le plus souvent abolis, ce qui fait que dans certains pays de la zone euro, le taux de chômage dépasse les 40 %, chez les 25 ans et moins. La nouveauté d’Arte nous représente donc la suite logique du système : une société inhumaine qui, victime de ses progrès technologiques se désintéresse totalement d’une partie de sa population qu’elle considère peu rentable. Résultat? On les emmure et on les oublie. Mais l’autre 20 % de travailleurs n’est pas plus heureux, loin de là : traités comme des machines avec des emplois tout sauf valorisants, ils s’y accrochent comme s’il s’agissait de la prunelle de leurs yeux. Vaut mieux accepter des conditions de travail malsaines plutôt que de subir l’humiliation d’être transféré dans la Zone. L’individualisme est roi et maître, même chez les moins bien nantis qui ne sont nullement solidaires; prêts à poignarder dans le dos leurs proches pour obtenir un emploi.

Échos au passé

La mise en scène est l’autre point fort de Trepalium, puisqu’on se sert de codes ou de références à un passé que l’on aurait jugé révolu pour nous présenter cet horrifique futur. On retrouve le premier clin d’œil dès le générique d’ouverture qui ressemble en tous points à l’univers futuriste de Metropolis, ce chef-d’œuvre de 1927 signé Fritz Lang et dans lequel deux sociétés vivent en parallèle : une minorité de riches dans la ville haute et les travailleurs surexploités dans la ville basse. Les bâtiments longs, minces, froids et surtout très imposants nous rappellent justement l’ère Art déco de cette même période. Du côté des costumes, chez les riches, comme chez les pauvres, la mode est à la simplicité qui rappelle celle des années 30 et 40, soit, lorsque la planète était en pleine dépression économique, et ce, même du côté des coiffures féminines à la Joan Crawford avec leur toupet bouffant. Reste l’éclairage : sombre et bleuté dans la Zone, lumineux et beige pâle dans la Ville. Dans les deux cas, elles nous transmettent ce sentiment de froideur justement à l’image de l’égocentrisme qui caractérise la fiction.

Metropolis, 1927

Arte ayant présenté les trois premiers épisodes en un seul soir, Trepalium a attiré en moyenne 723 000 téléspectateurs en direct, soit, 3,4 % de parts de marché. C’est beaucoup plus que En Immersion par exemple, qui diffusé sur la même chaîne le mois précédent en avait rassemblé 486 000. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas s’attendre à une deuxième saison selon les dires de la productrice Katia Raïs : « On est en train de penser à une anthologie. On voudrait à chaque fois prendre un syndrome de notre société et le transformer en cauchemar demain ». Prochain thème au menu : le vieillissement de la population. Ça promet!

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