Mercy Street (2016): la guerre entre quatre murs

Mercy Street est une nouvelle minisérie de six épisodes diffusée depuis la mi-janvier sur les ondes de PBS aux États-Unis. On nous transporte aux pires heures de la Guerre de Sécession en Virginie qui par sa géographie est un des États dits limitrophes, c’est-à-dire au cœur du conflit entre abolitionnistes du Nord (l’Union) et les esclavagistes du Sud (les Confédérés). C’est à la Mansion House, un hôtel transformé en hôpital que les médecins et infirmières tentent de soigner les soldats appartenant aux deux camps, ce qui cause bien entendu plusieurs frictions. Première série originale en dix ans à voir le jour à PBS, on a justement l’impression d’assister à une série du siècle précédent. Bien qu’on se réjouisse que les États-Unis visitent enfin leur histoire d’un point de vue objectif, le quotidien des personnages (un peu trop typés par ailleurs) n’est pas aussi engageant qu’on l’aurait souhaité. Quant à la partie historique de la série, la mise en scène manque cruellement de panache.

À la croisée de bien des chemins

Mercy Street s’amorce avec l’arrivée de Mary Phinney (Mary Elizabeth Winstead), une baronne désormais veuve qui vient tout juste d’être nommée infirmière en chef de la Mansion House, au grand déplaisir de sa rivale Anne Hastings (Tara Summers). Toutes deux travaillent sous la tutelle des docteurs Byron Hale (Norbert Leo Butz), un être à la fois détaché et borné lorsque vient le temps d’opérer et de communiquer avec ses patients et son opposé pour ainsi dire, Jebediah Foster (Josh Radnor), un abolitionniste en froid avec sa femme qui l’a quitté tandis que le reste de sa famille se retrouve dans le camp opposé. Parmi les personnes gravitant autour de l’hôpital, mentionnons la famille Green qui épouse la cause des Confédérés. Cependant, le patriarche James (Gary Cole), dont l’hôtel a été réquisitionné par les Yankees, fait des affaires avec eux, au cas où le vent tournerait. Quant à sa fille aînée Emma (Hannah James), elle décide de quitter son confort et ses dentelles pour devenir bénévole à l’hôpital; l’apprentissage sera rude. L’histoire ne serait évidemment pas complète sans des personnages noirs. Notons entre autres Samuel Diggs (McKinley Belcher III), un simple commis à l’hôpital qui par humilité n’ose pas se faire remarquer, et ce, même s’il a de solides connaissances en médecine et Aurelia Johnson (Shalita Grant), une bonne exploitée sexuellement par l’intendant de l’établissement.

Il faut envoyer quelques fleurs à PBS, d’abord pour avoir choisi la Virginie pour y camper l’action de la série : l’État étant déchiré en deux, plusieurs affrontements d’importance y ont eu lieu et pour la petite histoire, Mercy Street est inspirée de mémoires et de lettres de docteurs et infirmières ayant travaillé à l’hôpital représenté dans la série. Comme mentionné ci-haut, on retrouve de tout ici : esclaves, affranchis, nordistes, sudistes, etc. Va pour l‘authenticité, mais la conséquence de nous offrir une pluralité de points de vue concernant cette guerre qui déchire la nation est qu’on s’éparpille entre diverses intrigues qui sont intéressantes, mais qui ne sont pas développées à leur plein potentiel. Cette souricière d’historiettes a fait le succès que l’on connaît de Donwton Abbey, mais à l’inverse de la série d’ITV, la nouveauté de PBS manque de personnages réellement attachants. Les petites piques entre Mary et Anne finissent par nous exaspérer et Emma nous donne l’impression qu’elle n’est à l’hôpital que pour papoter.

Reste la trame narrative « hospitalière », parce qu’il s’agit bien de cela en grande partie : des médecins spéculent sur des diagnostics à poser tandis que des patients viennent et partent, si bien qu’on ne s’attache à aucun d’entre eux; en somme, un peu trop similaire aux séries contemporaines du même genre. Pour l’instant dans ce mélange des genres, la seule intrigue qui attise encore un peu notre curiosité est celle de James Green : entre deux feux, il a des choix douloureux à faire : fuir au Texas et perdre tout ou alors collaborer avec les Yankees, ses ennemis.

La Guerre de Sécession

De tous les genres, celui dit historique est sûrement le moins exploité à la télévision américaine, ce qui est tout de même étonnant étant donné le grand nombre de séries qu’elle produit à elle seule. En même temps, quand on prend en compte les récentes productions, on se dit qu’il vaut mieux en rester là tellement l’objectivité la plus élémentaire fait défaut et que toute zone grise est proscrite. Dans Turn et Sons of Liberty, les Anglais sont de véritables tyrans alors que dans Texas Rising, les mécréants sont bien entendu les Mexicains et les Indiens, rien de plus qu’une poignée de sauvages. Certes, avec Mercy Street, les différents points de vue apportent de l’eau au moulin, mais le principal problème est que tout se passe en huis clos, probablement dû à un budget de production limité. Aux cours de ce conflit, le plus sanglant qu’ait connu les États-Unis, il y a eu différents affrontements, de la grande et de la petite politique, du pillage, de la désinformation : tout ceci est évoqué dans la série, mais on ne le voit pas et c’est à peine si on entend un seul coup de feu. En fait, l’action est partagée entre les murs de l’hôpital et ceux de la maison des Green juste en face : on dirait presque une pièce de théâtre.

Reste le côté « médico-historique » de la série. Certes, on a droit à certaines scènes très graphiques, notamment une amputation au troisième épisode, mais on n’exploite pas à fond ce filon comme le fait si bien The Knick qui moins d’un siècle plus tard se penche sur les premiers balbutiements de la médecine moderne avec ses découvertes, ses essais-erreur, mais aussi ses ratées.

La première de Mercy Street a attiré 3,3 millions de téléspectateurs, ce qui est excellent pour la seule chaîne publique des États-Unis, d’autant plus que le pilote qui était ligne avant sa première diffusion a été téléchargé plus de 200 000 fois : un record pour PBS. Selon sa directrice Paula Kerger, aucune décision n’est encore prise quant au renouvellement de la série, mais l’optimisme serait au rendez-vous. La chaîne aura au moins eu le mérite de nous offrir quelque chose de différent et face aux networks. Eux qui dépendent presque dans leur entièreté des revenus publicitaires, on encourage cette chaîne publique qui en est exempte à produire davantage de séries et de diversifier ainsi le paysage télévisuel beaucoup trop homogène des networks.

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